‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 19 sur 145 · POTERIES ANTIQUES · texte numérisé non relu

POTERIES ANTIQUES

L'excessive retenue des Japonais à l'égard des étrangers pousse le nationaux mêmes à ne confier au papier que les choses susceptible! d'être divulguées sans danger; ainsi un mémoire publié sur la perce laine contient cette décevante indication. «La peinture et la dorure de vases sont un secret qu'il n'est pas permis de révéler. »

Pourtant, grâce aux laborieuses recherches des orientalistes et notani ment à celles de M. le docteur Hoflmann, de Leyde, nous savons ceci Au printemps de l'an 27 avant Jésus-Christ, un vaisseau coréen abord dans la province d'Halima. Le chef de l'expédition, se prétendant fils di roi de Sin-ra, se fixa dans la province d'Omi, sur la grande île de Nip pon, où des hommes de sa suite établirent une corporation de fabri cants de porcelaine. Vers la même époque, vivait dans la province d'Id soumi (aussi en Nippon) un athlète du nom de Nomino-Soukouné, qu faisait, en faïence et en porcelaine, des vases et surtout des figure humaines pour les substituer aux esclaves, qu'il était d'usage jusqu'alor d'inhumer avec leurs maîtres. Nomino-Soukouné reçut en récompense l'autorisation de prendre pour nom de famille Fazt, en coréen Pdtzi fabricant, artiste.

Arrêtons-nous un moment. Au commencement de notre ère, c'est-à dire avant même qu'il soit question en Chine de la poterie translucide voici deux centres créés au Japon, l'un par des Coréens, l'autre pa un indigène qui faisait en même temps de la faïence, si c'est bien 1; le mot qui se lit dans le texte,

Sous le règne du mikado Teu-tsi (662 à 672) un moine bouddhiste nommé Gyôguy, dont fes ancêtres étaient Coréens, vulgarisa parmi le habitants de la province d'Idsoumi le secret de la fabrication des pote ries translucides; le village où il s'était établi fut appelé T6-ki-moura village aux services de porcelaine.

SousSei-wa (859 à 876), le nombre des usines augmentait considéra

Ueiaeni; en 859 même, deux provinces, Kavatsi et Idsoumi, se disputèrent vkxxe montagne pour cuire la porcelaine et abattre du bois à bmVer .

^^tis la période Syoun-tok (121 1 à 1 221), un fabricant, nommé Kato-

siro-ouye-mon, commença à confectionner de petits vases pour servir

"^ boîtes à thé; mais, faute d'un meilleur procédé, il les plaçait dans

'e four sur leur orifice, qui paraissait usé et peu soigné. On les dési-

ë"i«4 par Tappellation de koutsi-fakata (pièces à orifice usé). Désireux

de s'instruire, Katosiro, accompagné du moine bouddhiste Fô-gen, se

lendit en Chine de 12H à 1212 et en revint possesseur de tous les

secrets de l'art céramique.

Dans les temps plus modernes, c'est sur l'île de Kiou-siou, et particulièrement dans l'arrondissement de Matsoura, près du hameau de Oui'esino, qu'on a produit la plus fine porcelaine.

C<3S données historiques, si restreintes qu'elles soient, ont bien leur importance : l'art céramique paraît avoir été importé au Japon par les CortS^ns et perfectionné, sous les Youen, au moyen des enseignements cfmiiïcis. 11 ne faut donc pas chercher un caractère original dans les l>o tueries de Nippon; elles n'auront pas précisément un signe de nationsilite, mais une perfection relative, indice de l'individualisme japoaîitis, apte à modifier en bien tous les travaux qui lui sont enseignés.

Si l'induction ne conduisait pas à cette conclusion, elle se trouverait

foranellement énoncée dans un livre du dix-septième siècle, le Voyage

d^ Pierre de Goyer et Jacob de Keyser: « C'est, disent-ils, l'ancienneté

et- 1** adresse des maîtres qui ont fait ces pots (de porcelaine) qui leur

donnent le prix, et comme la pierre de touche parmi nos orfèvres fait

connaître le prix de l'or et de l'argent, de mêmepources pots, ils ont

des maîtres jurés qui jugent de ce qu'ils valent et selon l'antiquité,

l'ouvrage, l'art ou la réputation de l'ouvrier, et c'est souvent d'un prix

fort haut. De sorte que le roi de Sungo acheta, il y a quelque temps, un

de ces pots pour quatorze mille ducats; et un Japonais chrétien, dans

la vilJe de Sacaï, paya pour un autre, qui était de trois pièces, quatorze

cents ducats. »

" y u donc un abîme entre les œuvres de la Chine et celles du Japon ; ^^ <^âté, c'est une production industrielle sur laquelle nombre de ^3ins ont laissé trace de leur travail; de l'autre, c'est une création in- *^*^^^lle marquée au sceau d'un talent appréciable.

9i IliSTOlUK DE LA CÉRÂMIQIE.

Ijii haut prix {layé par les riches pour se procurer les vases hors li^ne a donné naissance à une fable assez curieuse rapportée par Kœmpfer :

« l>es Japonais, dit-il, consenenl la récolte du thé commun dans de grands vases de terre à orifice étroit ; quant à la qualité supérieure destinée à Tempereur et aux princes, ils la renferment dans des vases murrhinsou de porci^laine et surtout, s^ils peuvent s^en procurer, dans ces petits vases précieux et renommés par leur antiquité, qu'ils appellent ma4U$'Ubo (pots véritables) . On suppose que non-seulement ces vaisseaux conservent, mais qu'ils améliorent la qualité du thé, le<{uel augmente de valeur en raison du temps qu'il y est demeuré enfermé. Le ficki-tsià, même réduit en poussière, y garde son arôme pendant quelques mois; éventé, il y reprend toute sa saveur. Aussi, les grand personnages recherchent à tout prix cette sorte de vases, qui tiennent* le premier rang parmi les ustensiles coûteux que le luxe a imaginée pour l'usage du thé. Leur célébrité m'engage à rapporter ici une légend qui n'a encore été consignée nulle part. Les maats-ubo ont été fait d'une terre de la plus grande finesse, à Mauri-gorsima^ c'est-à-dire l'il Mauri, laquelle, à ce que l'on rapports, a été entièrement détruite e ^s submergi'^» par les dieux, à cause des mœurs dissolues de ses habitants- . x\ujourd'hui, il n'en apparaît d'autres vestiges que quelques rochens^ visibles à marée basse. Celte île était près de Teyovaan ou Formate, dont la place se désigne dans les cartes hydrographiques par des asté* risfjues et des points qui indiquent un bas-fond semé de bancs de sable ctd'écueils. Voici ce qu'en racontent les Chinois : iVai/n-ya-Mma était, au temps des anciens, une terre fertile on l'on trouvait, entre autres richessis, une argile admirable pour la fabrication des vases murrhins, que l'on ap[)ellc aujourd'hui : vases de porcelaine. De là, pour ses habitants, des trésors immenses et une dissolution sans bornes. Leurs vices et leur mépris de la religion irritèrent les dieux à ce point, qu'ils résolurent, par un décret irrévocable, de submerger Mauri-ga-sima. Un songe envoyé par le ciel révéla cette terrible sentence au chef de l'île, nommé Peirum^ homme religieux et d'une vie sans tache. Les dieux l'avertissaient de s'enfuir sur des embarcations dès qu'il verrait le visage de deux idoles placées à l'entrée du temple se couvrir de rougeur... Le loi publia immédiatement le danger qui menaçait l'île et le désastre dont elle devaitêtre frappée; maisil ne trouva dans ses sujets

q u.c^ dérision et mépris pour ce qu'on appelait sa crédulité. Peu de temps a£>m^^s, un bouffon, se riant des avis de PeîVuw/s'approcha pendant la Il u î C des deux idoles, et, sans que personne s'en aperçût, leur barl>ou:a îlla la face de couleur rouge. Averti de ce changement subit, qu'il at.t«"îbua à un prodige et non à un sacrilège, le roi prit la fuite avec siens et se dirigea à force de rames vers Foktsju, province de la ne méridionale. Après son départ, le bouffon, ses complices et tous le^ incrédules que cette précipitation n'épouvanta pas, furent engloutis aiv^c3 l'île, ses potiers et ses magniflques murrhins. Les Chinois du Sud c«i«brent le souvenir de ce prodige par une fêle... Quant aux vases clÎ!sj3aius, on les recherche à marée basse dans le fond de la mer, sur lo^ rocs auxquels ils se sont attachés ; on les retire avec précaution pour «M^ pas les briser, couverts d'une couche de coquillages qui les déforme o t q ue les ouvriers enlèvent ensuite, en en laissant une partie qui atteste 1^5^-* r origine. Ces vases sont transparents, de la plus rare ténuité, et d* vaiie couleur blanche teintée de vert. lisent, pour la plupart, la forme d"* Cl ne capsule ou d'un petit tonneau avec un col étroit et court, comme 5>^mls eussent été, dès l'origine, destinés à contenir du thé. ils sont ap tés au Japon, à de très-rares intervalles, par des marchands de lu vince de Foktsju, qui les achètent des plongeurs. Les plus communs rendent vingt taels, la seconde sorte, cent ou deux cents taels; quant oeux qui atteignent cette valeur, personne n'oserait les acquérir; ils l destinés à l'empereur. Celui-ci en a reçu, dil-on, de ses ancêtres el de ses prédécesseurs une collection d'un prix inestimable, qui est conservée dans son trésor. »

Evidemment, nous ne pouvons espérer voir jamais les maah^ibo^ ni l*is pièces célèbres mentionnées par Pierre de Goyer et Jacob de Keyser ; n^ais il y a un parti a tirer de ces indications naïves : à quelles porcelaines [)ourrail-on appliquer une valeur voisine de celles mentionnées ci-dessus? Est-ce aux vases décoratifs, mais un peu barbares, peints en »^leu, rouge et or, que le commerce s'obstine à qualifier de porcelaines japonaise? Non, certes. Il faut donc le reconnaître, il y a eu à *^ippon deux fabrications congénères et très-différentes : l'une usuelle, courante et tellement voisine de celle de la Chine qu'il est difficile de ien distinguer; l'autre fine, admirable de pâte, délicieuse de décor. Il y a lieu, dès lors, de les étudier séparément et de bien définir leui's caractères*

g 3. — PORCELAINES POLYCHROMES.

FAMILLE CHRYSANTHÉMO-PiEONIENNE

Toutes les pièces incontestablement japonaises appartenant à celte es pèce ont une pâte épaisse, une surface grisâtre dont Témail est sujet à la tressaillure; le signalement donné précédemment pour les chrysanthémo chinois s'y applique dans son ensemble; nous n'avons donc à chercher ici que les caractères différentiels résultant de la nationalité. 11 est d'abord une espèce de produits qui ne peut prêter au doute; ce sont les statuettes civiles d'hommes et de femmes, toujours revêtues du costume japonais, et qui se fabriquent peut-être encore en souvenir des figurines antiques de Nomino-Soukouné. Aujourd'hui toutefois, elles ne représentent pas des esclaves, mais des personnages appartenant aux classes supérieures , ce qu'indique leur costume ample , compose d'étoffes de choix dont l'ornementation réunit des fleurs, des emblèmes appartenant aux princes et aux nobles; nous y avons même rencontré l'armoirie en fleur de chrysanthème, le kiri-mon et les branches fleuries de l'arbre impérial.

Dans les porcelaines d'usage, potiches, cornets, plats, assiettes, etc., les caractères significatifs sont les suivants: présence de l'arbre daïrien ou kiri ; du dragon impérial à trois griffes; d'un oiseau de proie au regard noble et fier; de fonds partiels à quadrilles occupés par des rosaces à quatre pétales découpés : ce sont les fleurs caractéristiques du domaine impérial; guik-mon en relief formant motif principal ou semé dans la décoration ; présence de la tortue sacrée. Un indice presque aussi certain d'origine résulte de la réunion sur une même pièce de tous les emblèmes de la longévité, c'est-à-dire le pin , le bambou, la grue et la tortue. Des potiches à couvercles plats surmontés d'une figurine de femme et entourées de papillons en relief sont aussi japonaises. Parmi les pièces figuratives , il en est qui imitent le tronc bri*^ d'un vieux pin ; d'autres, une carpe dressée sur sa queue; cette même carjHî, debout sous une chute d'eau, est souvent peinte sur de grands vases pseoniens riches du Japon ; il faut savoir la distinger, par le dessin, de la carpe beaucoup moins tourmentée des vases chinois.

Les empereurs du Japon donnent, comme ceux de la Chine, un nom

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