A. LES ARTS GRECS, ET EN PARTICULIER LA CÉRAMIQUE
La plupart des curieux, habitués à circonscrire l'art dans ses manifestations les plus épurées, admettent à peine qu'on s'occupe des travaux exécutés ailleurs qu'en Grèce, et qu'on cherche dans la céramique des Hellènes autre chose que la beauté des formes, la hardiesse du dessin, l'excessive élégance de la composition.
Pourtant, depuis trente ans environ, la science a singulièrement éclairé cette branche des connaissances humaines; on a prouvé que, à régal des autres nations, la Grèce était redevable à ses devanciers ; on a montré que, là comme ailleurs, les vases conservaient les traces de rhistoire, des mœurs, des passions de ceux auxquels ils étaient destinés. En un mot, il devient incontestable aujourd'hui qu'on doit étudier la céramique grecque avec les mêmes méthodes, disons plus avec la même impartialité, qu'on apporterait à l'examen des produits indous, ^yptiens ou chinois.
Lorsqu'en 1790 avant notre ère, Inachus conduisit en Grèce la pre-
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mière colonie c{2:j ptienne, lorsqu'en i 582 rÉgyptien Cécrops foncr royaume d'Athènes, ils ne purent grouper autour d'eux que des vages étrangers à toute civilisation ; ce>s sauvages, il est vrai, ava reçu du ciel, avec la beauté, les germes d'une suprême intelligence sorte que les législateurs n'eurent qu'à leur montrer une voie d laquelle ils devaient bientôt arriver à occuper le premier rang. C sous Érechthée seulement (1409) que Cérès apprit aux Hellènes àc^ tiver le blé, et à substituer le pain aux fruits sauvages pour leur noa»^ riture; ce ne fut que vers le milieu du dixième siècle avant Jésus-^ Christ que Dibutade de Corinthe inventa la plastique.
Quant aux statues, les anciens écrivains et les médailles antiques nous prouvent qu'elles furent longtemps réduites aux plus informes simulacres ; des poteaux barbouillés de rouge, des troncs d'oliviers «i peine dégrossis, telles furent la Pallas primitive d'Athènes, la Cérès de Phaos. Dédale, chanté par les poètes pour les progrès qu'il fit faire à la sculpture, ne composait guère que des sortes de marionnettes, muas par des fils ou au moyen d'une certaine quantité de vif-argent versée dans l'intérieur; la grossièreté des ouvrages de ce genre était dissimulée par les étoffes dont on formait leur parure extérieure.
Dans cette situation, qui les assimile à tous les autres peuples, les Grecs deviennent plus faciles à étudier, et leurs arts cessent d'être un merveilleux problème. Pourvus d'un moyen facile d'échange par l'invention de la monnaie d'argent, dont ils furent redevables, en 895, à Phidon; mis en mesure de naviguer par Danaiis qui, dès 1511, avait conduit le premier navire pentécontère d'Egypte en Grèce, ils commercèrent avec les nations déjà civilisées et s'éclairèrent par leur contact.
Il y a donc sur la terre des Hellènes, et surtout en ce qui touche l'objet de cette étude, deux sortes d'œuvres, l'une importée, l'autre nationale; et bien qu'il paraisse assez probable que, même à ces hautes époques, l'Orient, d'où provinrent les idées inspiratrices des Grecs, possédât le secret des plus fines pâtes céramiques, c'est plus particulièrement à la poterie tendre, dont les éléments se rencontrent partout et peuvent se travailler avec des moyens rudimentaires, que le trafic et l'industrie consacrèrent leurs premiers efforts.
Ceci peut s'expliquer. Les Phéniciens, dans leurs rapports commerciaux avec les peuples de l'Occident, échangeaient la poterie contre des produits naturels; c'était donc spécialement sur les vases d'usage
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CÉHAMIQUE GKEC(JUE. 221
•ït «i'*uii prix inltirieur ijuu dovuît portur cel écliuiigu. D'un autre côté, \^s Orecs, inventeurs d'une plastique rudimenUiire, devaient se monti-ei' curieux d'ouvrages supérieurs à leui^s essais, mais du tnéniu genre, et l'aire progresser leur demande en raison de la pratique ascendante dt; leurs artistes.
Aussi les plus anciens vases recueillis en Grèce sont-ils d'une siin- ^licilc de style remarquable; ce ne sont, sur une terre jaunâtre à /»43Îne lustrée, que des cercles, des damiers, des dents du luup et des rosaces primitives. Plus tard, ces dessiiis élémentaires alternent avec des zc^mnes d'animaux fabuleux, dont il «ïsl facile de reconnaître l'orig ■ K-ics orientale, soit que les vases /> «~o-v inssent des fabriques pbéni- »;■ «s «n. «e-i ou des autres centres in- »I *-»■ **t riels de l'Asie Mineure.
<-J« sont" donc les ouvrages de <-'*-^ ^-«nre que les Grecs imitèrent tl "*" i*l>ord, et s'il est parfois très- " *■ ffTîcile de distinguer les copies tl «^^^^ originaux, une précieuse re- «*"» «*x-que de M. de Witte permet tl «-S j^joser la règle qui doit diriger Is-»- ci iscussion deseurieux : comme cmiiaic.
••**«:■. t modèle, i'œuvre orientale
*=^t. généralement plus parfaite que l'autre, et a sur colloci une anté- >~»-o»~itéd'un siècle au moins.
1.1 est intéressant de faire observer combien les auteui's grecs sont
i-~*ias*incs en ce qui touche l'art céramique; on trouve à peine dans
VciiJ^rs écrits quelques indications sur la destination des vases; scule-
■TMimeritils se sont plu à en faire remonter l'invention sinon aux dieux,
«i «j moins à des personnages héroïques. Ccramus, [ils de Daccbiis et
**' Ariadne, est, pour quelques-uns, le prototype et le protecteur du po-
*-**ï*", et c'est ainsi que son nom aurait été imposé au Céramique, quar-
l.»er d'Athènes occupé par les fabricants de vases. Cette fable est fondée
ïî'Ur l'usage immémorial de conserver le vin dans des vaisseaux de terre,
*ît <lo soservir de coupes de même matière [)our porter aux lèvres la
•"lueur bachique. D'autres attribuent l'inveiiliou de l'art de terre à
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l'Athénien Coi'œbus, au Corinthien Hyperbius ou au Cretois Talos, neveu de Dédale,
Au temps d'Homère, la fabrication était déjà courante, car le poète, en décrivant la danse d'Ariadne, compare la vélocité des jeunes gens et des jeunes filles formant une ronde, à la rapidité des mouvements que le potier imprime à la roue de son tour. Une autre pièce, attribuée à l'immortel aveugle, et qui se trouve reproduite dans une his toire de sa vie, composée, dit-on, par Hérodote, exprime tout ce qu^^ la cuisson des vases peut présenter d'heureux ou de néfaste. No^^croyons utile d'emprunter à la traduction d'Hérodote, par M. Miot, passage suivant :
« Le lendemain, des potiers en argile (de Samos) qui travaiHaierx cuire des vases de terre et mettaient le feu aux fourneaux, aperçurva— ^ Homère, dont le mérite leur élait déjà connu; ils rappelèrent, l'engagèrent à leur chanter des vers, promettant, pour prix de sa co plaisance, de lui donner quelques vases ou toute autre chose de ce qu'i^ possédaient. Homère accepta leurs offres, et se mit à chanter la piè de vers qui depuis a été nommée le Fourneau ; la voici :
« 0 vous, qui travaillez Targile, et qui m'offrez une récompense, ^ « écoutez mes chants !
« Minerve, je t'invoque! parais ici, et prête ta main habile au trace vail du fourneau ; que les vases qui vont en sortir, et surtout ceux « qui sont destinés aux cérémonies religieuses, noircissent à point; « que tous se cuisent au degré de feu convenable, et que, vendus chè- « rement, ils se débitent en grand nombre dans les marchés et les « rues de nos cités; enfin, qu'ils soient pour vous une source abonde dante de profits, et pour moi une occasion nouvelle de vous chanter.
« Mais si vous voulez me tromper sans pudeur, j'invoque contre « votre fourneau les fléaux les plus redoutables : et Syntrips, et Sma< « ragos, et Asbestos, etAbactos, et surtout Omodamos, qui ^ plus que « tout autre, est le destructeur de l'art que vous professez.
ce Que le feu dévore votre bâtiment, que tout ce que contient le c( fourneau s*y mêle et s^y confonde sans retour, et que le potier trem- « ble d'effroi à ce spectacle ; que le fourneau fasse entendre un bruit ce semblable à celui que rendent les mâchoires d'un cheval itrité; et « que tous les vases fracassés ne soient plus qu'un amas de débris. »
Les génies malfaisants personnifiés par le poète sont ainsi expliqués
p,stm* le traducteur : Syntrips eiSmaragos expriment la rupture de la if^wc^MT^ en morceaux; Aibeslos est le feu qu'on ne peut modérer; Abactos cf^ :«:*^i.ctérise l'infortune des ouvriers dont les travaux sont anéantis ; enfi :arm. €Dmodamos est la force destructive à laquelle rien ne résiste.
<3 ne l'hymne soit d'Homère, d'Hésiode, ou de tout autre poëte de la G mr^^'Cx, il exprime avec une vérité saisissante toutes les péripéties d'une c«JB^ m ^son céramique, et nous prouve ainsi combien remontent loin les
de l'art.
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