K>RCELAI>-E A DÉCOR BLEU SOIS COUVERTE
Cette espèce, la plus commune, a souvent une pâte grossière, asse sommairement travaillée et, conséquemment, sujette à divers acci dents, tels que le vissage, les fentes, les points sableux ou métallique et la désunion des parties collées à la barbotine. L'émail bleuâtre vitreux, n'est pas toujours parfaitement étendu ; mais le caractère sail lanl, c'est le mode de cuisson : en Chine, toute pièce est posée sur unt cerce, ou plateau circulaire en pâte de cazelte, qui maintient le pie( dans sa forme et laisse ensuite un léger filet en creux, sur lecjuel s'adap tcront plus tard les montures en bois sculpté ou en métal; les Pei*san se contentent de placer leurs vases sur un gros sable dont les graine adhèrent à la pnte ramollie et y pénètrent profondément; à la sortie dt four, on retrouve donc beaucoup des cailloux quarlzeux^ ou, si la pièc^ est particulièrement soignée, on reconnaît que sa base a été polie au
tour, et alors quelques grains ont sauté laissant leur alvéole vide, cl les autres, uses, diversement colorés intérieuremenl, forment avec la porcelaine une sorte de poudingue.
Ij€ spécimen qui nous a fourni le témoignage le plus cloquent sur fa xialurc de la porcelaine dure de Perse, est la bouteille ou lagène dont nou s donnons le croquis.
Ses caractères techniques, son mode da cuisson répondent au signalement dcSt-siillé ci-dessus; la décoration est in^jpirée en partie par l'art chinois; ell^ consiste en bâtons rompus gravés {>K~o fondement dans la pâte trempée, e:t. <SD dessins exécutés sous la couverte E»"v'-^5c le bleu de cobalt. Sur le col, .^ Efc»j— dessous de grandes feuilles d'eau, ^ I>«Midentdesgroupesde vasesetd'outrcs s««h* en porckiDe di«,rt. .» li.«. siCt.£ftchés par des rubans noués à bouts
HoLlants; plus bas, sur la déclivité, une bordure à fleurs, offre cette f>^ ïTlIciilarité qu'à la place de la pivoine chinoise figure l'œillet d'Inde 1^ «nieux caractérisé. Une étroite bande losangée accolée à cette bor- «i»»»-eest interrompue par quatre réserves dans lesquelles s'insèrent les ïig"xies d'un quatrain.
Bien que défigurée par des ligatures inutiles, par les bavures de la
*^^<^*aleur et l'absence des points diacritiques, cette légende a pu être
**^<^Iiifirée par le savant professeur du Collège de France, M. Alexandre
'-•«ïodzko : le poète y invite les buveurs à user de la liqueur défendue
ï*^ï* le prophète, et « à oublier dans l'ivresse les soucis de ce vallon de
ï*'^urs ; Met benouch, bois du vin ! dit-il au compagnon de plaisir ; né
'^•id djudâi-biderdi, on ne se sépare pas sans souffrances! deh mraki,
<*nne-moi la surahé I » Ainsi cette inscription, en rappelant un trait
^^ mœurs persanes, révèle le nom du vase sur lequel elle est appli-
*luée. Dans des médaillons réservés entre les bâtons rompus de la
P'iïise, sont des dragons enroulés et ornemanisés à la chinoise,
l*eux surabés analogues sont inscrites du même quatrain placé, nOn ^^'is la bordure, mais sur les médaillons de la panse. Beaucoup d'au- ^^, dénuées de légendes, passent inaperçues dans le commerce,
confondues parmi la masse de poix^laines communes orientales dont les Hollandais inondent notre marché.
Une autre pièce de notre collection est encore intéressante à étudier; ^ c'est une grande coupe ou plat sans marly, dont le pourtour extérieur^ est gravé sous couverte des flots de la mer ; la porcelaine a été jaunie;:^ au four par enfumage, et le cobalt du décor s'est révivifié, prenant un(^ teinte noire. Ce décor consiste en une bordure intérieure, circonscrit* j entre des filets, et composée d'une longue légende persane ; au miliei^:^^ cinq médaillons circulaires sont disposés en croix : celui du centre es^^^ le plus grand ; tous sont aussi remplis de caractères persans ornemai^^ ses pour garnir l'espace qui leur est réservé. Sous le pied est une L. ^ gende, peu correcte mais très-déchiffrable, écrite en chinois, énonçai «-^ que la pièce a été faite pendant les années Siouen-te de la grande dyng^ss tie des Ming, c'est-à-dire de 1426 à 1435. Cette date est une de celle-.-^ qu'on trouve le plus fréquemment sur les porcelaines de Perse. Schai-*^ ^ Rokh régnait alors et succédait à son père, l'illustre Timour-Lenc ; ce ^ fut un des princes auxquels l'Iran dut une partie de sa splendeur ; lou- " ché des malheurs de la guerre, il fit tout pour ramener le bien-être dans les populations épuisées ; il s'entoura en même temps d'hommes éclairés appelés des pays environnants, fit renaître les sciences et les arts, et donna au commerce une impulsion toute nouvelle. On ne s'étonnera pas, dès lors, de voir des relations étroites s'établir entre la Perse et la Chine, dont les produits furent souvent imités, sinon dépassés, et de trouver la trace de cette imitation jusque dans la reproduction plus ou moins fidèle des Nien-hao.
Après Siouen-te, la date la plus fréquente est celle de Kia-thsing, puis Wan-li ; ajoutons qu'il nous a été montré des pièces persanes avec la légende votive : la fortune, les dignités, un printemps éternel. Ces emprunts à un pays voisin ne doivent pas surprendre sur la porcelaine dure, puisque nous les avons mentionnés déjà dans la porcelaine tendre à décor sinoïde. Les porcelaines de l'Iran sont fréquemment aussi marquées en dessous de symboles chinois, comme la feuille, la tablette de jade, la perle, etc.
Les Persans attachaient évidemment du prix à leur porcelaine décorée en bleu ; nous allons en fournir la preuve : nous avons parlé déjà de la nature granuleuse de la pâte, et de la tendance des parties réunies par la barbotine, à se séparer au feu; cet accident est surtout fré-
cruentdans les bouteilles dont le long col est soudé vers son milieu; daYis ce cas, la pièce n'est pas mise au rebut; elle passe dans la boutique de l'orfèvre, qui la complète au moyen d'un col en argent repoussé, parfois orné des plus riches arabesques.
M. Scheffer possède une surahé décorée d'oiseaux fabuleux et de g^roupes de nuages; pour en rehausser l'éclat, on y a jeté en quincM3iices des chatons d'or enchâssant des rubis et d'autres gemmes à couleurs vives, sorte d'embellissement employé souvent sur les jades.
Pourtant les Persans ont cherché, le plus souvent, la beauté de leurs vases dans la perfection même du décor; comme en Chine, cette recherche se montre surtout dans les pièces de petite dimension; certaines fosses dites à éponges, ont une partie de leur pourtour découpée de jours d'une excessive délicatesse; le reste, bordures et médaillons, esten bleu pur et doux d'une fine exécution. Nous avons rencontré aussi des vases non moins parfaits, où le bleu, plus vif, était rehaussé de manganèse et même de quelques touches d'un jaune roux emprunté sans doute au fer. Cet emploi du manganèse en chatirons suffirait seul à dénnontrer la nationalité persane des porcelaines qui le portent; les Chinois n'ont jamais uni leur bleu qu'au rouge de cuivre.
Nous ne nous arrêterons pas à décrire les plais nombreux et souvent g^îgaxitesques, les vases pour les ablutions, les biberons, les récipients de narghilés, où la peinture en camaïeu bleu se combine avec les '^Hefs de la pâte; nous dirons un mot seulement des pièces trempées ^'i bleu : les unes sont de grandes aiguières sans anses, à bec en S, avec ^Ufibouchure supérieure développée en forme de croissant; les autres ^^^t des cafetières couvertes et de petits pots bursaires à anses que ^ous appelons pots à crème. Le bleu en est très-fluide, mais il manque **^ pureté ; il semblerait avoir été appliqué comme un céladon sur une pi^le un peu bise.
Les porcelaines de l'Iran remontent à une date ancienne et antéï'ieure, très-certainement, au quinzièpie siècle, puisqu'en i426 elles étaient dans toute leur perfection. Quant à la provenance des vases "*^Us, nous pouvons l'attribuer au Khorasan ; M. le professeur Chozdko, ï^'un long séjour en Perse avait initié à toutes les connaissances his- *^t*îques, reconnut immédiatement ces vases pour ce que les habitants appellent Meschedi^ la porcelaine de Mesched. Depuis longtemps on ^^ fabrique plus de porcelaine dans le Khorasan.
Il faut sans douta nllribuer à la même origine certaines pièces dfl çorées en bleu à couverte légèrement leiatée de jaune nankin.
Famille ckrynantbémo-pœonienne. — La plupart des vases de ce
division De portent que du rouge de fer et de l'or, le bleu sous couver
y est rarement associé. Parmi les plus importants, on peut citer h
aiguières à faire les ablutions; la
plus complète ligure dans le cabinet
de M. Sécban; elle repose sursoit
bassin couvert d'un obturateur à
trous; le col entouré d'un bague
est élégamment creusé d'un doubli
rang de cannelures; de chaque côl'
de la panse ressort en denii-relie
une palme, babituellement couvert
d'un fond rouge avec réserves ara
besques; deux branches feuilléesdi
vergent sous la palme, et viennen
S s'épanouir latéralement en un 1k>u
quet dont la fleur principale est ui
Aiguière pour les Miii->w,. Hs au loug pistil, eutouré d'étamine
flexucuses; ce bouquet, quelque
autres semés dans la décoration générale, des feuilles d'eau, des rin
ceaux, etc., en reuge ou en orchatironné de rouge, forment tout le di
cor : il est simple et sévère à la fois.
Des espèces de bouteilles à panse cannelée à col assez large et u peu ouvert par le haut, des biberons, nous ont offert le même geni d'ornements avec des tiges légères et des graminées en or non chai ronné, ce qui ajoutait encore à la délicatesse de la peinture.
Famille verte. — Les pièces enrichies par cette sorte de décor sw nombreuses et très-variées. Les émaux ont la pureté et la vigueur ceux de la Chine ; mais le genre des ornements, le style général car^ lérisent parfaitement les œuvres de la Perse. Nul doute n'est pem: pour les pièces où de grands rinceaux découpés, rappellent bien plu/ l'acanthe grecque que les grèics enroulements des peintres du Géleslt Empire; une lulipe ornementale non moins caractéristique forme !•
«rt?ntre de chaque courbe. La palme symbolique est un aulre signe foi-l repanda; on la trouve habiluellcment entourée d'une liordupo déooupée à dents et remplie, à l'intérieur, de bouquets réguliers imita nt la broderie (tes châles dits de Cachemire. Il est certaines pièces (/ont le décor consiste uniquement en palmes distribuées en ordre symétrique.
Un second groupe plus directement imité des ouvrages chinois se coinfTOsc de plats, potiches, bouteilles, etc., ornés de bouquets de pivoines, de fong-hoang, et autres animaux fantastiques entourés de rictk*?^ végétations; assez habituellement le fond de la porcelaine reçoit, dsi.nS' ces espèces, une mosaïque, un losange, des bâtons rompus, en ro vms"e de fer, ce qui donne aux vases un aspect et une chaleur de ton tout, particuliers. Le troisième groupe porte des sujets à personnages hi^xTïitiqueschinois; mais les figures, plus allongées qu'on ne les fait aftx Oélesle-Empire, offrent une visible eiagération de tournure et d'espre^ssion; les hommes ventrus deviennent obèses; les visages aux traits acsc^ntués sont poussés jusqu'à la grimace; on voit en un mot, qu*il s'agit d'une copie caricaturée, comme le sont du reste toutes les copies, qui outrent les défauts de l'original.
X.^ décor vert a été souvent associé en Perse, à des fonds diversement colorés; le bleu fouetté rehaussé d'or couvre l'extérieur de bols à palmes et bouquets intérieurs; d'au- Ires fois le bleu en arabesques est à V intérieur, et les palmes vertes elles r»nc«am courent au dehors sur un beau 'ernis nankin ou brun feuille morte.
l*a plus remarquable pièce où nous ayons vu le brun (le Ise-kin-yeou des *^ninois) s'unir aux émaux de la famille '*rlc, est un récipient de narghilé appartenant à M. Dutuit, de Rouen.
Coupé par deux bordures en réserve "'^''pées par des rioceaus, le récipient ' __ .
" sir- sa panse des médaillons en forme ""eHii* f"»°^^^^ '^^^^^ ^'. <■ '«'•'^ ''^pnlinesteintésdebleu turquoise avec
Ufcor bleu vif; les palmes vraies sont disposées en quinconce autour Jes premières, el de grands rinceaux verts courent sur le col ; le dos-
sous arrondi est teint en un vert de cuivre lavé d'un aspect tout partu culier, et que nous avons retrouvé parfois sous des bouteilles ^ potiches décorées de la famille verte à fleurs.
Famille rose. — Les porcelaines de cette division sont les moi nombreuses et probablement les dernières venues ; pourtant leur dé semble procéder du même goût que le premier groupe de la fami verte : de grandes tiges rigides sortant d'une sorte de pot sphéroîc^ ^^^. et terminées par une fleur cruciforme assez développée ; des feui^ -^, découpées en rinceaux, tout cela en tons vifs, presque crus, voil^ j^ hase du genre. Nous avons vu les émaux de famille rose sur des b<>i ^^e^ à thé carrées de plan et à goulot cylindrique, sur une magniCque guière de la collection Davilliers, et sur de gigantesques potiches richies de la figure du simorg. La beauté de celles-ci, la délicatesse leur peinture, plus travaillée que dans les pièces de petite dimensio démontrent à quel degré de richesse céramique devait s'élever la d coration intérieure des anciens palais persans. Le voyageur Fraser e'^ donne la preuve en décrivant le tombeau érigé à Ardebil, en 1523, ;► schah Ismaïl ; « Une grande salle octogone, dit-il, au-dessus de laquelW ^ c< s'élève le principal dôme, a reçu son nom de Zerfkaneh, ou salle d^ (t porcelaine, de ce que les plats que schah Ismaïl employait dans le^ « festins qu'il donnait à ses hôtes de chaque jour, étaient conservé a dans des niches pratiquées dans le mur pour cet usage. Cet appar-^ c< tement a été très-somptueusement décoré et les niches qui sont « toutes les formes produisent l'effet d'un magnifique ouvrage de cise « lure, mais les porcelaines n'y sont plus ; elles ont été brisées lo « d'un des tremblements de terre si fréquents dans cette contrée. » Schah Ismaïl régna de 1501 à 1523; on voit, dès lors, combien le^ Persans attachaient de prix à leurs vases et avec quelle ostentation ils exposaient ceux qu'avaient consacrés le talent de leurs auteurs et le mérile des personnages qui s'en étaient servis. On comprend, en même temps pourquoi ces vases doivent être devenus rares, puisque les convulsions de la nature concouraient avec les révolutions sociales, à hâti^r leur destruction
Peut-on hasarder quelques conjectures sur la provenance des por* celaines polychromes? Les bleus de Mesched, fabriqués à l'extrémité de la Perse et près des frontières de la Tarlarie, peuvent bien se ressentir d'un tel voisinage et surtout du trafic commercial existant entre
et
Me
Ji?
les deux pays. Les vases polychromes sont-ils aussi du Khorasan? Fautîl^ au contraire, prendre à la lettre les assertions de Chardin et les s^ipposer originaires d'Yezd dans le Fars, ou de laCaramanie? Userait téméraire de se prononcer à cet égard lorsque les documents sûrs et dignes de foi font complètement défaut.
Porcelaines diverses exceptionnelles. — L'embarras devient encore. bien plus grand lorsqu'on cherche à rapprocher méthodiquement les pièces nombreuses qui portent la trace du goût persan et qui s'éloignent les unes des autres par la matière, le façonnage et le mode de décoration. Le blanc de Chine a certainement pénétré dans l'Iran et il y a été imité. Nous possédons une tasse à double paroi dont l'enveloppe ajourée, formée de rinceaux à fleurs, a été ciselée puis recouverte d'un vernis engluant d'une blancheur crémeuse. Un autre blanc, tout rudimentaire, est un flambeau cylindrique côtelé à base élargie dont l'unique décor consiste en espèces d'ogives croisées, tracées à la pointe et surmontées de points enfoncés; la couverte, par sa coloration verdâtre, rehausse ce dessin; quant à la pâte, granuleuse et grossière, ©lie a, malgré sa dureté, l'apparence de la mie siliceuse et friable des Porcelaines tendres. Le muséum d'histoire naturelle possède un autre **lanc digne de rivaliser avec les plus beaux pe-ting de Chine ; c'est ^*ie aiguière de grande dimension toute couverte des reliefs les plus ^'^gants et datée en bleu de Siouen-te. Mais, diront quelques scep- ^^^€S, c'est sans doute une œuvre chinoise commandée pour l'usage n. Nous repoussons cette objection bourgeoise qui ne peut toucher des gens étrangers à toute connaissance d'art, nous dirions plus, *Oxite logique. Quoi, pour satisfaire à la commande, les ouvriers du ^l^sle-Empire auraient oublié tout à coup leurs pratiques séculaires, habitudes manuelles et plus encore, leur mode de fabrication. ^ ne supporte pas l'examen et révolte le moindre bon sens ; il suffît s'en convaincre de jeter les yeux sur le premier vase venu exét:^ sur commande européenne.
^on, les Persans ont tout fait, et parfois leurs travaux ont une per-
ion, une ingéniosité remarquables. Une tasse blanche à jour que
possédons est décorée dans sa partie moyenne d'un riche rinceau
t les fleurs et les feuillages sont travaillés à la pointe dans l'émail ;
bordure supérieure est une grecque réservée en émail sur le biscuit,
la base est à godrons également dessinés dans la couverte. Le pied
de cette pièce, comme celui de la tasse à éponge mentionnée page 165, est resté dépourvu d'émail.
Les céladons sont assez fréquents en Perse ; ils ont la belle teinte vert de mer des vieux céladons chinois et se reconnaissent seulement à leur style. Les uns sont simplement godronnés ou cannelés, les autres ont des ornements en relief d'un bon goût.
Pétis de la Croix mentionne une autre porcelaine colorée, dans sa traduction des Mille et un jours: c'est le Marlabani ; a Six vieilles esclaves, dit-il, moins richement vêtues que celles qui étaient assises, parurent à l'instant; elles nous distribuèrent des mahramas (petits carrés d'étoffe servant à s'essuyer les doigts) et servirent peu de lemp: après, dans un grand bassin de martabani (porcelaine verte), une sa lade composée de lait caillé, de jus de citron et de tranches de cou combres. » Chardin cite une porcelaine verte qui paraît être la même voici ce qu'il écrit : « Tout, chez le roi, est d'or massif ou de perce laine, et il y a une sorte de porcelaine verte si précieuse qu'un seu plat vaut cinq cents écus. On dit que cette porcelaine découvre le poison par un changement de couleur, mais c'est une fable; son prix vient de la beauté de sa matière et de sa finesse, qui la rend transparente, quoique épaisse de plus de deux écus. » Cette dernière particularité a une grande importance; il est impossible de supposer, en effet, que le voyageur veuille ici faire allusion au céladon vert de mer dont nous parlions plus haut; celui-ci, posé sur une pâte brune, serrée, voisine des grès, n'est jamais translucide. Le martabani, au contraire, couverte mince, d'un vert vif, s'applique sur un biscuit trèsblanc qui laisse transparaître la lumière. On ne s'étonnera pas d'ailleurs qu'une matière estimée à un si haut prix ne soit pas fréquente dans les collections. Son nom, d'un autre côté, peut faire douter de sa nationalité persane. Martaban (Mo-ta-ma) est l'un des seize États qui composaient l'ancien royaume de Siam ; il ne serait donc pas impossible qu'il fallût restituer i\ ce royaume la porcelaine mentionnée dans le conte Arabe.
Disons un mot d'une espèce toute spéciale, trempée en couleur et qu^on ne peut confondre avec les autres bruns tse-kin-yeou, parce que son décor est uniquement posé en engobe blanche. La plupart des vases sont des bouteilles ou surahés à contenir le vin, d'autres à panse^oniqne avec renflemeut vers le haut du col ; ce sont encore des biberons et des théières
à anse supérieure ou en arc surbaissé. Sur le fond d'un beau brun ^e détachent des bordures arabesques avec pendeloques de perles ; des bouquets de chrysanthèmes sortant d'un pot sphéroïdal s'épaildent de ohaque côté des pièces et sont accompagnés d'une sorte de tige de cactée à raquettes alternantes. Tout cela est indiqué largement au nioyen d'une pâte blanche appliquée partout d'un seul coup et, là où les touches se croisent et se recouvrent, le blanc devient plus pur et plus mat; il en résulte presque un modelé qui donne aux fleurs une apparence vraie; les feuilles, coniques à trois dentelures supérieures, prennent ce caractère particulier de forme bien moins caractéristique d'une espèce particulière que du style persan en général, car nous retrouvons cette forme dans les blancs à jour et dans les peintures de famille verte.
Les porcelaines trempées en couleur devaient être estimées ; le soin qjx''oii a pris d'en user le pied à la meule pour en faire disparaître le gros sable, indique une recherche de travail qu'on ne rencontre pas dans les bleus. Ces porcelaines sont assez rares.