C. DESTINATION DES VASES GRECS
Il esta peu près hors de doute qu'un certain nombre de vases ont dCk servir aux usages domestiques, mais il en est très-peu, parmi ceux qui.i. sont parvenus jusqu'à nous, auxquels on puisse attribuer cette deslirtalion; la plupart, au contraire, devaient décorer les temples et les L3 meures particulières : leur élégance, leurs proportions, la nature des cls et des ornements l'indiqueraient assez, si les auteurs contemporains n'avaient pris soin de nous en instruire.
Certaines pièces sont d'une dimension tellement considérable,
qu'elles étaient nécessairement condamnées à rester à une même place.
I^'^utres, sans fond, perforées d'un bout à l'autre et ne pouvant rien
contenir, avaient évidemment une destination purement décorative.
^^us avons vu le même fait se produire dans l'antiquité chinoise.
^•^fin, nous savons qu'on renfermait la cendre des morts dans des
^'''iies en terre cuite; le cabinet des médailles de la Bibliothèque impc-
'**^le conserve un beau vase à couverte noire, relevé d'une simple cou-
'^^iie de laurier, qui passe, avec toute probabilité, pour contenir les
^^^^^tesde Gimon, fils de Miltiade. Outre ces urnes funéraires, on trouve
^*^s les tombeaux, un grand nombre de vases posés sur le lit funèbre
^^ accrochés au mur par des clous de bronze. On ne saurait admettre
^1*-* ils aient été fabriqués en vue d'un tel emploi, et les sujels qu'ils
^^I> résentent en excluraient la pensée; on voulait évidemment consa^
^^"^^r au mort une partie des objets qu'il avait aimés pendant sa vie, et
^ t^st ainsi que des armes, des bijoux, des œuvres cél*amiques du plus
haul prix sont restés enfouis pendant des siècles jiour venir enlin nos révéler toute la splendeur de l'art antique.
Quelques vases portent des inscriptions qui expliquent sunisammi^ leur destination : on doit citer en première ligne les ampliores [nm thénaïques, sur lesquelles on lit; TON AôENESEN AeAON, le p-
donné à Atlièiid. lleniplics d'iiuile, produit des oliviei's sacrés de Minerve, elles étaient décernées publiquement aux vainqueurs, dans les fêtes nommées Panathénées. La plus ancienne qui soit connue existe au musée Britannique; son inscri|)tion rétrograde est ainsi cnnçuc: TON ABENI^EN A6A0N EIMI, je suis le prix doimé à Athènes. Trois de celles conservées au Louvre sont dalées par les noms des arclionles éponymes Cépliisodore (525 av. J.-C), Archippus {521)et Théopliraste
(313). Celle que nous figurons porte le nom d'Archippus : APXinnOS APXÛN.
L'archonte éponyme est le premier des magistrats élus pour régir
la république ; son titre lui vient de ce que son nom parait en tête des
actes et décrets publics. L'archonte éponyme, l'archonte-roi et le po-
lémarque présidaient les fêtes et les jeux solennels. On voit, dès lors,
quelle valeur la signature de l'archonte éponyme donnait aux am-
pliores panathénaïques. Toutes se font d'ailleurs remarquer par la
bc^auté de la forme et la recherche de Tornementation et des sujets.
Une nombreuse série de monuments céramiques devait, à raison
dos scènes qui s'y trouvent retracées, être destinée à des cadeaux
J<3 noces. Les acclamations expliquent clairement l'usage de certaines
/>i€Vc^es; ainsi des coupes à boire invitent le convive à la gaieté: XAIPE
Kl-Aï riEI NAIXI, réjouis-toi et vide-moi par les Dieux ! EVA EVOE, Eva,
lié ! cris bachiques, indiquent encore les ardeurs de l'ivresse ; ceci
non moins expressif : XAIPE KAI riOME , salut et bois-moi ;
riNEME KATeHIS , bois et ne dépose pas (la coupe).
ais la classe la plus nombreuse est celle des vases qu'il était
sage d'offrir comme gage d'amitié ou d'amour; il en est beaucoup
"* on trouvait sans doute en vente dans les magasins des fabricants et
i ^ n'ayant rien de spécial qu'un décor plus ou moins riche, conve-
î ^nt à la pluralité des acheteurs. On y lit : KAAOS, beau, KAAE,
\ le, ou bien HOrAIS KAAOS, le beau garçon , KAAOS HOFAIS
^OIS, le beau garçon aux beaux garçons; HErAlS KAAE, la belle
Imllcî. ^
tj^ autres étaient exécutés sur commande, et nous donnent le nom c\c^ 43eux auxquels ils étaient destinés : HEPAS KAAE, la belle Héras, ïÇ^AAirE KAAE, la belle Calipé; TIMOXSENOS KAAOS, le beau TTîmoxenus, TANAITIOS KAAOS, le beau Panaetius, etc.
Quelques-uns rappelaient des circonstances mémorables; ainsi,
selon toute probabilité, lepropriétaire d'un cheval qui avait obtenu des
prix aux courses publiques faisait inscrire sur une amphore : AirAOIAS
KAA02 HIÏIOS, le beau cheval deux fois vainqueur aux jeux Pythiens,
Enfin, comme si l'on devait forcément rencontrer dans toutes les
œuvres humaines l'application des mêmes idées, les Grecs ont eu leurs
vases des grands hommes, et l'on est tout surpris de trouver les noms
tiesroîs Créius, Darim^ ArcéMla^^ des poètes Alcée^ Sapho, Anacréon^
Mmée, LimiSj sur des œuvres céramiques d'une époque Irès-post rieure aux personnages qu'elles mentionnent. Ce sont là, évidemmen des hommages publics ou privés rendus au mérite et à la fortune.
Nous ne saurions dire si c'est aussi par une sorte de consécration ( d'offrande que certaines pièces de la décadence italo-grecque portent e blanc sur fond noir : BELONAI rOCOLOM, coupe de Bellone, SAnXVRî roCOl.OM, coupe de Saturne. La riche collection du Louvre renfent des vases de cette espèce qui ne se recommandent ni par la recherc: des formes, ni par aucun décor élégant.
Les inscriptions écrites ou gravées qui nous donnent le nom des ^ teurs des vases grecs, sont fort nombreuses et de deux sortes : celles , potière, tourneurs ou modeleurs de terre cuite; celles des peintres ^3 sur la pièce crue, traçaient à la pointe, puis au pinceau, les sujets les ornements destinés à l'embellir ; on les distingue au moyen du verqui les accompagne : hoindtv (époéïsen), a fait ; èypaij^ev (égrapscr— a peint. Voici, par ordre alphabétique, les noms qu'on rencontre sr les vases :
Aeuadès, peintre.
Ergotime, potier.
Alsimos. id.
Eucérus, fils d* Ergotime, peintre.
Araasis, potier et peintre.
Eutliymide ou Euthymidène, peintre
Anaclès, potier.
Euonymos, peintre.
Andocidès, id.
Euphronius, potier et peintre.
Arachion. fils d'IIermoclès.
Euxitheus, potier.
Archéchlès, potier.
Exekias, potier et peintre.
Archonidas, id.
Glaucylès, potier.
Aristophane, peintre.
Hector, peintre.
Asstéas, id.
Hégias, id.
Céphalos, potier.
Hermaeus, potier.
Caclirylius, id.
Hermogènes, id.
Chaerestrate, id.
Hiéron, id.
Charès, id.
Hilinus, potier.
Charitaeus, id.
HippaBchnius, peintre.
Chélis, id.
Hisctiylus, potier.
Cholchos, id.
Hypsis, peintre.
Gléophradès, id.
Lasimos, iJ.
Clitias, peintre.
Mikadas. potier.
Deiniadès, potier.
Midias, id.
Doris, peintre.
Naucydès, id.
Épiclète, potier.
Néandre, id.
Ëpitimus, id.
Nicosthénes, id.
Erginus, id.
Onésimus, peintre.
2oi
ipliius, potier, loriis, id.
nthseus, peintre.
lanpliaïos, id.
I?liédippc, id.
Pliillias, id.
Plirynus, potier.
Pistoxène, id.
r*olygnote, peintre.
Poséidon, id.
I^othinos ou Pithinos, peintre.
r*rachias ou Praxias, id.
I^riapus, policr.
Prsiax, peintre.
Python, potier.
Silanion, peintre.
Simon de Velia, fils de Xonus, potier.
Socles, peintre.
Sosias, id.
Taconidès, id.
Taléidès, potier.
Théoxotus, id.
Thériclcs, id.
Thypliitidès, id.
Timagoras, peintre.
Timonidas, potier.
Tk'pojome, potier.
Tlcson, fils de Noarque, id.
Tychius, potier.
Xénoclès , potier.
Xcnophante, id.
Zeuxiadès, peintre.
On le voit, (Quelques artistes réunissaient la double qualité de fabrints et de peintres; ainsi Amasis signait, tantôt seul comme potier, ntôt comme dessinateur d'un vase fait par Cléophradès, et une autre Tois : AMASIS EAPA<&SE KAI EnOIESEN , Amasis a peint et a fait. Exékias signait de même. Des potiers s'associaient souvent à un seul I>eintre; tels Glaucytès, qui travaillait avec Archéchlès, Hilinus avec Psîax, Nicosthénès avec Epictète; mais ce même Epictète prêtait son talent à un autre potier, Hischylus.
La fortune capricieuse a d'ailleurs mille moyens de consacrer les ïïoms de ses favoris; dans la liste qui précède on trouve un certain Cépl:iîilos, mauvais tourneur de petits plats et de vases communs, qui lïe nous est connu que par las plaisanteries d'Aristophane. Le grand ^^t^^^ar comique a fait vivre le pauvre artiste en se moquant de lui.