‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 75 sur 145 · FLANDRE · texte numérisé non relu

FLANDRE

V oici une province que ses destinées politiques, son voisinage des Pajs -Bas et son activité commerciale et industrielle rendent particulièrement intéressante. Longtemps négligée au point de vue de l'hisloi^^ céramique, elle a eu, depuis, ses écrivains spéciaux, et mainlelia*^^ son rang peut être assigné auprès de la Normandie et du Niver- ^i^^s. Pour ne pas nous égarer dans de longues digressions, nous rel0<îUons toutefois les observations historiques à la description spéciale ^é3 chaque fabrique, et nous allons les étudier en descendant du nord 21II midi.

Ddkkerque, — En 1749, les sieurs Douisbourg et Saladin furent

aulorisos à ouvrir une faïencerie dans cette ville, mais il s'éleva auî^ sitôt de vives protestations de la part des potiers lillois qui, en afli mant que leurs fabriques suffisaient à l'approvisionnement du pays ^^ a celui des colonies, faisaient observer que Dunkerque, pur sa positi.^^ de port franc, ne convenait nullement au siège d'une manufactucr--:^ ils insinuaient que Douisbourg pourrait vendre « comme venant d^^ ^

fabrication des produits de Hollande entrés en fraude, ce qui serait ub^^^j perte pour le Trésor. » Moins d'un an après leur établissement, Douis- ^ ^ bourg et Saladin durent donc abandonner l'entreprise. Les ouvrages de Dunkerque doivent dès lors être d'une excessive rareté.

Nous avons rencontré une pendule rocaille à chicorées jaspées de couleurs diverses et surmontée de la figure du temps entre des génies. D'une exécution lourde et médiocre, cette faïence avait une étroite ressemblance avec certains produits hollandais ; mais le cadran, décoré au centre de fleurettes chatironnées de noir, porte cette double inscription : dans le haut, DicWiOo/; en bas, A.Dnisbnrg. Le premiernom est évidemment flamand ; le second, précédé de l'initiale d'un prénom, doit être lu Douisbourg, comme l'indiquent les lettres patentes d'après la prononciation française.

11 existe, il est vrai, une ville de Duisbury en Prusse dans le dis^ trict de Clèves; mais si l'on voulait exjïliquer l'inscription dans le sens géographique, l'initiale qui la précède n'aurait plus de signification. Les deux points qui l'accompagnent lui enlèvent le caractère d'une préposition, et lors même qu'ils n'existeraient pas on ne saurait admettre la présence d'une préposition française devant un nom étranger : s'il était allemand, il faudrait am ; c'est lot qui conviendrait en flamand.

Il est donc probable que Diiisburg est bien un nom d^homme et Ton peut croire que c'est celui du potier qui s'était associé à Saladin ; seu* lement lorsqu'il produisit cette œuvre, il travaillait peut-être avec un autre artiste, ou plutôt on doit supposer qu'en exécutant une boite de pendule, il avait dû mentionner le nom de l'horloger en même temps que le sien : Dickhoof serait alors le mécanicien ^ Duisburg le faîen^ cîer.

Bâilleul. -^ Gournay, dans son Ahnanach général du commerce, dit ceci : « La faïence de cette localité égale en beauté celle de Rouen; elle a l'avantage de souffrir le feu le plus violent; elle se vend à un

prix modique, la main-d'œuvre étant à très-bon marché. » Nous n' avoos pas rencontre cette faïence genre Rouen et nous ne pouvons en donacr les caractères ; mais le Musée de Cluny renferme une pièce inscrite en flamand du nom de Bailleul et qui a un caractère si particulier qu'on ne serait pas plus fondé à la rapprocher des ouvrages allemands que des faïences françaises. C'est une soupière à reliefs dont le couvercle, seule partie où l'on trouve des ornements peints, pourrait peut-être rappeler de loin la décoration nurembergcoise. Franciscus W'ynneel et Mary-Johanna Noël, dont les armoiries, accompagnées d'aigles allemandes, saillissent sur le corps du vase, semblent avoir consacré cetter pièce à exprimer leur colère contre Louis XIV ; dans des inscriptions moitié mystiques, ils adressent des louanges à Charles (Vl), leur 'vérilahle empereur et à leur général invincible François-Eugène de Sa>oie. Villars était pourtant venu, et, à la suite de ses victoires, il ^yait xiégocié avec l'invincible Eugène la paix de Rastadt. En effet, la P'ece est datée de 1717 ; mais la mort du roi n'avait pu assouvir la Aaiiit3 de ces Allemands déterminés. On comprend presque aujourd'hui ^^ '^siiîcunes sauvages.

C'c^sl le potier Jacobus Hennekens qui avait fait cette soupière, ajoutant ^ sQn jiQiïi ; Ghemuecke tôt Belle^ fait à Bailleul.

'-'X-XE. — L'histoire céramique de cette ville remonte à une époque ^'^^^^xine et se lie étroitement aux péripéties des guerres de Louis XIV. P^^^5. la mort de Philippe IV, des différends s'étant élevés entre la et l'Espagne relativement à la succession au trône de ce pays, déclara la guerre et fit pénétrer en 1667 ses armées victorieuses les Pays-Bas. En 1668, la paix d'Aix-la-Chapelle mit fin au con- ^ assura à Louis XIV ses conquêtes de Flandre ; il en jouit jusqu'en

"^ndant cette période de tranquillité, c'est-à-dire en 1696, le magis-

^ <îe Lille appela de Tournay, Jacques Febvrier, fabricant et tour-

\^^\i^* de faïence, et Jean Bossu, peintre natif de Gand, pour établir une

^^*>\ifacture de faïence locale et éviter ainsi de tirer ce produit des

^^^^^s villes, ou plutôt des pays étrangers. Febvrier prétendait possé-

^^^ le secret de certaines terres propres à donner une poterie aussi

"^*Vfî que celle de Hollande et plus fine que celle de Tournay.

On peut juger, en effet, combien sa fabrication était distinguée ; Jeux autels portatifs datés de 1716, l'un découvert par nous et qui ap-

particnt aujourd'hui au Musée de Sèvres, l'autre classé dans la collelion de M. le comte de Liesville, portent le nom du fabricant et ce» de deux peintres : sur le premier on lit : Fecit Jacobus Feburier 4 mlu in Flandria anno 1716. Pinxil Maria Stephanu^ Borne; ^ l'autre : Jacobu$ Feburier fecit et dédit veda$to Ludouico Lejcw/? prxsbitero et vicario Satili-Andreae. Insulis in Flandria 1716. Johanne$ Franmcus Jacque pinxit.

Dans ces monuments, la tradition rouennaise se manifeste par dfâ arabesques, des rinceaux et des corbeilles de fleurs où perce pourtant r interprétation flamande; et ce genre français, la ville l'adoplerj sans retour, môme pendant la période d'occupation des Hollandais, c elle s'identifiera si bien au style des petits maîtres et des écoles indus tricUes nationales, que beaucoup hésiteront à reconnaître ses œuvn soit en faïence, soit en porcelaine.

En 1 729, Jacques Febvrier mourut, laissant en pleine prospérité so magnifique établissement, qui fut continué par sa veuve, Harie-Barl Vandepopelière, associée à son gendre François Boussemart ; ceux-ci : fondant même sur la vogue de leur usine, qu'ils annonçaient être plus importante du royaume puisque les ouvrages en étaient préfér à ceux de Hollande, non-seulement en Flandre, mais encore par 1 marchands de Paris, demandaient à l'ériger en manufacture royal (Gonf. Houdoy. Recherches sur les manufactures lilloises.)

Vei*s 1778, un sieur Petit succéda à Boussemart et maintint l'ii

dustrie à la hauteur où l'avait placée son prédécesseur. A pro[x>s <

cette première fabrique, M. Houdoy se demande si, pendant trent

trois ans d'exercice, Febvrier n'a marqué que les deux autels cilés ph

liaut, el si son gendre, pendant une pratique de quarante-neuf ans,

négligé de signer aucune de ses œuvres. Pensant que cela i

-^ pouvait élre, le savant lillois proposait d'attribuer à Boussema

'^ un chiffre FB qu'il avait rencontré plusieurs fois sous cette formt

Nous avons |m rencontrer l'éclatante confirmation de cette suppos

tion ; sous un magnifique plat du Musée de Clun où des bordures arabesques et des guirlandes < fruits en camaïeu bleu rappellent, dans une faclu phis douce, les riches compositions de Rouei figure le chiffre : FB dont l'analogue, sousci du mot Lille se retrouve, dans la collection Patrice Salin, ma

^VA^ant. de splendides assiettes à décor roucnnais sur un email irrépro- ^Vi^able de blancheur et de pureté; sous l'une des marques l'artiste a j^3t<i, c:omme essai de pinceau, des feuilles découpées. On vo/(, dans la même collection, uneautre assiette genre Rouen, •jn

ais d'une fabrication plus courante el bien caractérisée comoTÈ.^ lilloise, où la signature se rapproche davantage des VwR visages commerciaux des Flandres et de la Hollande. Elle -j^ est fig-m-irée ci-contre.

11 s^ présente ici une question intéressante : on doit penser que Bouss-^mart, gendre de Febvrier et qui devint l'associé de la veuve de celui— c^i au moment où il mourut, travaillait depuis un certain temps dans 1 "'usine. Ne pourrait-on expliquer le double chiffre par Febvrier- Bous^^3mart et le faire remonter ainsi à une date antérieure à 1729? La p^ mrfection de certains des ouvrages signés nous suggère cette sup- I)osili<3n, qui peut d'ailleurs s'appuyer sur une considération raisonnable ; associé à son beau-père ou à sa belle-mère, Boussemart devait plul&i:, faire entrer leur initiale dans la marque de fabrique qu'y faire^ ligurer son prénom.

^■^^ dernière observation à propos de ce chiffre : les amateurs doivent se tenir en garde contre une confusion; ils trouveront plus loin une xxiarque FB sur des pièces suédoises.

^ ^Ivrier et ses successeurs n'ont pas seulement traité avec supériorité \çi camaïeu bleu ; de magnifiques spécimens polychromes qui exis-

lent <jans les collections de Sèvres, de MM. Périlleux-Michelez, Davil- '^^> de Sénevas, Vaïsse, Patrice Salin et Fétis, de Bruxelles, montrent

^'^ouplesse de leur talent ; ce sont des assiettes à bord ondulé, forme

*^i*genterie, où, sur un émail rival de celui de Moustiei's, s'enlève

^l>ord une couronne d'élégants motifs rocaille détachés, séparés par

insectes, et exécutés en rouge de fer Irès-vif, bleu pâle, lilas, jaune ^^ v^rt nuancé obtenu par un mélange de bleu et de jaune; au fond et ^^^s le haut, deux Amours soutiennent une bandelette sur laquelle est ^^Vt : Maithe Daligné; c'est sans doute le nom du destinataire; des ro- ^*lles, corbeilles, groupes de fruits et de fleui*s encadrent ce motif çtVncipal et garnissent le pourtour. La richesse et l'harmonie des lemies dépassent ce que Moustiers a fait de mieux en peintures fines. :\ii revers, dans un médaillon formé de palmes vertes et bleues rattachées par un bouquet, et que surmonte la couronne royale, on lit :

iU IllSTOIltE de: lA CElUMIOUt:.

LtLLE, 1767. Le seul (itnblissetnent honortî du lilrc de Manufacture royale, cl qui pût se iiernicllrc cet insigne, étant celui fondé par Febvi'icr, 011 doit rcconnailic, dans les assielles décrites, l'œuvre de Bousseinui't.

M. Vaïsse se fondant sur le di'îcor d'une |»ièce de Sinceny qui lui a]iparlicnl, et qui ofire aussi une banderole inscrite du nom d'un matlrc Dubourjal, vainqueur dans un concours public de tir à l'arc, estime que les assiettes de Daligné auraient été commandées à la suite d'un succès du même genre el données en ]irix [tour en [ierpélucr le sou-

venir ; c'est là une supjwsition tout h fait d'accord avec les mœurs du temps, et alors les assiettes de la fabrique royale prendraient un caractère ])ublic el officiel qui expliquerait leur perfection intîme et le luxe inusité développé dans la marque du revers.

Une théière de décor analogue à celui des assiettes figure au musée deCluny; elle esl inscrite en dessous : IJlie, 1786; elle provient donc du successeur de Boussemart, le sieur Petit.

llcvenons maintenant à la seconde usine lilloise, celle que fiarlliéleini Dorez et son neveu Pellissier fondèrent, dit-on, lorsque la ville était tombée au pouvoir des Hollandais. On ne possède aucun document

vint propriétaire en 1752. Il demanda alors et obtint, le 20 mai 1755, raulorisation de joindre à sa fabrication des ouvrages à la manière de

Rouen et des pays étrangers.

Si Ton doit croire le livre de Gournay, en 1788 Lille possédait deux usines dirigées par Lefebvre et Petit. Doit-on attribuer à ce der-

J^ nier la marque ci-contre relevée sur un beau plat de style rouennais décoré en bleu?

Nous devons encore mentionner quelques établissements céramiques lillois, éphémères sans doute, mais qui ont pu laisser des produits ; en 1758, un sieur Iléringle, natif de Strasbourg et sortant de la manufacture de terre d'Angleterre à Paris, obtenait la permission de faire des étuves en faïence ; plus tard, Guillaume Clarke était autorisé (le iO mars 1775) « à créer une fabrique d'une espèce de faïence qui ne se fait qu'en Angleterre, » la terre de pipe évidemment ; mais il parait que l'entreprise ne réussit pas, car deux ans plus tard nous retrouvons le même homme sollicitant des lettres patentes pour s'établir à Mon tereau.

Et comme si la Flandre devait réunir tous les genres de poteries, un appelé Chanon obtint de mettre en activité à Lille des fourneaux pour cuire une terre brune avec un vernis écaille de tortue, dite « terre de Saint-Esprit à la façon d'Angleterre et du Languedoc, » résistant au feu et susceptible de donner depuis les poêles de genre allemand, jusqu'à des services à thé et à café.

Douai. — Celte usine, autorisée par lettres patentes du 9 juin 1784, avait son siège rue des Carmes-Déchaussés, et était dirigée par les sieurs Ilouzé, de l'Aulnoit et compagnie, qui, paraît-il, la cédèrent bientôt à un sieur Halsfort. En 1788, c'est celui-ci que Gournay signale comme directeur; sa nationalité fait assez comprendre quel devait être le genre de ses travaux, et en effet, en 1790, c'était à la concurrence de ses grès et cailloutages que les potiers de Saint-Amand attribuaient la décadence de leurs usines.

D'apn s les documents recueillis dans la statistique départementale par M. le docteur Warmont, l'établissement de Douai daterait de 1782 et aurait été fondé par les frères Leach, venus d'Angleterre à la de-

mande de George Bris, qui aurait fait construire pour eux les vastes bâtiments de la rue des Carmes.

Aucune pièce officielle ne nous permet de choisir entre les deux versions.

TEMPS MODERNES. v 437

Caubrai. — D'après les renseignements que nous communique Jf. de Boyer de Sainte-Suzanne, la céramique cambrésienne remontera îl au seizième siècle; un manuscrit intitulé : « Livre aux bans, » conservé dans la bibliothèque de la ville, contient cinq règlemenls du fïiag^isirsii touchant la corporation des potiers de terre, dati'^s de 1540, ^64i et 1646. Il est recommandé, dans celui de 1641, de purger la

(erre destinée à la poterie blance des cailloux et de la glacure d'alun qu 'el le contient ordinairement.

Cett^ dénomination de poterie blance^ retrouvée dans diverses localités rie la France, s'applique évidemment à la terre émaillée.

Aï. Houdoy de Lille a rencontré une pièce de faïence signée : Cambray ,- :a^iais il pense que ce n'est autre que le nom d'un décorateur attaché ci.tjx usines lilloises et non point celui d'une ville.

Valkiivciennes. — Vers 1755, François-Louis Dorez, fils de Barthélemi, fondateur de la faïencerie de Lille, quitta ses deux frères, avec lesquels il était associé, pour exploiter l'usine paternelle, et vint ou- ^ Valenciennes un établissement qu'il géra jusqu'à sa mort, survenue ^^ '^ ^î o9, au moyen des subsides et encouragements des magistrats ad- ^^istrateurs de la ville. Grâce à ces encouragements, la veuve Dorez ^ ^ ^^ntinuer l'œuvre de son mari.

^j^^^^ 1742 pourtant, la fabrique passa dans les mains d'un nomme

. p^ ^^^les-Joseph Bernard, dont l'incapacité devait être notoire, puisqu'on

- ,r^^, les subsides municipaux étaient payés aux syndics de Bernard

. . ^ ^ manufacture continuée à Claude Dorez, frère de Louis. Mais ce-

-r ^^^i ne fut guère plus heureux que son prédécesseur, car, en 1757,

t à un sieur Stiévenard, syndic de sa créance, que des payements

«^ faits.

> ^ —51 faïencerie valenciennoise paraît donc avoir eu quelque peine à ^-^^blir, malgré les désirs de l'autorité locale, et M. le docteur Le- ' * -j le consciencieux historien de la céramique de l'arrondissement ^ ^^alenciennes, hésite même à en déterminer les produits; il fait ob- ^^"^cr avec toute raison que d'étroites analogies doivent exister entre '^ faïences de Lille, de Valenciennes, de Bouen et môme à^ la Hollande ; s'il se hasarde à présenter un chiffre DL -**i a^V^îqué sous des pièces à décor rouennais comme pouvant i^v fe^ï^ celui de Louis Dorez, il n'ose attribuer un D assez grostfTter à l'un ou l'autre des frères, parce qu'il le rencontre sous des vais-

selles sans caractère et inscrites de diverses initiales qu'on ne saurait expliquer que comme marques de peintres.

Un second établissement fut pourtant mis en activité de 1 755 ù 1 757 par Picard, qui reçut aussi des subsides ; mais il ne réussit pas mieux que ses devanciers.

La troisième et dernière tentative fut faite par Becar, vers 1 772 ; ses commencements furent sans doute assez difficiles, car il dut recourir à des associés; le 5 juin 1776, un contrat fut passé entre . Gaspard-Joseph Bécar, manufacturier de poterie de terre et de faïence, Jean-Baptiste Delacambe de Mairival, conseiller du roi, procureur syndic de Valenciennes, et Jean-Philippe Dehaut, secrétaire de l'intendant de Hainaut, pour l'exploitation de l'établissement; il est expressément j

dit dans cet acte : ce Le sieur Bécar fera toutes les compositions et don

nera tous ses soins pour perfectionner et améliorer la manufacture; il M sera chargé de veiller aux ouvriers et de les diriger. Le sieur Dehaut^ sera chargé de la caisse. »

Le premier outillage fut acheté à un sieur Flescher de Saint-Âmand, qui, lui aussi, avait échoué dans une entreprise semblable. Le fonds ' social ne suffisant pas, Bécar réclama d'ailleurs l'aide des magistrats de la ville et sollicita également des secours de l'intendant. L'inspecr leur, M. Crommelin, consulté à ce sujet, fut loin de se montrer fa vorable; il signale d'abord la mauvaise situation de Valenciennes au point de vue des débouchés, puis l'impossibilité où se trouve cette ville d<^ lutter contre la réputation établie des fabriques de Saint-Âmand; il accuse d'ailleurs Bécar de négligence et lui reproche de ne pas s'appliquer aux objets de vente courante et de s'attachera ceux d'agrément, tels que les épreuves en porcelaine et en terre de pipe qui le ruinent et le détournent de la faïence. On comprend que le secours fat refusé et par une conséquence naturelle, le 18 avril 1780 la société fut dissoute. Les reproches mêmes faits à Bécar sont un stimulant pour faire rechercher ses ouvrages; les faïences produites par un homme aussi artiste doivent se recommander par des qualités particulières; ses essais de porcelaine et de terre de pipe seraient de curieux monuments pour l'hisloire céramique. Mais M. le docteur Lejeal n'ose désigner aucune œuvre de Bécar, bien que trois petites figures en terre de pipe sculptées avec grâce et talent lui paraissent pouvoir cMre sorties de l'usine de Valenciennes.

décorés, en bleu et ronge de fer, de rinceaux élégants et dentelles inspirés aussi par l'école roucnnaise.

La seconde période comprend les faïences peintes au moudc dans le genre de Strasbourg; là encore il y a deux divisions bien tranchées; la première comprend des pièces à émail d'une blancheur irréprochable et peintes de bouquets et oiseaux très-étudiés dans le style des plus beaux spécimens des Hannong. M. le docteur Lejcal pense, avec raison, croyons-nous, qu'il faut attribuer ces ouvrages à Joseph Fernig, artiste d'origine strasbourgeoise, allié à la famille des Fauquez, et qui travailla successivement à Saint-Âmand et à Valencienncs. l^a seconde division renferme les innombrables et charmants produits ou le genre de Strasbourg, exécuté sur l'émail bleuté, se combine avec les rehauts blancs ou le sopra-bianco français. Ce que les décorateurs amandinois développent d'ingéniosité dans la combinaison de ces deux éléments est impossible à décrire ; pour le comprendre il faut admirer la splendide collection réunie par M. Paul Gaillard. Là ce sont des dentelles qui s'enroulent autour de guirlandes de fleurs, des massifs blancs ressortant comme une broderie entre des médaillons arabesques à fms motifs polychromes, ailleurs des semés de bouquets blancs alternant avec des fleurs au naturel ; tout cela est d'ailleurs exécuté avec esprit et forme une vaisselle des plus élégantes.

La troisième division, composée des faïences porcelaines, est non moins remarquable que les deux autres, bien que assez peu nombreuses en spécimens. M. Lejeal la considère comme inspirée par le style saxon ; mais nous Irouvons même dans les types qu'il reproduit le vrai genre français tel que l'avait inauguré Watteau ; le savant docteur le reconnaît lui-même lorsqu'il rappelle que Louis Watteau, de Lille, descendant du grand peintre, vint à Saint-Amand pour décorer les salons de l'hôtel de la Prévôté, et qu'il donna des leçons au peintre faïencier Alexandre Gaudry, auteur des charmantes poteries dont nous nous occupons ; on y voit des animaux et des personnages sur terrasses, des sujets pastoraux, des scènes tirées des fables de la Fontaine, en un mot tout ce que l'on est habitué à rencontrer sur les faïences de Sceaux.

Quant aux fleurs, elles éUiient peintes par Jean-Baptiste Desmuraille, artiste justement réputé; dans ses bouquets, les tulipes, les roses cl surtout les œillets se répètent fréquemment; le violet, le rouge d'or

Y^^u moins pur que dans les œuvres lorraines et un beau vert de

secondent les inspirations du peintre. Comme dans les porce-

\^\Tios,un filet, souvent rouge ou brun, parfois doré, circonscrit les

pièces, et les bordures à peignes ou déchiquetées en bleu, rouge et vert

«nricljissent le pourtour.

Grâce aux recherches de M. le docteur Lejeal, la marque des produits amandinois est désormais connue et indiscu- #.^ table, sinon parfaitement expliquée; elle se com- Sr\^ yvV^ pose d'un chiffre compliqué où des/* croisés for- *yNment la lettre A; deux autres lignes croisées inférieures semblent des S combinées avec un P. Nous avons relevé un signe queJc[iae peu différent, bien que composé des mêmes éléments sur un porte-huilier à fin décor rouennais :

Fî^vtcjuez ne s'est pas borné d'ailleurs à la fabrication de la faïence ordiriEàire ; le renom de la poterie anglaise était venu jusqu'à lui, et il voulvit montrer, dans ce genre comme dans l'autre, sa haute capacité. lateT^re de pipe amandinoise est bien travaillée, mais un peu jaune ïétixçiil ; le décor en camaïeu ou en couleurs variées est parfois rehaussé de filets d'or. Il semble que le fabricant ait apporté plus de soia ^ans la marque de ce genre de raïence que dans l'autre ; voici les /\a77\ '^^ /^

**^ï*es que nous avons rencontrés : J^^ôs/^yjP^ ^ ^^T"^ ^ ^eux F de Fauquez n'y peuvent

^*ï"ci doute, et les initiales du nom de la fabrique placés de chaque

^ du chiffre sont aussi facilement explicables.

"^ous ne terminerons pas ce que nous avions à dire des fabrications

1 ^ Flandre française sans insister sur une observation importante :

I>oint de vue technique, les faïences de cette province ne peuvent

^ ^**c se distinguer de celles de Delft; elles sont produites avec les

^•"ï^es éléments. Elles se trouvaient en concurrence sur le marché

^^^^aispar suite de l'arrêt du 30 mai 1750 qui, en vertu de la con-

^^Tition passée avec la Hollande, le 8 décembre 1699, décidait que « la

çor<::i^laine contrefaite ou fayance d'Hollande, ne payerait que dix livres

™ ^iî^nl pesant à l'entrée du royaume. »

^our favoriser autant que possible notre industrie, il fallut qu'un att'êlduôl août 1728 supprimât le droit de la derle; nous donnons \c^ principales dispositions de ce curieux document :

Ai'l HISTOIRE DE LA CÉRAMIQOE.

« Sur ce qui a été représenté au roy, étant en son Conseil que les ouvrages de terre ou services de cuisine, comme pots, plats et autres choses semblables, venant de l'étranger pour la Flandre française et pays conquis, étant déchargés des droits d'entrée du tarif de 1671, les fabricants étrangers de ces sortes d'ouvrages avaient un avantage considérable sur ceux de même espèce qui se fabriquent dans les pays conquis, en ce que la derle ou terre propre à ces poteries, que les entrepreneurs de manufactures de la Flandre sont obligés de tirer de l'étranger, se trouve assujettie aux droits d'entrée par le même tarif del671.

« La derle ou terre propre à faire porcelaine demeurera déchaînée des droits à l'entrée de la Flandre. »

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