‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 80 sur 145 · ALSACE · texte numérisé non relu

ALSACE

Strasbourg. — L'histoire céramique de cette ville, ou plutôt du département du Bas-Rhin, car Strasbourg et Haguenau se lient trèsétroitcment, peut se résumer par le nom d'une seule famille, les Hannong. Le premier potier de ce nom dont notre regrettable ami Tainturier ait trouvé trace dans les archives se livrait à la fabrication des poêles émaillés en vert et ornés de reliefs, dans le style de Nuremberg. Vers 1709, Charles-François Hannong créa, rue du Foulon, une usine à pipes qui devait se transformer bientôt. En effet, dix ans plus tard, un transfuge allemand, Jean-Henri Wackenfeld, vint essayer sans succès de fonder une porcelainerie à Strasbourg ; Charles Hannong, instruit de ses mécomptes, lui ouvrit, en septembre 1721, les portes de son établissement, et comme l'étranger était particulièrement versé dans la connaissance des procédés de la faïencerie, leur association eut ce double résultat de développer la production des terres émaillées et

de faire avancur les essais de porcelaine. En iTii, l'élablissemcnt de Strasbourg ne sufQsanl plus à l'imporlancc des travaux, Charles nionla UDC seconde Fabrique à Ilagucnau.

Le fardeau de ces deux gestions devînt bientôt trop lourd pour un vieillard sexagénaire; il le remit aux mains de sus deux lils, Faul-Antoinc et Ballliasar, depuis longtemps ses auxiliaii'es, et par acte du '2'2 septembre 1752, ils s'engagèrent à tenir en société ces usines moyennant une pension et le payement d'une certaine somme; Charles mourut en avril 1759, laissant l'exemple d'une vie honorée parle travail.

Dès 1757, Balthasar, renonçant à l'association, avait pris à son compte l'établissement d'Ilaguenau; Paul, resté seul à Strasbourg, continuait à perfectionner ses ouvrages ; sa faïence est souvent des plus remarquables ; la peinture des Heurs et des insectes y est poussée à une vérité qui n'exclut pas la largeur. C'est, à nos jeux, un caractère de nature à faire distinguer la poterie alsacienne de celle de llochst, à laquelle on a voulu l'assimiler. En i 744, Paul avait découvert la belle dorure qui accompagne si bien l'émail blanc, et il protita du passage de Louis XV à Strasbourg pour lui offrir les premiers spécimens de cette remarquable vaisselle.

Cette prospérité ne devait pas durer longtemps ; les essais de porcelaine poursuivis par Paul éveillèi-cnl l'aLlention jalouse de la fabrique royale ; en février ITS'l, un arrêt défendit au potier strasbourgeois de

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continuer la fabrication et l'obligea à s'exiler; c'est alors qu'il passa dans le Palatinat.

Pierre-Antoine, l'un des fils de Paul, reprit les faïenceries du Bas- ~-^>

Rhin lors de la mort de son père, en 1 760 ; quant au fils aînc, Joseph- —mtêIi-

Adam, il hérita de l'usine de Franckenthal, qui lui avait été cédée un ^rmMim

an auparavant, à l'occasion de son mariage.

Assez peu stable et peut-être peu travailleur, Pierre-Antoine, au lieu mj^^cu

de continuer les errements laborieux de son père, se jeta dans les ^-i-^Hes

entreprises ; il vendit d'abord à Sèvres le secret de la porcelaine, cl vil bientôt son marché résilié faute de pouvoir en assurer l'exécution. Il dut abandonner l'administration des usines alsaciennes à la veuve d'un nommé Lowenfinck, puis il les céda définitivement à son frère Joseph. Celui-ci reprit aussitôt la fabrication de la terre émaillée; mais lorsque l'arrêt de 1766 eut permis de fabriquer en France de la porcelaine décorée en bleu ou en camaïeu, il se remit à ce travail et le mena de front avec l'autre. Des difficultés relatives au payement des droits, puis un procès avec le receveur général de l'évêché de Strasbourg, qui avait avancé des fonds au potier, achevèrent de ruiner celui-ci. Le prince-évêque fit saisir et vendre l'usine, après avoir fait incarcérer le débiteur, et malgré des efforts inouïs pour rétablir son crédit et sa réputation, le malheureux Joseph Ilannong dut fuir en Allemagne, où il mourut. Les fours de Strasbourg avaient cessé toute activité en 4780.

Ce qu'est la faïence de Strasbourg, chacun le sait ; fine, bien travaillée, elle emprunte les formes les plus élégantes et se chai-ge des appendices les plus compliqués. Son émail est uni, blanc, sans craquelures, et il reçoit les peintures de moufle les plus compliquées. En général, le rouge d'or pur y est fréquent. Nous l'avons dit, l'époque la

^r\ Y Y P'^^ brillante est celle de Paul ; on cite une seule pièce

\^ £^ décorée en bleu dans le style chinois, et marquée

comme ci-contre, qui serait l'œuvre de Charles Han- ^^ (j)i nong. Quant à la signature de Paul, elle est assez va-

fv/ ^ \^ riable et quelquefois accompagnée de sigles de décora* /? teure; voici ses formes habituelles :

Nous l'avons relevée sur une belle fontaine rocaille à M. Âigoin, et sur une splendide pendule appartenant au même amateur ; sur de grands plats et des assiettes à fleurs de la collection Périllieux, sur de magnifiques plaques à sujets en camaïeu rose, à M. Achille Jubinal, etc.

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\jQO K^emarquc essentielle nous est suggérée par plusieurs pièces classées exilez les amateurs ; on y lit le monogramme ci-dessus, et pourtant cWes n'ont rien des caractères de la faïence alsacienne ; la terre est coiiiin.une, Témail bleuté; les fleurs, grossièrement chatironnées de noir^ ont un ton sale et violacé qu'on ne voit guère que dans les fabrications allemandes; il est donc probable que ce sont des ouvrages exécutés à Franckenthal, par Paul, au moment de l'exil. Nous citerons t3n leur lieu d'autres faïences du Palatinat signées de Joseph Ilan-

^^'ïg"'» son fils.

Qtianl à Joseph Adam, son monogramme, accompagné t ît de signes numériques, est fréquent. Nous l'avons observé Kl zL(\ sur des pièces aussi distinguées que celles de son père.

Ha^cuenau. — L'histoire conserve le souvenir d'une première fabrique londoe vers 1696 ; mais le caractère de ses produits reste indéterminé. ^'^ ^\\n sait pas plus sur l'œuvre de Charles Hannong. Balthasar, qui ^'"'^^Ve en avril 1737, a dû laisser trace de sa gestion, soit comme pro- P^'if^Uiire, soit comme locataire ou régisseur de son frère Paul-Antoine, *-'^t de choses qui dura jusqu'en 1752. Nous croyons reconnaître cette '^^^ocîdans une assiette d'un bel émail, décorée en camaïeu bleu dans ^ stjlc chinois, et signée au revers : H.l.B. Redevenu seul pro- | P****îlaire et seul gérant, Paul dut chercher un aide, et il le trouva Ll2 ^^ri s un certain II. E*. V. Lowenfinck ou Lowenfincken, dont le pas- ^6"<5 nous a été indiqué par des plaques peintes en camaïeu, signées en ^^ t-^« lettres, et que leur caractère nous aurait fait croire étrangères. -^V. la mort de Paul, l'établissement d'Uaguenau échut à Pierre-Anuii^:^^^ qui s'associa plus tard à un sieur Xavier Ilallez, puis céda à la ^^*-^^cAnstett, En 1786, Anstett fils, Barth et Vollet reprirent l'usine, ^^^^is que Pierre- Antoine suivait les fortunes diverses que lui prépa- P*^ 1- son caractère remuant. Il est assez diflicile, pour ne pas dire impossible, de séparer dans les marques connues des Hannong celles qui ^V^partiennent à Strasbourg et à Haguenau.

Saint-Blaise. — Cette fabrique du département du llaut-Rhin nous a été révélée par une série d'assiettes faites évidemment pour un mariage, et que nous avons étudiées chez madame Rouveyre. Autour du marly courait une décoration rocaille particulière entremêlée de fleu rettes et d'insectes; au centre, on voyait les patrons des deux époux : saint Jean-Baptiste debout^ avec cette devise : Jeun Cammui de

Vaulzon, 1760. Sainte Madeleine couchée enveloppée dans sa chevelure, avec ces diverses inscriptions : Ma^deleine le marie. Sainlr Biaise, ilQO.

Saint-Biaise.

Magdeleine le marie, 1760.

Saint-Biaise.

ici la répétition du nom ne permet pas de supposer qu'il s'agisse du lieu de naissance de la femme; c'est bien la fabrique. Les couleurs sont un bleu pur, un beau jaune, du vert olive et du manganèse. Un plateau à sujet (Vénus couchée et deux Amours) envoyé à l'Exposition universelle, par M. Bart, de Versailles, offrait le même style, cl nous a permis de constater que le Ilaut-Uhin avait fait aussi de la poterie de luxe.

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