‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 43 sur 145 · MAJORQUE · texte numérisé non relu

MAJORQUE

. Davillier avait placé cette fabrique au second rang d'ancienneté, rès celle de Malaga, parce qu'en effet, les premières traces écrites qTix** m 1 en trouve sont consignées dans un traité de commerce et de navm^«3i.tion de l'Italien Giovanni di Bemardi da Uzzano, publié en 1442 ; oc^t. aiuleur parlant des objets fabriqués à Majorque et à Minorque cite /ex /VM^ience qui avait alors un Irès-gr and débit en Italie. Mais les traditions iniques devaient remonter, dans les îles Baléares, à une époque bien rieure, puisque la conquête de Majorque par les chrétiens eut lieu ^^230 sous Jayme I", et qu'au commencement du quatorzième siècle Jayrnell faisait enseigner la langue arabe aux religieux qui se vouaient ^ 1^ conversion des mahométans, alors que les rois de Grenade étaient *încore possesseurs de leur trône. Ici comme pour Valence, les monu- ^«nt^ primitifs nous manquent absolument et les plus anciennes pièces *^*^ueillies dans les collections sont certainement postérieures à la conquête chrétienne. Il y a pourtant lieu de penser que le style moresque s'est conservé longtemps pur à Majorque ; outre les nécessités du ^mmerce qui exigent une sorte de fixité dans le décor accepté, il î a cette autre raison : Minorque, la seconde des iles Baléares, avait *îlle-inême sa fabrique et elle demeura dans les mains des Mores jusqu'en '283 ; une émulation forcée devait tenir les deux centres à un niveau «i't^ïfal mérite.

Si Ho us cherchons maintenant parmi les ouvrages hispano-moresques, ^'w^ qu'on doit attribuer à Majorque, les monuments se pressent, élol^viiUi j)ar leur décor particulier et par certains do leurs emblèmes. Le

type principal apparaît éclatant au musée de Gluny, dans un plal aux armes de la ville d'Ynca. C'est là, dans Tintérieur de Tîle et à quelques lieues de la capitale, qu'était le centre de la fabrication. Ce plat, vivement doré, porte dans sa bordure des caractères gothiques déformés et incompris, copiés évidemment sur Tinscription habituelle de Valence : In principio erat verlnim ; seulement ici l'artiste copiant au hasard, a répété le mot EVBAMpour verbum; nous trouvons la même inscription déformée et rétrograde sur un charmant hanap du musée du Louvre ; les motifs ornementaux sont principalement des palmeites à détails légers rappelant les fougères, des rinceaux terminées par une fleur radiée, et d'autres fleurs voisines de celles de Valence ou plutôt à étamines disposées en pyramide. Le plat de Cluny, le hanap du Louvre et beaucoup d'autres pièces classées dans les collections ne sont point antérieures au quinzième siècle ; une plaque ornée de la sainte face, d'un dessin tout primitif, est plus ancienne et à reflets moins vifs r mais nous ne connaissons aucune pièce purement moresque et qu'o^ puisse croire antérieure à la conquête.

La fabrication de Majorque a dû être considérable ; ses relatior^ commerciales étaient fort étendues, puisque, dès le quatorzième siècle 900 navires dont quelques-uns portaient jusqu'à 400 tonneaux, sazz taient de ses ports. 11 n'est donc pas étonnant que le nom de Majorqui le plus répandu parmi les nations voisines, ait été considéré par been coup d'écrivains comme l'origine de l'appellation des terres émaill«^ italiennes. J. C. Scaliger, qui écrivait dans la première moitié d seizième siècle, vante les vases qui se faisaient de son temps aux îfe^ Baléares et les compare aux porcelaines de Chine dont il les considèn? comme une imitation, de telle sorte, dit-il, a qu'il est difficile de distinguer les fausses des vraies ; les imitations des îles Baléares ne leut* sont inférieures ni pour la forme ni pour l'éclat, ellas les sur« passent même pour l'élégance, et on dit qu'il nous en arrive ae si parfaites qu'on les préfère aux plus belles vaisselles d'étain. Nous les appelons majolica^ en changeant une lettre du nom des îles Baléares, où, assure-t-on, se font les plus belles. » Le dictionnaire de la Crusc; est plus explicite encore ; définissant le mot majolica^ il dit que 1; poterie est ainsi nommée de l*île de Majorque où 1 on commença à Ij fabriquer.

11 est bien certain que les faïences des Baléares étaient les plu

FAÏENCES IIISPANO-MORESUUES. 211

^ e» m bi'euscs, sinon les plus anciennes, et que Majorque n'était pas le ^al c*3nlre de cette fabrication; en 1787 Vargas s'exprime ainsi : « 11 t bien ixîgretlable qu'lviça ait cessé de fabriquer ses fameux vases de ïence, destinés non-seulement à être exportés , mais encore à alienter la consommation locale. »

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des vases et des plats qu'on trouve

j>andus chez les curieux et dans les musées ; l'industrie moresque

a pourtant laissé quelques autres témoignages de son activité et

A^ son intelligence; on a pu voir quelquefois des sortes de rouleaux ou

»fcll3arclli presque entièrement couverts d'inscriptions en caractères

ubcs et coufîques, et des azulejos ou rajolas de la plus ancienne

rication ; M. le baron Charles Davillier en possède qui paraissent

r""eiiioiiter au treizième siècle et qui proviennent de la Casa de los leone%

^ Tolède. Mais leur rareté même s'oppose à ce que ces monuments

soient soumis à l'analyse de la critique ; à quoi les comparer? sur quoi

s^^ baser pour leur attribuer une origine probable ? Il faut donc laisser

*^^^ r^res spécimens dans le grand inconnu réservé aux recherches de

l'avenir.

Il ^ a plus, la renommée des faïences dorées a certxiinement fait iger une foule de travaux non moins intéressants où Ton relrouun jour la souche des fabrications propres à l'Espagne. Marineo Si- ^^'o déclare qu'à Morviedro et à Tolède on fait et on travaille beaucoup ^ faïences très-solides, les unes blanches, quelques autres vertes et dont ^^ plus estimées sont celles émailléesde blanc. Il ajoute : « A Talavera fait et travaille un très-excellent émail blanc et vert, lequel est ^""^^^délicat et subtilement fait, et on fait aussi beaucoup de vaisselles ** ^liflerents genres. » Il cite encore avec éloges les vaisselles de Jaën Surtout celles de Teruel dans T Aragon.

Wais un genre de fabrication dont il n'est fait mention nulle part, ^^t celui de certains azulejos, ou plaques de revêtement, d'origine e et dont le mode de façonnage semble originaire de l'Asie Mire; sur un fond d'émail blanc fluide se détachent, par un relief S^v, des rosaces, des rinceaux, des ornements arabesques remplis d'é- ^^^x chamois^ verts, bleus et qui sont comme retenus dans les cloisons ^^ allantes du contour» Ce genre paraît remonter en Espagne à une époque ancienne, et il s'est continué longtemps, ce que prouvent les ï'^ttiarquables plaques qui décoraient l'Alcazar de Tolède, habitation

^êo»

21i> HISTOIUE DE LA CÉUAxMlQUE.

de Gliarles-Quint. Les plus riches conceptions de la renaissance^ animent ces azulejos; les palmes terminées en têtes d'hippocampes, les génies, les candelieri de l'Italie s'y voient encadrés dans d'élégantî. pilastres supportés par une frise à rinceaux.

g 5. - AMÉRIQUE.

S'il est une série de monuments céramiques intéressante à étudier, c'est l'ensemhle des ouvrages a/îfijt/es de ce monde qualifié de novvccm parce qu'il avait échappé longtemps aux recherches ambitieuses des navigateurs européens. Lorsque les Espagnols se ruèrent, après les découvertes de Christophe Colomb et de Vespuce, sur ce continent réputé vierge, la fièvre de l'or les aveugla au point de ne pas leur laisser cette commune curiosité qui porte les voyageurs à explorer un pays nouvellement inventé, au double point de vue dô la géographie et de l'histoire; ils anéantirent les aborigènes pour les forcer à divulguer leurs trésors, et sans même chercher à connaître leur origine, à étudier leur civilisation, ils laissèrent à la nature le soin de cacher tant d'horreurs et de ruines sous le voile luxuriant des végétations tropicales.

Des aventuriers devaient, de nos jours, retrouver par hasard les témoignages imprévues de la civilisation éteinte des vieilles nations américaines. En 1750 deux Espagnols virent les monuments du Guatemala et en parlèrent sans éveiller encore l'attention publique. Ce ne fut qu'en 1805, et plus récemment, en 1828, que des exploratcui^s sérieux se livrèrent à l'étude des palais ruinés de Mitla et de Palenque; M. Alcide d'Orbigny, dans son voyage au Pérou, fit connaître toute une série d'œuvres témoignant de la haute intelligence artistique desincas: puis M. de Zeltner rapporta les curieux spécimens recueillis dans les tombeaux des quacas de Chiriqui, Etat de Panama.

Nous n'avons point à pénétrer dans le domaine de l'architecture et à comparer la forme générale et certains détails des monuments américains et égyptiens. Mais nous ne saurions manquer défaire ressortir la connexion étroite qui existe entre quelques vases memphiles, grecs, étrusques et la majorité des poteries américaines; la matière, la forme générale, l'ornementation en relief ou peinte, laisseraient souvent l'esprit dans le doute sur l'origine réelle des jûèces.

D'une pâte tantôt rouge, Irès-line, dure et lustrée, tantôt noire ou

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