‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 66 sur 145 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

g 1. — faïences.

A, faïences françaises.

En comiïicnçanl ce chapitre, une certaine émotion nous saisit ; nous comprenons son immense intérêt, et, conséquemment la difficulté de faire apprécier au lecteur, sous une forme brève et saisissante, les hauts enseignements qu'il comporte. Il touche directement à notre histoire et à nos mœurs; ce qu'il résume, ce sont les efforts d'hier, les conquêtes du jour, faisant pressentir celles du lendemain ; il doit démontrer, au moyen des faits logiquement groupés, par quelle voie, en France aussi bien que dans le reste de l'Europe, l'industrie céramique et les arls qui en dépendent se sont transformés en se perfectionnant par une large concurrence, leur existence n'ayant plus pour but de satisfaire au luxe et au goftt de quelques-uns, mais de pourvoir au besoin de tous.

Seulement, pas plus que la nature, l'histoire ne procède par secousses violentes : les faits suivent une évolution rationnelle ; un progrès s'ajoute à un autre, pour conduire aussi près que possible de la perfection, idéal de toute conception humaine. Chercher la cause de ces progrès, tantôt dans les faits et les institutions, tantôt dans les individualités, c'est là le point délicat.

Le moyen âge, parmi ses luttes et malgré elles, avait manifesté, nous l'avons vu, quelques éclairs du génie artistique; la Renaissance, au milieu de ses ambitieuses entreprisés, avait fait en quelque sorte de ce

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génie glorieux l'objectif de tous les puissants de la terre ; leurs encouragements, semés dans un moment d'effervescence où les individualitt^s vaillantes surgissaient de toutes parts, formèrent cette brillante pléiade dont les travaux suscitèrent le goût jusqu'au cœur des populations galvanisées, et contribuèrent ainsi à élargir le cercle des besoins intellectuels.

Il restait aux temps modernes à compléter l'œuvre des siècles, en généralisant la culture de l'esprit, en substituant les foules au petit nombre pour l'appréciation de ce qui est bon et beau : l'artiste alors soumis, non pas au hasard de la protection d'un seul, mais à l'encouragement des masses, n'avait plus d'autre préoccupation que sa propre perfec- ^ tion et la recherche de ce qui peut satisfaire matériellement et touchera au moral la puissante clientèle à laquelle il consacre ses œuvres.

Tel est aujourd'hui l'état des choses ; mais, nous le répétons, la j transformation s'est faite lentement et progressivement ; chacun y » pris part, et la grande difficulté pour l'historien sérieux, c'est de chercher les éléments de ce concours, sans se laisser détourner de 1 vérité par les déclamations intéressées, les jugements erronés, dict par la passion, et surtout par les documents frappés d'inanité pî l'ignorance môme de ceux dont ils émanent.

Combien n'a-t-on pas élevé la voix contre les privilèges longtem concédés par les princes, protecteurs nés, pourtant, de toutes les haut entreprises tentées dans leurs États? que n'a-t-on pas dit contre l'i gérance de la noblesse et du clergé dans le patronage des usines? L'o ganisation des industries en corporations a été considérée comme un odieuse entrave, alors qu'elle apportait une sage et salutaire régie mentation dans les diverses branches de l'art. On a d'ailleurs fein/ d'ignorer la large part de protection prise contre les abus de priviléjïes par les parlements et les institutions municipales ; en sorte qu'on aurait pu croire à la constante pei'sécution de ce que l'autorité cherchait au contraire à favoriser par tous les moyens à sa disposition.

C'est qu'il fallait diriger, surveiller les premiers essais de ces industries nouvelles, comme une mère dirige et protège les premiei^ pas de son enfant, alors même qu'il s'impatiente des entraves qui empêchent sa chute. On n'a rien voulu voir de cela, et pourtant, lorsque la révolution survint, c'est grâce à cette marche lente et constamment progressive des Aiits qu'elle trouva les esprits mûrs pour une émanci-

on complète, et qu'elle put placer sous la protection d'une loi ^c^-îil€^ pour tous l'œuvre préparée déjà par l'accord tacite de tout ce omii possédait pouvoir et influence.

^fontrer la marche de ce concours d'intérêts divers, parfois opposés, voT-s l'accomplissement des destinées universelles, c'est un bien vaste oadre : s'il ne nous est pas donné de le remplir, nous espérons du moins, à force de bonne foi, de patientes recherches et de simplicité dans l'expression de nos jugements pereonnels, y jeter une esquisse intéressante.

Mais, pour donner à Tensemble des faits une succession logique, il faut nécessairement abandonner les classiflcations techniques et substituer à l'ordre de progression des matières céraniiques celui des événements, en les épiant surtout dans leur manifestation locale et en suivant, pour chaque nature de poterie, sa marche ascendante autour du centre d'impulsion.

Ainsi, pour ne parler que de la France, dont par droit de patriotisme, nous devons nous occuper d'abord, son ancienne organisation par provinces, régies chacune par un intendant, en faisait en quelque sorte une réunion de petits États fédératifs étrangers les uns aux autres, séparés par leurs lignes douanières, et à peine retenus par le lien commun de l'autorité royale. Aussi, les influences diverses qui pouvaieint y modifler l'industrie étaient-elles toutes spéciales et prenaientelles parfois une importance considérable. Il en est résulté ce fait heureux: pour notre génie national, que dos efforts locaux ont amené des résultats divers, et que la France a seule créé plus d'espèces décoratives que Ti'en peuvent réclamer aucune des autres contrées de l'Europe. Ces espèoes sont même devenues assez typiques pour avoir fait souche et être diversement imitées, en France ou ailleurs. Il devient donc nécessaire de bien définir leurs caractères et de délimiter ainsi les princijp^iles écoles françaises.

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