B. NATURE DES VASES GRECS. — LEURS INSCRIPTIONS
cur bien faire comprendre ce qui précède, il est indispensable de r^^"^''«3nir ici sur la nature et la fabrication des vases grecs. Ils appareil winent tous à l'ordre des poteries tendres ; leur cuisson se fait à basse péralure et en une seule fois, sans encaslage ; ils sont toujours •blés par une pointe de fer et souvent perméables. En un mot, c'est IsÉ. j30terie la plus commune ; sa pâte, poreuse et opaque, est composée A"^si.K"gile iîguline, de marne argileuse et de sable. Dans nos habitudes telles, elle est condamnée aux plus vulgaires emplois ; on en fait terrines, des cruches, des cuviers, des moules à sucre, des pots à rs.
L* soin dans la préparation des matières, la beauté des formes et du ', ont pu seuls élever, chez les anciens, cette terre grossière au fe*eau des plus estimables œuvres d'art.
Oti a établi, dans la céramique antique, deux divisions bien tranoliées : les poteries tendres mates et les poteries tendres lustrées.
Les premières fournissaient les ustensiles de l'économie domestique,
c est-à-dire les amphores dans lesquelles on conservait les grains, l'eau,
V huile et le vin, les coupes ou plats d'usage culinaire ; souvent ces
terres étaient unies et sans ornementation aucune ; parfois elles étaient
godronnées à la base, munies de ceintures de feuillages, de grecques,
u arabesques en relief, ou même de sujets composés de chasses, d'ani-
ûiaux fantastiques ou réels, et plus rarement de scènes mythologiques
<^M historiques.
Quelques jarres ou amphores avaient jusqu'à 2 mètres de haut;
^est dans celles-là que l'on conservait l'eau et les céréales.
^^ ^nophores destinées à contenir le vin et l'huile étaient généra-
iH HISTOIRE DE LA CÉRAMIQUE.
lemenl poinliies par leur exlrcmitti inférieure ; ou en assurail la statio
on les enterrant à demi dans te sable des caves.
D'aussi grandes pièces ne pouvaient être travaillées au (our; on i
wjnslruisail à la niaïn au moyen de «i/omfcins, sortes de plaques r»
tangulaires et courbes que l'on plaça
par zones circulaires superposées, en l
pressant à la main par leurs deux fao
pour les faire adhérer entres elles et li
réunir intimement avec les zones déj
posées. Après une dessiccation plus c
moins prolongée, selon l'épaisseur 4
[mrois, les vases étaient roulés jusqu*"
j four, où ils étaient placés avec soin p^
i-ecevoir une cuisson de quaranle-l:«
heures environ. Au bout de huit je»
de refroidissement on procédait au
iburnement; c'est du moins ainsi ^
AmpiioKs en (erre rouge. «^^la se pratique daus la fabrication u
derne, tout à fait identique à l'aucient:
I..es poteries tendres lustrées sont travaillées avec un soin infini. S/*
qu'à texture lâche et à cassure mate, leur pâte est Une et homogèn ^
composée principalement de silice, d'alumine, de fer et de chaus, ef
est fusible à la température de 40° du pjromètre de Wedgwood e
produit une masse d'émail brun jaunâtre, à surface brun foncé, noi
métalloïde. Le lustre ou vernis de ces poteries, a exercé la sagacil
des savants, et c'est à force de recherches et d'inductions ingénieuse
qu'on est parvenu à en reconnaître la nature : c'est un silicate alcalii
modifié et durci par la dévitriûcation résultant d'un long enfouiss'
ment dans la terre, et devenu presque infusible au chalumeau, dai
le borax ; la potasse caustique en fusion, sous l'influence d'une hau
température, jMtut seule en opérer la décomposition. Les éléments
la coloration du lusti-e noir sont l'oxyde de fer et l'oxyde de ma
gauèse.
Les vases grecs et surtout les campanicns présentent trois coulet de fond glacées : le rouycâlre brùiuelé est le ton de la pâte, luntôt avi par un simple polissage donné par le tourneur sui' la pièce crue, tan IKtr uu vernis trcs-iuince exaltant la couleur du la teri'u ou posscd:
|»ar lui-môme, dans quelques cas, une coloration rouge laqueuse. Le
nmf^y en omemenls larges ou en fond, est placé sur le premier lustre
oix sur la pâte même; il est très-brillant sans crudité, et si parfaite-
fnent étendu, que, lorsqu'il revêt à la fois l'intérieur et l'extérieur
tl^'une pièce, on pourrait la croire en pâte noire. Toutefois, ce noir
|i£isse quelquefois au bronze ou lustre métalloïde, probablement par
I^iiotion d'un feu chargé de fumée; cette altération est connue des
f»^intres de porcelaine, ils l'appellent empoisonnement^ et qualifient
d.'^'iTïïijmr le feu par lequel elle est produite. Le brun marron est la
laancc résultant d'un noir très-mince laissant transparaître le
:il>jectile rougeâtre; il se change en vert olivâtre très-glacé, par un
es de feu.
Ces variétés de la couleur noire n'ont en elles-mêmes rien d'impor-
t, puisqu'elles sont presque accidentelles. Un four trop chauffé peut
mue faire évaporer le noir et ramener le vase, en tout ou en partie,
rouge brun ; le rouge, à son tour, peut passer au noirâtre par une
£i.l>scrption de fumée.
Il ne faut pas confondre, au surplus, les poteries altérées par des
aioci^îdents de cuisson, avec celles qu'on nomme brûlées^ parce qu'avant
d'être portées dans les tombeaux, elles ont été exposées sur les bûchers
où Ton incinérait les morts. Les vases brûlés, de rouges qu'ils étaient,
sont devenus brun jaunâtre et gris cendré; les ornements noirs se sont
ofTacés en partie.
Les Grecs ont employé, pour enrichir leurs vases, quelques couleurs
de rehaut qui ne sont pas glacés, et qu'on doit considérer comme des
engobes argileuses : ce sont le rouge brique et le 7'ouge violâtre, le
jaune et le blanc^ tantôt posé en saillie, tantôt étendu en fond, et
relevé alors de dessins en rouge vif, vert, bleu et jaune, soit posés au
^l'ait, soit étendus en teintes plates. Le rouge, le vert et le bleu ainsi
employés ne sont pas vitrifiables ; ils concourent, avec l'or appliqué
sur une engobe jougeâtre , à composer ce que l'on nomme les
ornements richemeiit colorés^ décoration aussi rare que précieuse.
Et comme si tout ce qui touche aux Grecs était destiné à prendre un
cachet particulier d'intérêt historique, il n'est pas jusqu'aux tessons de
teurs vases les plus ordinaires dont nous ne devions parler ici. Ces tessons,
3 une époque où le papyrus, matière rare et chère, était le seul subjec-
^^ qui pût recevoir l'écriture, servaient aux percepteurs des deniers
publics à donner quittance aux redevables. Nos musées conseï — ^^^'t^oi ^ ^^
encore un certain nombre de ces quittances qui, dans les conL.^^^^ sèches, ont échappé aux ravages des éléments. Mais un rôle /J^^f^V& important encore des fragments de terre liguline, est celui qu .^^ ^
jouaient dans les délibérations publiques ; là chaque citoyen écrivc^^ son vote sur Tostra/fo/i ou tesson, et décidait du sort de tel gcnén^ accusé d'impuissance, de tel riche soupçonné d'employer sa fortune ^ ^ corrompre ses concitoyens; l'exil prononcé contre le coupable prenait^ alors le nom d'ostraciswie. Complices des passions les plus violentes, < les fragments de vases condamnaient souvent d'illustres victimes qu'une * acclamation générale rappelait, avant même que les pluies de l'Attique *>C-r ]J\^^ eussent lavé l'encre apposée sur les débris accusateurs, ou que les s^-^ J^ les pieds des passants les eussent réduits en poudre.
Le vainqueur de Salamine, Thémistocle, fut banni, vers 471 avant J^^joiiit
ez
er
notre ère, après avoir été l'idole du peuple ; il dut aller mourir chez
les Perses, ses anciens ennemis, qui l'accueillirent avec le respect dû mlm ,^j^ Jù
au souvenir de ses nombreux triomphes. Sans doute le remords d'avoir-:» -«^«i^-oir
fait lui-même exiler Aristide jeta quelque amertume sur ses dernières5=» ^i^— :^ -p^.^
années.
Cet exil d'Aristide nous remet en mémoire une anecdote rapporter:^ ^^.» lée par Plutarque. Au moment où les tribus assemblées allaient se^<^ se
prononcer sur le sort du vertueux législateur, un obscur citoyen, assis i .^s^T==rsis à ses côtés, lui présenta l'ostrakon, en le priant d'y inscrire le nonriB=« ^::i»m de l'accusé. « Vous a-t-il fait quelque tort? répondit Aristide. — Non^ dit cet inconnu ; mais je suis ennuyé de Tentendre partout nommeK ^ le Juste. » Aristide écrivit son nom, fut condamné, et sortit de la ville^^ *- ^ en formant des vœux pour sa patrie.
Puisque nous voici dans le domaine de l'histoire et de l'érudition, qu'on nous permette une petite digression pédantesque. Dans presque^ tous les livres on trouve que l'ostracisme était un jugement prononcé au moyen de coquilles; c'est là une erreur de di<»tionnairc : le mot oslrakon veut proprement dire un tesson ou même de la terre travaillée; sa signification a été étendue au test des mollusques et à la cuirasse des chéloniens ; mais le vole écrit s^ippliquait sur la terre cuite, ^ sur le fragment de vase, et non sur une coquille. ^.^
Une déviation lexicogra[»hique analogue a souvent condamné les ' j.^.
peuples primitifs à se repaître de glands^ tandis qu'on aurait dû dire *^
CÉHAMIQUK GRECQUE. 227
i-|i a* ils se nourrissaient de fruits. Ceci prouve tout simplement à quelles inl43rprétations erronées peut être conduit celui qui, traduisant une |2jLï:igue morte ou étrangère, néglige de s'initier aux mœurs et à j 'fmîstoire des nations parmi lesquelles vivait l'auteur qu'il explique. I^our en revenir aux tessons, disons qu'un jeu des Grecs appelé ^-akinon était basé sur l'emploi de morceaux de vases lustrés en ix d'un côté, et qui jetés en l'air et retombant noirs ou rouges, pile fate^ faisaient entrer le joueur dans l'un ou l'autre des camps clés à disputer la partie. Dans des occasions moins graves que 3cil des citoyens, les tessons foncés ou pâles faisaient l'office de les noires ou blanches pour les délibérations des comices.