AIGUIÈRE EN MAJOLIQUE D'URBINO
(Conf. page 516)
COLLECTION DE X. LE BARON GL'STAVC DE R OT lISC 11 I L l»
REiNAlSSANCE. 3i7
couimc dans beaucoup d'autres fabriques, un grand nom résume tout. George Andréoli, gentilhomme de Pavie, vint, après avoir reçu dans sa patrie les honneurs dus à son mérite comme statuaire et céramiste, s'établir à Gubbio, avec ses deux frères, Salimbene et Giovanni ; il y obtint, en 1498, le droit de cité nobles et plus tard, il fut même nommé gonfalonier. Voilà pour l'état civil. Passons aux titres artistiques. Giorgio, nous venons de le dire, était statuaire; le genre des délia Robbia lui était familier et, en iSH, il exécuta deux retables d'autels, l'un dans la chapelle privée delà tamilleBentivoglio, l'autre dans la chapelle de Saint-Antoine abbé, de l'église de Saint-Dominique; en 1515, il élevait dans la même église l'autel de Notre-Dame du Rosaire, et celui de l'église des Osservantiy prèsBevagua. On cite encore de lui six anges dans la basilique de la Portioncule, près d'Assise, et une Madone chez les moines mineurs de Gubbio. Dans ces travaux, les chairs n'étaient pas recouvertes ; cela seul indiquerait un artiste de goût, assez fort de lui-même pour craindre d'atténuer, sous les épaisseurs et les durs reUets d'un émail, les finesses de l'expression et du modelé.
Quant aux majoliques, les commencements du maître ne peuvent appartenir à Gubbio; c'est sans nul doute à Pavie qu'il s'est essayé, et, en cherchant dans les collections, nous allons trouver une œuvre portant son nom et empreinte de beaucoup de caractères d'authenticité; on voit à Sèvres un plat d'une facture assez grossière, à couleurs un peu dures, ayant en même temps les imperfections d'un essai et la vigueur d'exécution et de parti pris des ouvrages primitifs de ChafTagiolo ; le sujet est VEcce homo ; le trail, d'un bleu violacé vif, est assez correct, un bleu pale modèle les chairs, les cheveux du Christ aussi bien que la croix dressée derrière lui sont en jaune métallique légèrement irisé ; au pourtour, des caractères gothiques, enlevés sur un fond bleu lapis, forment la légende: Don Giorgio, 1489. Là deux choses sont à remarquer ; l'irisation, étrangère aux produits toscans de l'époque correspondante ; les lettres enlevées sur le fond par une sorte de grattage, pratique que nous retrouverons dans certaines pièces ugubbienues. On a cherché depuis à nipprocher quelques spéci- ju
mens de celui de Sèvres, un entre autres où, dans l'orne- JJ»^ ^^^ mentation,se répèle le monogramme M. G. surmonté du *i^'Cî) globe crucigère : mais ceci nous paraît signifier Mater gloriosa^ et non point maestro Georgio.
La première œuvre où nous voyons apparaître cette dénotninalton esl un plat a bossages en relief au pourtour, avec une demi-figure de Saint Jean, au centre, modelée très-naïvement etrehaussée d'un contour bleu peu châtié; des reflets d'or et de rouge rubis nuageux, et d'un éclat bien inférieur à celui des belles pièces de Gubbio, semblent indiquer les tâtonnements d'un début; sous les bords de la pièce on lit :
Jvi^x.:
Ce précieux spécimen de la collection de M. Leroy-Ladurie nous semble parfaitement caractériser les débuis de la fabrique de Gubbio et apporter un élément nouveau dans l'histoire d'Ândréoli ; nous y voyons apparaître cette épithète de mae^iro^ dont Passeri nous explique la valeur; cherchant à prouver que le gentilhomme de Pavie, \ù noble citoyen de Gubbio, n'avait point à rougir de son métier de majolisle, l'écrivain s'exprime ainsi : « Je dois dire deux choses pour le justiûer de tout soupçon d'avoir dérogé. La première... c'est que la peintu exercée pour le compte des grands seigneurs passait pour une professio noble: l'idée ne s'était pas introduite alors que la noblesse consistât prouver quatre quartiers de personnes oisives et incapables. L'aul chose est que le titre de maestro était, dans ces temps, un titi*e qui ^ donnait seulement à ceux qui professaient les arts libéraux et nobl comme la peinture ; en voici un exemple concluant : Raphaël d'Urb avait, du temps de Léon X, le rang de baron romain..., et cependa dans les actes publics, il prenait le tilre de maestro. »
Ces explications sont concluantes pour l'attribution de la pièce Sèvres : Don^ abréviation de donno^ et que nous traduisons en franco— ^ par le mot Dom, est synonyme de maestro; cette différence d'us5Ê»a ajoute donc à la présomption de différence de lieu et vient à l'app^ de Tatlribution à Pavie du plat à VEcce homo, La coupe de M. Len?/'^ Ladurie mène d'ailleurs à une série d'ouvrages restés longtemps — * douteux et qui doivent dater des commencements de la fabrication à Gubbio. Les reliefs révèlent bien un atelier fondé par un statuaire, ^\ les reflets, variables dans leur réussite, démontrent qu'on n'était pas iMicore complètement maître du procédé.
C'est en 1519 qu'apparaissent les premières vaisselles signées en
J^Uleurs métalliques de la marque habituelle du maître, c'est-à-dire ^ iaitialesJVr G% qui se perpétueront tant que l'atelier sera dirigé par ^rff^ Andreoli ; en voici quelques variantes :
Nous ne connaissons guère à la date de 1 519 que quatre pièces loutes ornem€3i:i taies. En 1520, se présente un spécimen curieux de la collection Dtxt^uit; sur la face, dessinée avec un soin merveilleux et modelée en tans sobres, s'étend la fable du Jugement de Paris ; l'influence de Vécole de Raphaël y est évidente ; préoccupé de la forme et du style, rartist€3 laisse aux reflets métalliques un rôle absolument secondaire. Xu revers, il a écriten bleu M"" Giorgio, 1 520 adi 2 de OtoberB. D. S.R. înl/grufeîo. Que signifient les initiales qui suivent la date? C'est un problème à résoudre. De la même date est une assiette de la collection
Barkcf représentant le Char de l'Aurore. 1521 nous offre une œuvre
imporlîinte et, cette fois, revêtue de tout le luxe des couleurs chatoyantes; c'est le Tombeau de saint Ubald entouré de personnages qui viennent lui demander leur guérison miraculeuse. Cette coupe appart^ent à M. le baron Gustave de Rothschild.
^^c pièce portant un griffon héraldique est de 1522, ainsi que la
*^^t de Didon, de la collection Âmhurst.
"^* plats et coupes armoriés signalent 1524*
"^^ 1525, les œuvres sont nombreuses et variées; des armoiries, des
ttiAscarons et figures, des ornements arabesques, se mêlent à des
^^l^ls compliqués ; le pourtour d'une ballata montre le Triomphe de
^enus ; une ravissante assiette, aujourd'hui classée dans la collection
founlaine, offre les Trois Grâces d'après Raphaël; mais la pièce capitale
c^lun grand plat à marly chargé d'élégants rinceaux se terminant par
d^ figures fantastiques et qu'on a qualifiées de grotesques, alternant
^vec des trophées ; dans l'un de ceux-ci une tablette est inscrite de la
Jatede 1525; dans un autre on lit sur une bandelette : Ama la virtii.
520 IllSTOlUE DE LA CÉRAMIQUE.
Le centre est occupé tout entier par Diane et ses nymphes se livrant au plaisir du bain ; entièrement nues et réunies en gi^oupes gracieux, on les voit jusqu'au-dessous du genou; les jambes sont plongées dans une sorte de bassin dont la face est ornée de trois mascarons qui jettent Teau sur le premier plan. Tout le fond est garni d'arbres ioufTus indiquant une forêt ombreuse. Les figures savamment dessinées par un trait bleu sont d'un modelé doux qui efface en partie l'impropriété du ton bistre avec lequel il est obtenu ; à peine si quelques touches d'or et de rouge rubis, perdues dans les coiffures, indiquant des colliei's ou teignant des draperies exiguës, viennent déranger la tranquille harmonie de cette belle composition. C'est au revers seulement que l'or éclate en grands rinceaux entourant cette inscription : Maslr^ Giorgio da Ugubio adj 6 d'Aprile 1525.
1526 nous présente aussi une grande variété d'ouvrages, et trois fois le monogramme du maître est accompagné de la mention : da Ugtihio.
En 1527, des armoiries entourées d'arabesques offrent cette même
I S O "7 particularité, tandis qu'une sainte Catherine est
• • . signée : et le Dévouement de Gurtius, M** G"* da
yVK/ Ol 02O(ê Ugubio. Sur quatre pièces de 1528, deux portent
T iiCÀuGi/J ^^ Ugubio. La même indication d'origine acc/ compagne doux sujets de 1529 et deux autres
ouvrages de l'année 1550.
1531 montre des bustes, des Amours, des allégories et des sujets d'histoire. Le Louvre possède Diane et Actéon de 1552. Le même sujet, les Grimpeurs de Michel-Ange, Persée et Andromède signalent 1535. 1554 offre un sujet singulier : l'Amour se désolant auprès d'une femme qui subit l'opération césarienne ; en dessous on lit : Naissance d'Esculape et discours du Corbeau et de la Corneille. En 1536, nous trouvons un Jeune homme jouant de la viole, et, en 1537, un Enfant mentionné par Passeri.
Ouelques-unes des marques de Giorgio sont accompagnées de signes que M. Chaffers et d'autros savants anglais ont considérés comme étant spéciaux à des marchands; ces signes, accompagnés de croix, nous semblent bien plutôt indiquer des possesseui*s dignitaires de TÉglise, ou les grandes pharmacies attachées aux établissements religieux.
Nous rangeons dans la même classe, en l'écartant de la liste des
signatures d'artistes, le signe qu'on trouve répété sous des coupes généralement ornées au pourtour de palmes et rinceaux dans le goût
antique enlevés sur un fond bleu vif, et par conséquent épais, et réchampis ensuite en tons métalliques. On a un moment attribué ce signe à Salimbene Andreoli; mais celte supposition ne supporte pas l'examen de la critique, d^autres vases de la même exécution portant au revers l'initiale de maestro Giorgio, et l'une entre autres la date de 1551.
Certes, rien n'est difficile comme de retrouver l'œuvre personnelle des maîtres dans les centres italiens soumis à une individualité puissante et renommée ; beaucoup de mains diverses ont concouru à la fabrication courante, le style s'est modifié, en outre, avec le goût. Les plus anciennes 'pièces ornementales de Gubbio sont généralement du genre dit à candelieri^ c'est-à-dire avec grands rinceaux terminés par des têtes d'oiseaux, de chevaux marins, etc., combinés avec des lêtes de chérubins ailés ; ce décor, assez vif de ton, se détache sur fond bleu pâle réchampi au pinceau. Plus tard paraît le fond vif mis au tour et décoré par enlevage ; les trophées avec devises entourant des bustes, apparaissent depuis 1519 au milieu de ces genres déterminés, ainsi que les coupes ouvertes, à pied bas, qu'un buste d'homme ou de femme occupe dans toute leur étendue. D'un dessin mâle, modelées en couleurs polychromes, adroitement touchées, ces coupes, tantôt rehaussées de couleurs métalliques, tantôt douces et sobres de ton, sont toujours élevées de style; les hommes sont les héros de l'époque à peine voilés sous les noms et les attributs des dieux ou des héros de l'antiquité ; quant aux femmes, leurs dénominations poétiques, accolées de l'épithète de betla^ expliquent assez que ce sont les donne amate dont Ganoni redoutait les galants artifices pour les jeunes gens de son temps.
Ijk largeur du dessin, l'adresse de la coloration nous onlfait penser qu'il pourrait y avoir de ces ouvrages qui fussent de la main même d'Andreoli; une pièce du Louvre porte sur une bandelette celte indication : CI 0 Giorg., de la fabrique de Giorgio.
Quant aux sujets, comment hésiterions-nous à lui attribuer les meilleui-s? Ce statuaire, cet artiste cminent récompensé de son mérite par les pi-emicrs honneurs, serait au-dessous de tant de majotîstes dont nous connaissons les travaux? en se spécialisnntpour les stoviglie, il serait devenu incapable mcme de copier les cartons des maîtres, et on irait chercher dans les autres ateliers ceux à qui l'on peut faire
honneur des pièces estimables signées par lui! Mais cela est insensé, contraire à toutes les données de l'histoire et en opposition avec les mœurs de cette vaillante société du seizième siècle.
L'idée émise par Yinccnzo Lazari, propagée par quelques auteurs anglais, que Giorgio, inventeur du secret des reflets mét;illiques, se serait fait te nomade d'un tour de main et aurait mis son procédé à l'enchère dans toutes les fabriques , est impossible à soutenir aujourd'hui. D'abord Andreoli n'a pas inventé les reflets ; ensuite les peintres d'alors se respectaient trop pour s'elîaccr devant une mixture chimique et permettre à un arcaniste de sul)stitucr son nom au leur apn';s avoir étendu quelques fonds dorés, ou déflguré certaines compositions en les bariolant de touches nacrées ou rouge rubis, 0 Passcri,
c'était bien la peine de nous apprendre la valeur du mot maestro et de nous prouver qu'Andreoli était resté noble en exerçant l'art céramique, pour que nos modernes écrivains lui réservassent cette humiliation!
Maestro Giorgio a eu certes des aides ; d'abord ses frères Salembene et Giovanni, dont rien ne signale les ouvrages, puis son fils Viceniio ou Centio, dont on a cru trouver la signature dans une ^ pièce de l'ancienne collection de Monville qui porte /l/y |ft ce monogramme : un magnifique ouvrage à candelieri ^ daté dans le décor de 1518 et signé en 1519, va nous ' ^
montrer que le premier est bien de maestro Giorgio ; un trait manquant au G a prêté à Téquivoque. En 1519 d'ailleurs, Cencio inconnu n'aurait pas mis son chiffre là où son père était encore obligé d'inscrire son nom en toutes lettres. Une autre opinion accréditée en Angle- 1 ClQ terre consisterait à voir le sigle de Cencio dans un N ^
qu'on trouve souvent seul sous des pièces à reflets, et qui se montre accompagnant le nom de maestro Giorgio sous une coupe de 1537. Nous ne pouvons admettre qu'il y ait un groupe composé des lettres ^IN dans la marque informe où Marryat avait lu, avec beaucoup plus d apj^arence déraison, l'initiale du nom d'une fabrique qui aurait existe à Noc-era, rue Flaminia. Où l'éminent écrivain avait-il ^ m ^ ^ ivo\M.-%ré la trace de cette usine ? Nous l'ignorons ; mais l'in- \ Jf/^^ ojcation n'est certes pas tombée par hasard de sa plume erudite. Pour établir que la lettre N était une initiale d aï" tîsie, on s'est appuyé sur une pièce du musée de Sèvres ^ui porte M" N; il ne faut pas avoir une grande ha^ j^jê \ l)îtvi.c3e des sigles pour reconnaître qu'il n'y a aucun lien %^f^ ct^^^"^ les deux signes écrits en caractères différents et l'un ^. — » a^'^^sus de l'autre; l'N ne ressemble nullement à celui l\R j^it^îbué à Cencio; d'ailleurs depuis longtemps M. Darcel -* J»^ n démontré l'inanité de celte explication en demandant si l'on pourrait \''î«ppliquer à la coupe du Louvre n° 527 inscrite des lettres N. G.
Attendons une trouvaille heureuse pour apprendre à reconnaître les £)Uvrages de Cencio. Au reste, il n'a pas été le seul élève de son père, et la renommée de celui-ci a dû lui susciter des émules; c'est à l'un de ceux-là que nous donnerions le chiffre composé d'un A et d'un G; les
334 inSTOlKË DE LA CtIBAMIQUE.
suivants sont [Hjslcrieui's à Ciiorgio, cl on contprend dans quel but t leur a donné la plus grande ivssemblancti possible avec la sigualui
du maître. Pourtant le dernier a été attribué à un maestro Gilet dont l'existence nous paraît plus que douteuse.
Parmi les élèves incontestables de maestro Giorgio, citons Prestim l,a pièce principale de cet artiste est un bas-relief du Louvre rcpn sentant la Vierge soutenant l'Enfant Jésus; les cliairs sont d'uu blan rosé, les draperies, teintes d'une douce irisation jaune et rouge rubif se détachent surun fond bleu. Au revers est écrit : 1 556. PERESTINVS la date est répél<!e sur le rebord.
Cette œuvre, dernière manifestation de l'art inauguré par les dcl Robbia, ne manque ni de grâce ni de style, et elle prouverait seu. la valeur de l'alclier dans lequel Prestino s'était formé. Comme ^ dréolî, relève faisait concurremment les bas-reliefs et la slovi^ (vaisselle} ; on connaît de lui un plat signé : 1557 di 28 dl magio^ Gnbbio per mann di Castro Prestino. Cette pièce représentant Vé» et l'Amour est dans la collection de M. I. Faleke.
GuAt.Do. — Voici une fabrique inconnue avant l'acquisition de la c^ Icction Campana, et qui n'est peut-être, à vrai dire, qu'un des r~ meaux du tronc Ugubbien. Là, peu ou point d'art; mais, dans la donim des lusti'es métalliques, la plus brillante application qu'on piiîss rèver de ce tour de main dont les esprits furent un moment férus au seizième siècle. Le rubis de Cuaido est si rutilant, qu'il efTace les bleus intenses; aussi celui qui a vu une pièce teinte de ce rouge reconnutlra partout les œuvres de l'usine.
Castello. Citlà di Castcllo, située non loin de Gnbbio, est le siég d'une fabrique ancienne et toute particulière, en ce sens qu'elle n jamais modifié sa pratique, et semble s'être s|)écialiséc |>our les vav selles po[)ulaires. Kst-ee à Castelio que le genre a commencé? No« l'ignorons; mais au seizième siècle, lorscpie Piccolpassu divulguait ) secrets de son art, l'usine avait une pratique si sAre et possédait
bi^mm, comme il le dit, Vacco7^d des œuleun^ qu'il donne le nom de (7éJt^^dlane à la méthode de décoration qui, de ce centre, rayonnait a loirs partout.
CH^lte méthode castellane est fort simple, et nous Tavons déjà dé-
cwTR t:^ à propos de certaines œuvres françaises du moyen âge : c'est la
d€3cz:^<3ration sur engobe relevée d'un dessin gravé avec une pointe de
fe5M^^ et recouvei*te d'un vernis coloré par des nuances peu nombreuses
et ^^ziuvent vaguement fondues. Piccolpasso nomme ce genre Graffio,
p^^ ^MT^ analogie avec certaines fresques ombrées de traits noirs sur blanc ;
ippelle Grafftlo l'objet décoré de Graffio.
oici maintenant comment Piccolpasso explique la fabrication : *< I^.^s couleurs castellanes sont une pratique à part ; on n'y mêle pas ^''"«^'^l-^n et, pour en faire usage, il faut avoir une sorte de terre qui V* ^^ar^ l de Vicence et à laquelle je ne saurais donner d'autre nom que ^ blanche ou bien terre viceiitine. Elle se moud comme l'émail, et broyée, on en couvre la terre rouge crue; puis on cuit légèret en restant le plus près possible du cru ; on dessine sur la terre *^*^^:M"mcbe avec une pointe de fer, puis on vernit avec le blanc susdit ^*-^^^K^M.du très-léger. » On le voit, c'est l'engobe avec ses artifices; en ^^ *î^ t, non-seulement on grave au trait sur le fond blanc, mais on l'en- '^'^ ^^ partiellement pour faire ressortir certaines masses ornementales, ou j)roquement. Un marzacotto jaunâtre, le jaune vif, un vert de cuivre ilué et mis en taches nuageuses, un peu de bleu et très-rarement oir, voilà les couleurs appliquées à cette espèce de terre vernissée. "Cs graffiti ne sont donc point ici à leur ordre technique; ils ont très-probablement, précéder la faïence émaillée, et y conduire une pente insensible; c'est du moins ce qu'on peut induire de ce âge de Passeri : « Vers 1300, on commença à couvrir les vases re crus d'une couche de terre blanche dite terre de San Giovanni, " ^^ ^ servait de fond sur lequel les couleurs qu'on commençait à em- " ^^ i'er se détachaient mieux. Le vernis se mettait par-dessus. Les cou-
étaient le jaune, le vert, le noir et le bleu. » Ici il y a évidem- ^•^t une confusion ; San Giovanni fournit un excellent sable blanc, du vernis transparent ; la terre d'engobe est celle de Vicence. A près, l'accord s'établit entre Passeri et Piccolpasso; seulement le ^^■^^^ïnier ne nous parle que des peintures sur engobe, tandis que le ^ciond s'attache aux gravures.
526 lllSTOiltl:; Ut: U CËRAMIQUE.
Nous ne pensons pas qu'il soit possible de spécialiser aujourd'hui les œuvres de Caslello; celles de Folîgno et de la Lombardie doivenl leur ressembler à lant d'éfiards, qu'il sérail léméraîre d'essayer de \es en distinguer. Ce 4|u'il importe, c'csl d'indiquer aux curieux les plus
beaux ly[)Os du genre; une coupe à pied exposée au Louvre (n° 708) et que son décor dale de la seconde tnoilié du quinzième siècle, est rcmanpiable tant par le costume et le style des personnages, que p:n' la merveilleuse couroiim; du feuillages ipii les entoure; les lions de
support ont cette barbarie archaïque qui rappelle ceux entre lesquels on rendait la justice au moyen âge, inter leones. Cluny possède une autre coupe {«." 2070) et un plat (2075) dont les armoiries viennent prouver qu'antérieurement à la majolique, la noblesse ne dédaignait pas de faire usage de cette vaisselle primitive et peu luxucns(>. Il est
ItENAl-SSANCE. 327
à présumer même que ta faïence émaillée ne parvint pas à la détrôner entièrement, car on trouve des graffiti du seizième siècle et il s'est rencontré à Pavie un amateur qui en a continué la fabrication jusqu'à la flu du siècle suivant.
Le décor à la castellane n'a pas toujours clé entièrement gravé ; certaines pièces ont reçu une véritable peinture sur la terre blanclie de Vicence; telle est la Louve de la colleclion d'Yvon, et nous pourrions en multiplier les exemples. Ainsi s'établit une sorte de passage entre le décor à engobe et les dcmi-majoliques de Passeri qui, elles-mêmes, s'unissent étroitement aux premières faïences couvertes d'étain.
D. FlBRigCIES DE9 £nT$-FOMIFICAU)i;.
Deruta. — Cette fabrique, d&s plus importantes, semble avoir commencé par des cbefsHj'œuvre pour Unir très-médiocrement en suivant une progression décroissante. Vincenzo Lazarl attribue la fondation de l'atelier, dépendance de la ville de Férouse, à Agostino di Antonio di Duccio, élève de Luca délia Itobbia; on 1461, cet artiste travaillait, dit-on, à Pérouse, et il y décora d'une frise en terre émaillée la façade de l'église des Bernardins. Nous acceptons volontiers cette illustre origine, car elle nous paraît expliquer les tendances élevées des premiers artistes en majolique et l'emploi simultané, d-ins leui-s ouvrages, du dessin et du relief.
328 IllSTOIltE DE LA CËUAHIQUE.
Ëii elTet, des jilnts élégaots dont le style annonce les années du seizième siècle, nous montrent, au pourtour, si ctiampi de bleu, des arabesques et des trophées support tètes de chérubins; d'une saillie médiocre, ces ornements suffisamment par la dorure orientée qui les recouvre; plus chute du marly, de grands rinceaux partant d'une tète de détachent en relief plus vif sur l'émail blanc et engendrent, enroulements, des hippocampes ailés, des chimères de si; et justpi'à des oiseaux et des limaçons dorés. Au centre, su k fond bleu, se détache un délicieux profil de femme, légèi delé, mais dessiné avec une sûreté magistrale.
Outre la couleur du jaune doré, plus fauve et moins oi les pitM:es de Derula que dans celles de Pesaro, la beauté (leut, nous le répétons, caractériser les œuvres de la prcm / fabriques. On en sera convaincu après avoir observt /T1 le plat que nous venons de décrire, et surtout à Glui \Lj où se voit la Métamorphose d'Acléon, d'après la c ^ de Mantegna, et qui est signée au revers d'un gra Aucun des spécimens de ces hautes époques ne porle le fabrique; le premier chronogramme apparaît en 1501 f relief représentant Saint Sébastien debout dans une nich^ modelé en bleu et l'artifice du Irait raffermissent le reli rie, le fond et l'architecture brillent de l'enduit chamotf la plinthe est l'inscription : A DM4 DI LUGLIO 1501, j jour de juillet 1501. Il faut ensuite descendre à 1525 i mention l'aUti in Deriita; elle existe sur une couiie bW de la collection Fountaine. La pièce qui vient ensuilr fique plat appartenant à madame la baronne Salomo^ il représente Apollon poursuivant Daphné; par un«f dans les anciens ouvV onnages ont une f
fchJJi^'^B ;aire et sans aucuf
!; leurs costume^' s, de celui en usf de l'artiste; aui tion du sujet/ Tiilieu d'une décoration en jaune d'or où se IrouV
Une chose intéressante à signaler, c'est la disposition monogramma- Liqi^«îde certaines parties de cette légende; on remarquait la même lendance dans la coupe de Cluny, où le nom ATEON est contracté sur le bandeau de l'indiscret chasseur. Quant à la lettre P, elle rappelle évidemment la forme de certaines signatures de la fabrique de Chafia^iolo.
A^irant 1544 et longtemps après, des œuvres importantes sont sig-rKÎes : el Frale^ le Frère. Ce peintre singulier est-il un individu ou une ertCité, un être de raison; est-ce un moine particulier ou une collection religieuse consacrée à l'art céramique? Quoi qu'il en soit, ce îne ou ces moines semblent adopter pour leurs œuvres des sujets fanes empruntés à la Fable et surtout aux Métamorphoses d'Ovide. "1 541 à 1554, ces œuvres se succèdent plus disgracieuses d'aspect, pi. m^s faibles de dessin, avec des nuances visibles de facture qui nous porl^ wc^sk îent à croire à l'intervention de mains différentes ; dans le principe, l^ï^ c^ompôsitions sont empruntées aux maîtres anciens; mais, loin de vc:> M tr une preuve de naïveté et d'archaïsme dans la rudesse et la lourdes m E»' des contours et dans l'exécution sommaire du modelé, nous n'y iï*^i>miTons qu'un témoignage de faiblesse et d'ignorance. Quand le l^^iîi:^ tre veut sortir de la monotonie des effigies chatoyantes pour abor- Aesf les couleurs polychromes, son inexpérience et sa gaucherie se ïï^^nifestent au plus haut point; il arrive souvent jusqu'au mauvais î^^>solu.
Gcî qui nous confirme dans l'opinion qu'il y a eu plusieurs fabriques
Jis il i notes à Deruta, c'est que, d'une part, il n'y a nul rapport entre le
^<>^Aede fabrication des pièces à décor savant et distingué, comme le
ti^ <lrageoir ci-dessus, et la facture épaisse et grossière des œuvres
sor"l.5es de l'usine confiée au fraie; d'un autre côté, les moules de
l'at^cilier primitif sont certainement restés entre les mains de potiers
tti^^^ns arlislei que leurs prédécesseurs, mais plus forts que ce même
fVCM^te; ainsi MM. de Rothschild possèdent des épreuves du plat à can-
cl^*^îeri en relief où les ornements sont coloriés en tons vifs et où l'om-
V>Viic porte un sujet traité sommairement avec les mêmes couleurs
V%^hilement appliquées sur un dessin acceptable.
Vour rassembler autant que possible en un seul groupe les ou- -vrnges qui nous paraissent avoir une commune origine, parlons ici de la nombreuse série des plats à reflets ou en couleurs qui ont été
330 HISTOIKK DE LA CEKAMiyiE.
souvenl confondus avec ceux de Pcsaro. Le caraclèrc le plus sûr pour les distinguer, c'est la finesse un peu maigre du dessin et la pelitesse relative des détails; les bustes ont le col très-long, les traits exigus; lorsque les bordures ont des parties imbriquées, les écailles sont toujours menues.
Il en est de môme pour les vases de rorme, très-reconnaissables à ces caractères; un vase est tout spécial à la fabrique, c'est celui directement imite de l'extrême Orient et de l'Asie Mineure, et qui afiecte la forme d'une pomme de pin portée sur un piédouche; la pointe du cône forme couvercle. C'est là, croyons-nous, l'un des plus anciens ouvrages de Derula, et la collection du Louvre semble prouver qu'on y
Uraftiwir de DeruU. (Hiuio du Uiuvrc)
a appliqué presque simultanément la couverte changeante et Témail blanc; en effet, l'un de ces cônes est blanc avec de légers rebauts bleus sur les écailles du fruit; un autre a reçu les mêmes rehauts préalablement à la couverte irisée, les autres sont entièrement dorés et d'une teinte uniforme. Cette forme de cône éUiit si bien dans les habitudes de Deruta, que nous trouvons dans la collection Salomon de Rothschild un vase ravissant décoré de rinceaux et d'arabesques entourant les armoiries de la famille Lando, de Venise. L'emploi très-ancien de l'émail blanc dans l'usine est encore démontré par un spécimen appartenant à M. le baron Gustave de Rothschild; c'est une magnifique épreuve du plat à rel ief ; le blanc mat de la couverte est rehaussé par des fonds partiels bleus et le médaillon central porte un buste de femme semblable à
miste à celle du graveur dont il imitait l'œuvre. La pièce n'a pas assez d'intérêt pour qu'on se donne la peine d'approfondir la question.
Monte-Bagnole. — Celte localité céramique est révélée par une pièce assez ancienne portant cette inscription : Francesco Durcûino vasaro Amote Bagnole d Pero$cia. 1553.
Fadriano. — Cette usine oubliée a été révélée aux curieux, lors de l'Exposition universelle, par une magniûque coupe appartenant à M. Castellani. Tout le fond de la pièce est occupé par une composition de Raphaël que nous a conservée la gravure de Marc-Antoine. Au milieu d'une foule sainte, la Vierge et sainte Anne gravissent les degrés d'un temple et s'avancent vers le Christ assis sous le portique. Les chairs, hardiment dessinées, sont légèrement ombrées en bleu; les draperies et les accessoires empruntent à la palette polychrome une coloration discrète qui rappelle les tendances de Faenza. En somme, le style est grand, la pratique savante et sûre, et nous ne douions pas que ce type ne serve à reconnaître des produits jusqu'alors innommés. Sous le pied on lit : FABRIANO. 1527; au-dessous est une sorte d'X qu'on ne saurait, cette fois, attribuer à Xanto.
Voilà donc une fabrique des États de l'Église qui n'a rien à envier, pour l'élévation du style et la science du dessin, aux ateliers les plus renommés de l'Italie.
FoLiCNO. — Celte ville devait être le centre d'une production considérable, puisque Piccolpasso cite et figure le moulin à eau qui servait à broyer les couleurs. En donnant, d'ailleurs, la composition de ces couleurs, l'auteur nous apprend qu'elles s'employaient sur la terre blanche de Vicencc et à la Castellana,
YiTERBE. — La fabrique de Viterbe n'est mentionnée nulle part, mais son existence est établie par un témoignage irrécusable; on voit, au musée de South-Kensington, une pièce bordée de Irophécîs et représentant le sujet si fréquent de Diane et Actéon; en dessous, une figure tient une bandelette sur laquelle est écrit : I VITERBO. DIOMED, 1544. Que signifie ce nom de Diomède? Il ne se rapporte pas au sujel et semble peu italien; n'importe : Viterbe est ici le point capital, et la lecture in Viterbo^ bien qu'en partie rétrograde, ne peut laisser aucun doute. Combien n'csl-il pas d'autres ateliers secondaires que les grands centres ont eiïacés?
E. FABRIQUES DES DOCHKS DU NOKD.
FcRRARE. — La famille d'Esté, de Ferrare, a droit de nous inté- ^5ser «1 plus d'un titre; dans un siècle de lumières on la voit constamment prête à tous les sacrifices pour seconder l'œuvre du progrès: Alplionse V\ particulièrement symp^nthique à la France, eut à siipporter pour nous des vicissitudes sans nombre; bien qu'il eût cpousë Lucrèce porgia, la fille du terrible Alexandre VI, il fut assez courageux pour ^ous rester fidèle en se maintenant dans la ligue de Cambrai, et pour \oUer contre l'autorité papale. Tout en combattant pour la France et et^ défendant son duché, il trouva le temps et les moyens d'organiser latine des plus brillantes fabriques de l'Italie.
/usqu'en ces derniers temps, c'est à peine pourtant si les curieux consentaient à inscrire le nom de Ferrare dans les archives de la majoiique; il fallait nos efforts persistants et surtout les lumineux travaux du marquis Giuseppe Campori pour faire rendre justice à ce Mécène digne de prendre rang près des Médicis.
C'est donc avec l'aide des écrits du savant modenais et en nous appuyant sur les ouvrages conservés dans les plus importantes collections, que nous allons reconstituer l'histoire de la faïence de Ferrare. Nous ferons remarquer ceci : pour M. le marquis Campori, comme pour tous les savants habitués à compulser les archives, il n'y a rien en dehors des documents écrits ; leur absence implique une suspension dans Tordre des faits. Nous ne partageons pas complètement cette manière de voir; dans les grandes commotions sociales on peut fort bien négliger de tenir note de dépenses particulières d'un ordre secondaire, comme celles qui se rapportent à des fournitures de matières pour le travail d'une usine, ou au salaire des artisans; on sait d'ailleurs combien est ruineux le chômage d'un établissement, même restreint et protégé. Nous admettons donc le ralentissement et la reprise, mais non l'abandon total et la réédification.
Constatons d'abord un fait important : l'art des majoliques a été importé à Ferrare par des artistes de Faenza ; le premier dont on trouve la trace est un frère Melchior, mcieslro di lavori di terra, en 1 495. En 1501 , das payements sont faits à maître Biagio, de Faenza, tenant boutique auCliAleau-Neuf, pour des ouvrages fournis à un couvent, et les ornements d'un poêle construit dans ce même Château-
Neuf. A celle époque, Alphonse ne supportait pas encore le poids ^^ gouvernemenl ; Hercule, son père, dirigeait le duché ; rien n'em P^ chait donc le jeune prince de suivre les expériences de ses céramigsn^^^^ et de trouver lui-même le beau blanc laiteux, bmnco allatlalo, dcr=3rvt Piccolpasso lui attribue l'invention en constatant la fausseté de la dér"^^^^mination de blanc de Faenza attribuée à cette couleur.
En 1505, Alphonse devenait duc de Ferrare, Modcne et Reggio, ^l
jusqu'en 1506, il est fait mention de Biaggio, comme étant à son s orvice. De cette date à 1522, il n'est plus question de majolique d^^Es les archives ducales. M. Campori en conclut qu'il y eut une lacu^HXHc dans la fabrication. En 1510, Alphonse était en guerre aveclep^»^)c Jules II, dont l'armée, renforcée par celle des Espagnols, s'empara^ ^^^
Modène et de Reggio. Spolié ainsi d'une partie de ses Etats, pressé
le besoin d'argent, le prince, dit Paul Jove, « ne voulant pas impasï^^''' ^^
de nouvelles charges à ses sujets, mit en gage les objets les plus précieu) qu'il tenait de ses ancêtres, et jusqu'aux bijoux de sa femme Lucrèce^^ \ Borgia. Privé de ce qui faisait l'ornement de ses buffets et de sa table, il se mit à faire usage de vases et de plats en terre, qui parurent d'autant plus relevés et propres à lui faire honneur, qu'ils sortaient de ses mains et étaient le produit de son industrie. » Ce témoignage nous suffit pour prouver la continuation des travaux ; nous comprenons que dans ce moment de crise on ait négligé la comptabilité du plomb ou de l'étain achetés pour la fabrication.
En 1522, si l'acquisition de ces matières reparaît dans les comptes, c'est qu'il est question, en même temps, d'un changement dans le personnel de l'usine : Antonio, de Faenza, y est attaché avec 1 2 livres par mois, les aliments et le logement; un autre Faentin, Calto, lui succéda en 1528 et mourut en 1555. Ces hommes nouveaux, simples « potiei-s, sont d'une importance secondaire au point de vue de Tart; ^ des peintres distingués au talent desquels- la majolique ferraraise dut -#j sa réputation, nous ne trouvons guère qu'une mention vague ; c'est le ^^ J payement de 12 sols fait en 1524 à un nommé Camillo, ce parce qu'il avait peint des vases pour le potier. » Les frères Dossi, d'ailleurs, dominaient l'atelier; employés par Alphonse d'Esté pour décorer ses pa^ lais de fresques et de tableaux, ils ne dédaignaient pas de descendre s des travaux plus modestes ; en 1528, 2 livres sont allouées à Dossi po avoir employé deux jours à tracer des dessins pour le potier; BaptisL^
son frère reçoit 1 livre comme prix de modèles d'anses pour des vases.
M. Campori ne définit pas le genre d'influence que purent exercer les Dossi sur l'ornementation des majoliques, mais Giuseppe Boschini met sur la voie en rappelant combien ces artistes répandaient, dans les palais confiés à leur talent, les grotesques légers adoptés par Raphaël : il paraît donc y avoir lieu d'étendre les termes de la protestation de Piccolpasso ; on devrait dire : On a faussement attribué à d'autres usines le beau blanc laiteux et les grotesques inaugurés à Ferrare. Quant aux pièces à figures, elles sont beaucoup moins rares qu'on ne le suppose. Les riches cabinets de la famille de Rothschild sont larg-oment pourvus de spécimens appartenant à un service fabriqué dans les commencements de l'usine et dont une armoirie nous indique l'orig'inc et la destination. L'écu, parti de Gonzague et d'Esté, ne peut être q[ULe celui de Jean-François II, marquis de Mantoue, lequel avait éf>ousé, en 1490, la célèbre Elisabeth ou Isabelle, fille d'Hercule P", (li^o de Ferrare et sœur d'Alphonse, fondateur de la fabrique du Châtc3£fcUL . Isabelle mourut en 1539, elle avait donc vu les majoliques de son f'^^F'e dans le moment où elles brillaient du plus vif éclat. Femme éclai- ^^cî, chantée par les poètes, protectrice des lettres et des arts, il était ^^^lurel qu'elle voulût parer ses palais d'une vaisselle aussi remarqua- ***^^ cjue l'était celle de Riagio de Faenza; et comme pour lui donner ^*^e consécration plus solennelle, elle y fit peindre, non pas seulet les armes réunies de Gonzague et d'Esté, mais des chiffres, des "Vises, aujourd'hui inexplicables et qui donnent pourtant à la cré- 'lice un caractère tout particulier d'intimité familière. Parmi les fi- 'es symboliques, on remarque un creuset sur le feu, dans lequel fond faisceau de tiges métalliques; le chandelier à sept branches, des
les inscrites de caractères musicaux ; les -. .
^•^ilTres sont l'alpha et l'oméga accolés et réunis jjj^^ ^. 'Ç'
P^r un rinceau, un Y enlacé avec un S, et plu-
^^t^Ui-s autres groupes qu'on a pris pour des marques de peintres ;
^^Uicesco Xanto, auquel on en a attribué quelques-uns n'apparaît sur
^ Scène des arts qu'à une époque bien postérieure à la mort d'Isa-
^He et surtout à celle de son mari, c'est-à-dire à 1519. Il a pourtant
^i^même semé des caractères grecs dans ses compositions; c'est pour-
*\^oi on lui a attribué les pièces de Ferrare.
Nous avons parlé jusqu'ici de la fabrique officielle dite du Château, subventionnée par Alphonse I". M. Giuseppe Campori en fait connaître une autre que protégeait don Sigismond d'Esté, frère du duc de Ferrare. Installée dans le palais de Schifanoia, sous la direction d'un maître ouvrier, Biagio Biasini de Faenza, on en trouve mention dans les archives de 1515 à 1524; en 1525, on voit qu'il y résidait trois peintres dont le principal était el Frate, et les deux autres Grosso et Zaffarino. Est-ce de cet atelier qu'est sortie une merveilleuse coup^ du musée de Sèvres, portant le nom de Frédéric II, marquis de Map- ^^ toue, fils et successeur de Jean-François II? Faite de 1519 à 1530, é\ que à laquelle Frédéric fut nommé duc par Charles-Quint, elle rien de commun, pour le style, avec les majoliques du Château, décor est composé de candelieri empruntés aux compositions de letto de Modène, et qui s'enlèvent en bleu tendre sur un fond j bordé de chaque côté par des fragements de paysages. La finesse (J cution est des plus remarquables.
M. Giuseppe Campori ne trouve pas cette part de labeur suîSs^^amte pour la gloire de Ferrare pendant la première moitié du seizième siéii^^'e;
il veut surtout élargir le cercle des tentatives heureuses faites P^^
Alphonse V\ Selon le savant auteur, ce prince serait le véritable inv^^^^" teur de la porcelaine européenne, et voici le titre qu'il donnr^^
l'appui de son assertion ; c'est une lettre écrite au duc par son amb sadeur à Venise, Giacomo Tebaldi :
« J'adresse à Votre Excellence un petit plat et une écuelle de pof^ celaine contrefaite [ficta) que lui envoie le maître à qui elle les commandés. Et ledit maître dit que ce travail n'a pas réussi commet l'espérait, et il en allègue pour raison qu'il aura donné trop de feu. magnifique seigneur Catharino Zeno, qui était présent et fait bien compliments à Son Excellence, et moi, avons prié ce maître de vou loir bien faire d'autres plats, en cherchant à le ranimer par l'espoir du succès. Nous n'avons pu y réussir; et il m'a dit ceci en propre^^ termes : « Je fais présent à votre duc de l'écuelle, et je lui envoie « petit plat pour qu'il ne doute pas de mon désir de le servir; mais j « ne veux en aucune façon continuer à jeter ainsi mon temps et mot Cl argent. S'il voulait faire la dépense, je consentirais à y mettre moi « temps; mais je ne veux plus faire de tentative à mes frais. »
c< Je Tai bien engage à venir habitei* Ferrare et lui ai dit que Voir
fijr43«llence lui fournira toutes les commodités désirables, qu'il pourra trsi ^^ailler et gagner beaucoup, etc. Il m'a répondu qu'il est trop vieux, et ^rae veut pas s'en aller d'ici. Venise, 17 mai 1519. »
!eci prouve, ce nous semble, un essai tenté à Venise par un artiste
dont les travaux avaient été signalés à Alphonse P*" ; mais le
prs :Mice comprit qu'il n'avait nul honneur à retirer d'une découverte
fam '^^^ au loin, même à ses frais, et l'artiste ne pouvant venir à lui, il
V^2.^9sa tomber l'entreprise.
i3e 1534 à 1559, c'est-à-dire pendant le règne d'Hercule II, successeur et ^Is d'Alphonse, les majoliques furent peu encouragées ; les archives i^ l'époque font présumer à M. Campori que Pierre-Paul Stanghi, de Fai.^nza, fut le seul artiste qui s'occupa de la fabrique.
Alphonse II s'inspira des traditions de son aïeul, et il donna une
impulsion nouvelle aux travaux céramiques. Vasari eu témoigne
loï^u'il parle « des vases merveilleux en terre de plusieurs sortes et
d'autres en porcelaine d'une fort belle tournure » qui se font à Ferrare.
Ici M. le marquis Campori place une observation fort judicieuse qui
pei*mettra d'établir nettement les deux écoles qui se partagèrent les
'^^joiiques ferraraises. Alphonse P*" employa uniquement des artistes
'aentins, et c'est parmi les ouvrages attribués aux Marches qu'il faut
t^horcher leurs ouvrages. Alphonse II, arrivé au moment où la fabrique
" Urbino dominait toutes les autres, chercha à en imiter les produits
^^ s'attacha des peintres rompus aux habitudes et au style de cette
"^^ïîe. Certes, nous reconnaissons avec le savant de Modène combien
*^^ délicate la répartition entre des centres divers d'œuvres procédant
^ la même idée et obtenues par les mêmes mi&thodes ; mais si, djans
^ grande peinture, le vulgaire se contente de reconnaître les nationa-
■'t^^o i^s délicats distinguent les écoles, reconnaissent la touche du
^*tre, et ne confondent pas un original avec la copie d'un élève ^^"^^temporain ; il en sera de même en céramique pour ceux qu'une *^^^de intelligente dirigera dans l'analyse sérieuse des clioses analogues ^ î^pparence.
Les deux noms qui se répètent le plus souvent dans les archives de
^^ maison d'Esté sont ceux de Camillo d'Urbino et de Baltisla, son
*"^rti, tous deux peintres en majolique. M. Campori établit par
*^ excellentes raisons que ce Camillo n'est point un membre de la
^ïnille Fontana ; il mourut accidentellement en 1567, époque à
laquelle, suivant Raffaelli, Camillo Fontana fut appelé au service du duc de Ferrare. Il n'y a peut-être pas contradiction entre les deux documents, et Ton pourrait admettre qu'un Camillo vint remplacer l'autre dans l'exploitation des majoliques, ce qui n'expliquerait que mieux l'étroite analogie de certaines pièces de Ferrare avec l'œuvre du grand peintre d'Urbin. Le premier Camillo était déjà au service du duc en 1561, recevant un salaire de six ducats d'or, et tout doit faire supposer qu'il était spécialement occupé des essais dirigés par Alphonse II dans le but d'obtenir une poterie translucide ou porcelaine. En effet, les détails recueillis sur sa mort tragique laissent le fait à peu près hors de doute : le 21 août 1567, Camillo conduisit quelques gentilshommes d'Urbino à la célèbre fonderie où se trouvait l'artillerie ducale ; le maître fondeur, oubliant qu'une pièce était chargée, y fit pénétrer une bougie attachée au bout d'une lance afin de faire admirer le poli intérieur du métal ; l'explosion se fit et le boulet tua trois des gentilshommes et blessa grièvement le maître fondeur et Camillo lui-même. Aussitôt on se préoccupa d'obtenir de cet arcaniste toutes les révélation désirables sur son secret ; il promit de les faire si son mal s'aggravait, et d'ailleurs, le duc fut assuré que Battista possédait les recettes de 1 porcelaine, sauf la manière de mettre la dorure.
L'événement fit grande sensation ; BernardoCanigiani, ambassadeu du grand-duc de Florence, écrivit à sa cour pour l'annoncer et men — tionna parmi les victimes « Camillo d'Urbino, fabricant de vases et^ peintre, et en quelque sorte chimiste de Son Excellence, qui est le véritable inventeur moderne de la porcelaine. »
En rapprochant ceci de ce que nous avons dit, page 287, touchant la porcelaine des Médicis, il est difficile de ne point accorder au duc de — Ferrare Alphonse II la priorité des tentatives faites pour obtenir celte poterie nouvelle ; seulement personne n'a signalé encore une pièce sortie de l'usine de Ferrare, tandis que la porcelaine de Florence existe dans toutes les collections d'élite.
Revenons donc à la faïence. M» Campori ne trouve aucune mention qui y soit relative au delà de 1570, époque des tremblements de terre qui désolèrent la ville pendant neuf mois consécutifs; des phénomènes semblables s'étant renouvelés jusqu'en 1574, l'auteur pense que la fabrication des objets d'art fut suspendue ou même abandonnée. Certes^ dans les temps de Calamités publiques, les arts éprouYent un
arrêt momentané; toutes les forces vives de la nation se concentrent sur les remèdes à opposer au mal. Mais, le désastre réparé, il appartient aux chefs des peuples de remonter les ressorts détendus et d'imprimer un nouvel élan aux puissances intellectuelles. Ainsi dut faire Alphonse II; il remit en vigueur le culte des arts, et pour donner l'exemple, ranima les travaux de son usine céramique; aussi, lorsqu'en 1579 il épousait Marguerite de Gonzague, ce n'est point à des artistes étrangers qu'il allait commander les crédences où son amour s'exprime par l'emblème d'un bûcher incandescent entouré de la devise : Ardet xternum; avec les formes primitives il fit reprendre les grotesques sur fond blanc inventés par son aïeul ; c'est ce décor qui entoure la stemma, le symbole de fidélité, marque de son service personnel. Nous partageons à cet égard l'opinion de Giuseppe Boschini, et nous sommes confirmé dans notre croyance par deux pièces trilobées du Louvre, dont l'une est certainement de date ancienne, et l'autre, sortie d^ même moule, porte la légende amoureuse du service de mariage ^'Alphonse IL On s'accorde d'ailleurs généralement à attribuer à * ^sine de Ferrare des pièces à reliefs, presque blanches, timbrées
"'armoiries, dont la fabrication s'est prolongée sous le règne de César
^ -Este et peut-être jusqu'à sa dépossession en 1598.
iMoDÈNE. — Chassés de leur capitale par le pape Clément VIII et
^I^^>liés de leur principauté, les ducs de Ferrare se retirèrent à Modène.
^ ^^otefois la majolique n'y apparut qu'au commencement du dix-hui-
^-^èrne siècle etdans une voie étrangère aux errements de la Renaissance.
^oiis inscrivons donc ici ce nom pour ordre seulement.
F. FABRIQUES DK LA VÉNÂTIE.
^KNisE. — Est-ce la haute position de Venise, son importance poli- '^^^Ue, sa puissance maritime, qui ont fait négliger l'histoire de ses Adverses industries? Si ses archives regorgent de correspondances iné- AUes^ de manuscrits précieux, de titres diplomatiques intéressant la plupart des puissances européennes, elles sont muettes sur les choses à^la vie intime de la cité, et^ comme Florence, Venise a vu longtemps tes travaux de ses fabriques grossir le contingent d'usines moins anciennes et moins remarquables.
C'est à Modène que M. le marquis Giuseppe Campori a pu retrou-
ver les docutiienls qui pcrmellent de mettre un terme à ce déni justice, et de restituer à Venise le rang qui lui appartient parmi 1 villes les plus industrieuses.
En 1520, Titien, dont les bonnes relations avec Alphonse l**^, ^
de Ferrare, n'avaient jamais été interrompues, fut chargé par prince, de faire exécuter une grande quantité de verres à Murano ^ des vases de terre et de majolique destinés à la pharmacie duc^-^ j^ Tebaldo, agent d'Alphonse, s'aboucha avec le peintre qui vour:^ J^ surveiller lui-même l'exécution de la commande et en conslateir^ jg réussite.
Le 1*"^ juin, Tebaldo écrivait à son patron : « Par le batelier J^^^an Tressa j'envoie à Votre Excellence onze grands vases et onze moy-^^^is^ et vingt petits en majolique avec les couvercles, commandés par Tît îen pour la pharmacie de Votre Excellence. »
La fabrication était donc alors dans toute sa perfection à Ve^r^ is€, puisque l'inventeur du plus beau blanc connu, le fondateur de l*«jiie des plus importantes usines de l'Italie, se montrait empressé de ^i>osséder des ouvrages que, de son côté, un homme de la valeur de T/*-*^^" déclarait rét($sis à merveille. Non-seulement la majolique devait c-^ courante à Venise en 1520, mais on cherchait plus encore, on y t — ^^ vaillait à découvrir la porcelaine. Nous avons donné page 332 lesr^^ i cuments relatiCs aux négociations entamées entre l'ambassadeur ^ Ferrare et certain maître vénitien dont le nom est resté inconnu, e^ ^ qui envoyait, en 1519, deux essais de porcelaine au duc Alphonse I"^ Ce maître potier, trop âgé, disait-il, pour quitter son pays et se rendre^ à Ferrare, devait être l'un des doyens de la faïencerie. Pour notre part, nous n'hésitons pas à penser que les fabriques vénitiennes travaillaient dans la seconde moitié du quinzième siècle; nous en avons la preuve dans un précieux albarello appartenant à M. Fayet; on y voit une de ces effigies caractérisées des primitifs Italiens, aux longs cheveux coupés droit sur le front, aux traits énergiques et accentués; (les ornements de beau style l'environnent, et dans la décoration court une légende en patois vénitien. Ce détail ajouté au caractère de la peinture ne laisse aucun doute sur la date et la provenance du vase. Cette époque reculée a certainement des représentants parmi les spécimens en demi-majolique de nos musées; seulement on n'ose lixer leur altribution à raison même de leur rareté et de leur type prescjue
étrange. Quant aux vases du commencement du seizième siècle, comment en définir le caractère ? Ne doivent-ils pas se confondre dans la masse des œuvres contemporaines? En 1501 , Venise enlevait la ville de Faenza à César Borgia et la conservait jusqu'en 1508, maigre les réclamations de Jules II; la république acquérait, en outre, Rimini de Pandolphe Malatesla ; elle se trouvait ainsi en possession de deux centres importants de fabrication céramique, et elle pouvait perfectionner ou modifier les premiers errements de ses artistes en se mettant au niveau de la fabrication la plus avancée.
Ix>rsqu'en 1545, Francesco Pieragnolo vint, comme le raconte Piccolpasso, élever une faïencerie avec le concours de son père, Giannanlonio de Pesaro, ce castel-durantin put introduire un nouveau style à Venise, mais il n'y créa pas une industrie inconnue. Si VinccnzoLazari, adoptant l'opinion contraire, considère les poteries répandues à Venise antérieurement à 1545 comme le résultat d'importations faites de Faenza ou de Castcl Durante, c'est qu'il n'avait pu découvrir, dans les archives vénitiennes, aucun document de date plus ancienne que le récit de Piccolpasso touchant la fabrique de Pieragnolo, et qu'il est parti de cette indication erronée pour constituer l'histoire des majoliques vénitiennes. Aujourd'hui l'on ne saurait plus nésitcr; il faut restituer aux artistes de la reine des mers et le pavage ^n rnajolique fait dans la sacrisAie de Sainte-Hélène, aux frais de la '^ïtiille Giustiniani, qui y fit peindre ses armes en 1450 et 1480, et ^^luî décoré de Técu de la famille Lando, qui existe dans la chapelle ^^ l' Annonciade, à l'église de Saint-Sébastien ; celui-ci porte, avec la ^oie de 1510, le monogramme!. L. V. B. renfermé dans la lettre 0 ^*^ grande capitale.
Le 25 mai 1567, un certain Battista di Francesco écrivait au duc de *^i*rare cette épître singulière :
*< Le serviteur très-fidèle et spécial de Votre Excellence , maître
*^pliste (fils) de François, maître en rnajolique et fabricant de vases
**es-iîobles, rares, très-beaux et de différentes qualités, notifie, par
^^tte lettre mal composée, à Votre Excellence, qu'il habite actuellement
^^rano, dans le district de Venise, avec sa femme etsesenfants, et qu'il
^ ^ient une boutique bien pourvue de vases et autres productions du
■^iTie genre. Ayant entendu exalter la magnanimité et la réputa-
'^^ de Voire Excellence par plusieurs seigneurs et gentilshommes
vénitiens, il a été pris du désir de la servir avec les ouvrages de son art, qui lui plairont, il l'espère, vu l'amour qu'elle porte à toutes les productions de l'art et à celles-ci particulièrement. Mais, ne pouvant pas abandonner sa boutique et ses pratiques sans l'aide de Dieu et de Son Excellence, il lui demande un prêt de trois cents écus pour arranger ses affaires et venir fixer son domicile à Ferrare, dans le but d'y travail-^ ^ 1er à la requête de Votre Excellence et de ses sujets. Et s'il lui plaît d lui accorderles trois cents écus qu'il demande, il obligera lui-même héritiers et tousses biens en la meilleure manière que l'on pourra, poi en assurer la restitution. Il prie de lui donner une réponse à l'adres de maître Baptiste de François, des majoliques et des vases, à Murai rio delli Verrieri, et il s'offre et se recommande à Votre Excellence.
Nous venons d'épuiser les renseignements écrits, il nous faut mî tenant demander aux faïences elles-mêmes les indications qui doi^ confirmer ou compléter l'histoire céramique de Venise.
Les dates les plus anciennes se trouvent au musée de South-j sington et dans la collection Fortnum; sur la pièce de celle-ci on 1 540 Adi I6del M ex de Otubre; sur l'autre : Adi 13 Aprille ibiZ. des échantillons conservés en Angleterre et au musée de Bruns" sont ces indications : Fatlo in Venezia in ChasleUo 1546; ceci ma une plaque représentant la destruction de Troie ; puis : 1 568 Zewer menico da Venetia feci in la botega al ponte sito del andar a san Poé Cette boutique est probablement celle appartenant à maestro Ludovic^^^^^^' et Domenico doit être l'un des peintres attachés à l'établissement; eW^^ ^^^ effet, Ludovico est dénommé sur un plateau du Musée de Kensinglon,^^ ^^^ij avec ces détails : In Venetia^ in côtrada di santo Polo^ in botega dj "*^ ^ M"" Ludovico. Au-dessous de l'inscription un écu à la croix alaisée ne permet aucune induction, à défaut de l'indication des émaux.
Au moment où il publiait son catalogue du musée Correr, les ouvrages de Venise étaient tellement rares ou si complètement méconnus, que Vincenzo Lazari attribuait à la concurrence des faïences continentales la prompte destruction d'une industrie factice implantée inconsidérément sur un sol sans argile et sans combustible. Mais Venise n'était pas habituée à marchander sa gloire; l'une des premières à faire descendre sur l'émail de la terre cuite les nobles effigies inventées par ses peintres, elle ne renonça jamais à l'industrie des majoliques; le livre de Piccolpasso en fournit la preuve à lui seul pour qui sait le
prendre. On n'a pas assez remarqué que cet écrivain céramiste
lien plus fabricant et ornemaniste que peintre en hiMoires; il parle
. ou point des scènes empruntées aux grands maîtres, et s'il décrit
le ^enre d'un atelier, c'est dans les arabesques, les rinceaux et les
positions symétriques qu'il en cherche les caractères. Ainsi a-t-il
i t pour Venise, dont il cite les paysages^ les fleurs et fruits^ les ara-
ueSy livrés alla dozzina^ c'est-à-dire en grand nombre, pour une
portation commerciale considérable.
iies indications pratiques de Piccolpasso portent donc avec elles cet ^^«ignement précieux : à mesure qu'on s'éloigne des débuts de la x^aissance, l'industrie domine l'art et l'on arrive par une transition nsible des œuvres estimables à ces choses de pratique où Ton ne Tche plus à reconnaître la touche individuelle, ni même la trace goût particulier à un siècle. Telles sont pour Venise les pièces en aïeu bleu rehaussé de blanc sur berettino, qu'elles portent des onnages ou des fogliami (feuillages); telles encore ces grandes i Ties presque dichromes quelquefois entourées de reliefs comme remisses sur une terre mince à son métallique. XJne marque qu'on rencontre sur les plus anciennes pièces à ruines &^ cjui s'est perpétuée, consiste dans un chiffre probablement symbol îcj mjÊ.e composé des lettres ARGGouAFGG combinées avec une ancre plutôt un grappin ; et dont voici la figure :
marque existe à Sèvres sur une magnifique vasque armoriée qui ^Pl>îirtient certainement encore aux beaux temps de la Renaissance, V^is on la retrouve sur des plats fort ordinaires dont les analogues V^**lent assez souvent ces signes :
l^ne pièce, ornée de reliefs au pourtour et offrant au centre le sujet ^^ Judith et Holopheme, est signée de ce chiffre, '^— >?vv^ y>i n'est pas sans analogie avec celui habituel aux ^^'^TZ^ ^^ses à paysages et ruines, puisqu'on y retrouve les K-/^^^ lettres G. R. G.; la marque à la croix couronnée contient elle-même les
340 HISTOIRE DE LiV CÉRAMIQUE.
initiales AF, et enfin on trouve parfois une sorte de C formulé en hameçon et qui se lie sans doute étroitement, par l'esprit, avec les G marques précédentes; on peut le voir au musée de Cluny sur une grande fontaine, en forme de jarre, décorée de niascarons cl de guirlandes en relief; quelques bouquets semés dans le fond et une armoirie peinte ajoutent à sa richesse ; la marque est répétée dans les guirlandes. Cette même marque existe sur un plat représentant la Salutation angélique et qui est datée de 1571 . Qu'est-ce que cet engin dç^ pêche affectant la figure d'une lettre? faut-il y voir une énigme, u sorte de calembour? En italien, l'hameçon s'appelle amo; y a-t-il que rapport entre ce nom et celui du peintre ou de Fatelier? Est comme dans la marque au grappin, une déformation littérale apji^ priée au goût des emblèmes nautiques, assez naturel chez les habita d'une ville émergeant des lagunes et où l'on trouve à peine assezterre pour asseoir les monuments? Nous n'avons rencontré aucun d cument de nature à jeter quelque lumière sur ces questions. Mais nouf?^ verrons, plus tard, l'ancre marquer les porcelaines de Venise, comme celles de rAngleterre, et témoigner ainsi d'une même prétention à l'empire des mers. Nous verrons également l'hameçon se reproduire sur une faïence du dix-septième siècle. Ce dernier fait nous portç à croire que les instruments nautiques, ou de pêche, sont bien plutôt une marque d'atelier qu'un signe individuel émanant d'un fabricant ou d'un peintre.
CoRNARO ou CoRNARi. — Cette localité, qui emprunte son illustration du nom de Tune des plus importantes familles vénitiennes, a eu àus» son usine céramique, au moins vers la décadence. M. le comte de Liesville possède deux plats dont le pourtour est chargé de lions et d'oiseaux, tandis qu'au centre se montrent des sujets mythologiques assez singuliers, où figurent des harpies et des sirènes. Le possesseur a vu d'autres pièces à scènes grivoises.
Sy^;<j|^ Assez incorrect de dessin , le décor est en bleu un peu gri- I sâtre. Sous le pied des vases le nom de la fabrique est exprimé par récusson des Cornari, parti d'or et d'azur et figuré avec ses émaux naturels.
Trévise. — Cette ville possédait une usine céramique au quinzième siècle, puisque Garzoni en parle dans la Piazza universale; la mention, il est vrai, n'est pas des plus flatteuses; elle est tout à l'avantage
^^ Taenza, dont il déclare les produits aussi supérieurs à ceux de Tré- ^v^î^t^que les truffes aux vesseloups. Mais, dans ces temps d'exubérance ti^llectuelle, le progrès était rapide, et une pièce, conservée dans la lection de M. Âddington, semble prouver qu'on était arrivé prompteïnl à des résultats remarquables là où Garzoni n'avait trouvé d'abord qu'^à blâmer.
Décrivons, d'après M. Chaffers, cette intéressante majolique : sa fonne est celle d'un plat creux ou d'un bol évasé ; au pourtour, des airabesques se détachent sur fond bleu; le sujet central est le Sermon sur la montagne; en dessous est un portrait supporté par des Amours et entouré de c^tte légende circulaire : D.O.N. P. A. R.I. S.I.Œ. D. A. T. R. A. V. I. S. 1. 0. Un cartouche renferme la date MDXXX8 ; la singularité du mélange des chiffres romains et arabes s'ajoute à celle de l'inscription, divisée par des points et par un groupe difficilement explicable. Don Parisi, de Trévise, était-il l'auteur de l'ouvrage ou le destinataire? Nous n'oserions rien affirmer à cet égard; mais, ce qui demeure hors de doute, c'est l'existence à Trévise d'une usine céramique ^u seizième siècle. La pièce existant en Angleterre aidera sans doute ^ en retrouver d'autres et à reconstituer la part d'une ville qui n'a ja- 'ï^ais dû cesser le travail céramique, puïsque nous la retrouverons à l'oeuvre pendant les siècles suivants.
Padoue. — Cette fabrique est aussi fort ancienne, et voici ce que '^ - Lazari rapporte sur ses origines : « Dans la rue qui conserve encore le nom des Bocaliers (fabricants de vases), existe une maison récemïïîeni restaurée, dans laquelle on a trouvé, il y a peu d'années, la ^race des fours qui y étaient établis; les parois donnant sur la rue étaient revêtues de carreaux triangulaires alternativement blancs et "leu^s, parmi lesquels était encastré un disque de majolique de 0™,52 ^^ clîamètre, qui se trouve aujourd'hui placé dans le musée de la ^'"le. La Madone et son Fils sont représentés sur un trône, entre ^^int. Roch et sainte Lucie et entourés de petits anges ; en bas est une ^^ixioirie; le fond est légèrement creusé; les figures en relief sont blan- ^ue^^ moins les cheveux, teintés en jaunâtre, et la robe de la Vierge, 1^* est d'un bleu pâle. L'émail est peu abondant et la terre grossière. ^^ Jirécieux disque est connu pour avoir été fait d'après un carton de *^c^lo Pizzolo, élève du Squarcione et compétiteur de Mantegna; on **^v^veson nom sur le sommet du trône : NICOLETI.
Évidemment l'usine qui avait fait cette chose ancienne et remarquable ne s'est pas arrêtée tout à coup, et si elle n'a pas produit abondamment, on doit, du moins, trouver des œuvres intermédiaires entre le bas-relief d'après Pizzolo et les rares plats, médiocres de dessin et d'exécution, qui, de 1548 à 1565, nous montrent ce qu'était l'atelier. Les peintures padouanes de cette époque se reconnaissent à une certaine pauvreté de palette; les chairs sont d'un jaune bistré peu agréable, les fonds assez crus, et la distinction des contours ne rachète guère les autres défauts; le plat le plus ancien (South-Kensington), représentant Myrrha, porte : Padua^ 1548; un autre, du musée de Cluny, où se voient Adam et Eve sous l'arbre de la science du bien et du mal, est assez compliqué de revers : le pourtour est orné d'une série d'ogives bleues entre-croisées ; au centre, sous l'argument : Àdamo Eva^ un entrelacs surmontant deux traits croisés en forme d'X, puis : 1 563 a padoa. La troisième pièce (Polyphème etGalatée) est datée de 1564; la dernière, de 1565, a pour sujet, comme celle de 1565, la Chute du premier homme, et elle porte : A Padova. La comparaison de ces coupes avec d'autres non signées permettrait sans doute d'augmenter le bagage d'une usine dont les travaux n'ont jamais dû cesser. On sait que certains vases de pharmacie à deux anses et à fond gris perle, relevé de fleurs, d'arabesques et parfois de grotesques, étaient connus sous le nom de vases alla padovana. Ces ouvrages devaient être d'un assez pauvre travail si l'on en juge par ceux qui se continuaient dans le même genre au dix-septième siècle.
Bassâno. — Vers 1540, un certain Simone Marinoni fonda l'usine de Bassano, dans le faubourg appelé les Marchesane; mais il ne parait pas que ses travaux eussent une grande valeur; une pièce de 1555, représentant Saint François, Saint Antoine et Saint Bonaventure, est mal peinte et manquée comme couleurs et comme vernis. A la lîn du seizième siècle, l'établissement a produit des tasses, des soucoupes et autres objets de moyenne dimension avec paysages et fabriques de genre vénitien d'une réussite parfaite. Cette production s'est prolongée pendant le siècle suivant, sous l'impulsion des Terchi, et nous en parlerons plus loin.
Vérone. — Le nom de cette fabrique a été longtemps ignoré des curieux; mais une magnifique pièce, exposée à South-Kensington, a révélé l'importance du fourneau et le mérite des artistes qui y cuisaient
urrré-
1 565. Le peintre a représenté la Famille de Darius devant Alexan- ; sous le pied est écrit : 1 563 adi 1 5 genaro Ho Giovani Batista da ^w^^ain Verona. M. Chaffers appelle ce peintre Fraiicesco-Giovan-Bat' ffisr^^3P^ mais nous lisons, avec M. Robinson : losef-Giovan-Battista. Orig.£ ^K'Tma^ire de Faenza ou d'ailleurs, nous n'avons trouvé aucun ouvrage de ji^^ m - Est-ce en passant qu'il laissait à Vérone un gage de son talent, ou j^^ ^3:e^ y avait-il fondé lui-même l'établissement qui nous est indiqué par j^ j>îèce conservée en Angleterre? Il n'est guère possible de le savoir, g^ uin monogramme, inscrit sous la légende, ne peut même apporter ^^j3B.^3^J^ élément utile dans la question : détruit en partie
une grande écaille enlevée dans l'émail, il semble TlXj m r été composé d'un I, d'un M et d'un V conjugués; m
j^^^r-^3mr été compose dun i, d un M ei d un v conjugues ^^^ ïme sont certes pas les initiales du peintre; serait-ce Q^^W^s de la ville ou du maître de la botega où travaillait Joseph-Jean j5^3^j> liste? Quelque autre pièce nous l'apprendra.
OiiAMDiANA. — Cette fabrique, située près de Padoue, s'est spécialisée
jj^]^xxs les imitations de la Perse; sur une faïence passablement blan-
el-i.€3-» elle jette des bouquets poljchromes, où la jacinthe, les tulipes et
\^^^ oeillets d'Inde s'épanouissent comme des girandoles d'artifice. Quel-
q^mi^s coupes à pied bas, des vases de pharmacie, semblent annoncer
une époque assez ancienne; mais des plats et certaines potiches ven-
tm^jes, ne remontent pas au delà du dix-septième siècle, et nous les dé-
c rirons en leur lieu.