‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 49 sur 145 · ORNEMENTATION DES VASES GRECS · texte numérisé non relu

ORNEMENTATION DES VASES GRECS

tJ rt caractère tout particulier de la céramique grecque, c'est que,

"^s î54)n origine, elle prend une ornementation conventionnelle dont

De se départira plus ; jamais l'objet naturel, la plante, l'oiseau.

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* ^^^îiDal, n'y est étudié dans sa forme réelle, avec ses détails intimes.

L ai^tiste a évidemment regardé aulour de lui ; les sources physiques

nci lui gQjjt pas restées étrangères, mais, dans la fierté de son génie,

1» a îïiéprisé la copie servile ; le naturalûmeVetil dégradé à ses propres

>jcux, il s'est inspiré des choses placées à sa portée en les modifiant

selon son désir et en créant ainsi, là où tant d'autres eussent traduit.

Tout le monde connaît cette fable gracieuse de rinvention du chapiteau corinthien, par Callimaque : l'artiste errait dans la campagne, rêvant sans doute à ses nombreuses conceptions ; il s'arrête ému devant le tombeau d'un enfant — simple pierre sur laquelle la piété d'une mère avait posé une corbeille remplie de fruits — mais, pour que les oiseaux du ciel ne vinssent pas dévorer la collation réservée aux mânes chéris, une tuile était placée sur rorifice du panier ; or, une acanthe avait poussé là ; en croissant, ses tiges flexibles, arrêtées dans leur ascension par la rude terre cuite, s'étaient courbées en spirale^ll n'en fallait pas plus; la tuile devint Tabaquc du chapiteau; les feuilles de l'acanthe enveloppèrent sa base d'une couronne découpée ; les tiges avec leurs gaines devinrent les volutes et les caulicoles, et le plus élégant des membres de l'archilecture grecque était trouvé.

Voici l'histoire de l'ornementation grecque tout entière. Les gousses du caroubier diversement réunies et contournées formeront les palmettes ; étendue en rinceaux, groupée en culots ou en panaches, Facanthe n'aura plus rien de ses formes naturelles; l'olivier, le lierre et le convolvulus perdront leur capricieuse souplesse pour affecter des dispositions traditionnelles et former sur les vases des guirlandes ou des couronnes symétriques. Il n'est pas jusqu'aux flots de la mer, dont les crêtes écumantes si souvent éraillées par les vents semblent essentiellement variables et capricieuses, qui ne soient soumis au joug de la régularité ornementale ; les peintres en ont fait cette poste élégante qu'ils ont le bon esprit de placer toujours à la base des coupes, tandis que chez nous, ignorant sa signification, on la jette parfois là où elle est un contre-sens.

Avec ces dispositions, les Grecs devaient naturellement donner à leurs sujets une forme symbolique; aussi l'étude des vases est-elle pleine de difficultés. Il semble que les artistes se soient plu à envelopper leur pensée sous des voiles épais, et à dissimuler même les divinités les mieux connues sous une forme héroïque. La nature des compositions explique souvent cette réserve ; tout ce qui touche aux mystères, aux secrets de l'initiation, devait rester caché pour le vulfraire.

ourlant, à forces de recherches cl de comparaisons, nos céranioj)hes sont parvenus à constiluer une science presque complèle du mm^bolisme employé dans les peinlures. Il n'enlre pas dans le cadre ce livre d'aborder des questions aussi épineuses : il nous suffira Ae quelques indications pour prouver Tinlérêt que chacun peut trouver da.i:is la contemplation des vases grecs.

Disons d'abord qu'il faut tâcher de saisir le sens général, la pensée morale d'un sujet, avant d'en nommer les personnages ; ici les accessoires ont une valeur incontestable et peuvent transformer la scène la plus vulgaire en mythe religieux. Ainsi, des guirlandes de perles, des branches de myrte caractériseront les initiés. Un édicule placé au milieu d'un groupe de figures indiquera une composition funèbre ; le défunt y est représenté par le monument, à moins qu'il ne soit figuré lui-même sous la forme d'un éphèbe tenant son cheval et prêt à partir pour l'éternel voyage. Une trigle, d'autres poissons pélasgiens, des poulpes, dispersés dans le champ d'un vase, annonceront la présence de divinités marines ; l'empire de Neptune sera encore indiqué par la chèvre et le cheval.

Les oiseaux ont pour mission habituelle de représenter l'âme; mais les sirènes, sous la forme d'animaux à tête humaine, sont plus certaitiennent encore l'emblème du souffle immatériel qui anime l'homme. Pourtant, quelques oiseaux conservent une signification spéciale : la coloTiil)e appartient à Vénus Astarté; la grue, à Cérès; les cygnes, à ilpol Ion et à Vénus ; l'oie, à Junon Capitolinc.

L-es fleurs en général symbolisent la jeunesse et le printemps ;

l'api ustre, cette palmette élégante qui terminait la proue des vaisseaux,

représente l'air et le vent; la sphéra, attribut de Vénus, est aussi le

çig^e de la fortune et de l'amour; le trépied indique le feu, et le

gorgonium, le deuil et les idées funèbrps.

Mais, quelle que soit la pensée du peintre ; qu'il conduise le spectateur dans l'Olympe ou aux sombres demeures; qu'il aborde un sujet gracieux comme les noces de Thétis, ou sombre comme le combat des T/tans ou Orphée déchiré par les Ménades, toujours ses personnages consenent une dignité sévère, une beauté tranquille, qui rend leur aspect imposant et donne au tableau celte grandeur respectable, ce charme suprême qui fait des Grecs le peujile artiste par excellence.

23i HISTOIliE DE LA CÉRAMIQUE.

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