B«nndorf, ouvr, cit., pi. LVI
2. Une phiale du Louvre (collection Campana, n» 3542) nous fournit la preuve irrécusable de cette concordance chronologique : elle porte au centre un médaillon moulé^ et sur le bord une guirlande de feuillage peinte en blanc.
3. Athénée (XI, 480 E) parle de coupes qu'on fabriquait de son temps à Naucratis, et auxquelles on donnait, par un procédé particulier, Taspcct des vases d'argent ( pâircovrat sic xi ooxeîv eîvai àp^upaî ) . Mais il s'agit ici d'une technique différente.
Limitation du métal et la poterie moulée. 35 1
trouve-t-on qui n'ont jamais eu de fond, preuve indéniable de leur destination purement décorative.
Les vases à dorures se rencontrent surtout dans Tltalie méridionale, à Armento et en Apulie. De cette dernière région provient une belle amphore, qui a fait partie successivement des collections Barone et Alessandro Castellani, et appartient aujourd'hui au British Muséum ». Sous les anses sont des têtes d'Héraclès modelées en relief, et à la même hauteur court une frise représentant le combat des Grecs et des Amazones; malgré l'usure des contours, on y reconnaît sans peine l'imitation d'un modèle grec. Les vases argentés sont beaucoup plus rares, et c'est une heureuse fortune qui, vers 1869, en a fait découvrir une importante série dans deux tombeaux situés entre Bolsena et Orvieto, sur un terrain appartenant au marquis Gualterio. Dans le nombre figure une nouvelle réplique de l'amphore apulienne du British Muséum; mais les pièces capitales sont trois phiales ornées sur le rebord [de guirlandes de pampres, et offrant à l'intérieur des médaillons en relief^; les sujets sont empruntés à la légende d'Héraclès et montrent le héros combattant contre le lion de Némée, ou bien assis entre deux jeunes gens, ailleurs accompagné de Niké et d'Hébé. Le style est si franchement grec qu'on n'hésite pas à reconnaître ici des surmoulages de ces phiales d'argent (ipppiJeç 9icx>^i) dont parlent PoUux et Athénée. Quant au centre de la fabrication, c'est sans doute dans la Grande-Grèce qu'il faut la placer; l'identité si formelle de l'amphore de Londres avec celle d'Orvieto permet de les attribuer à un même atelier et de reconnaître dans le groupe de vases trouvés en Étrurie des exportations d'une fabrique de la Grande-Grèce.
1. Minervini, Bulletino arck, italiano, l, p. 161, pi. I^ i. Une autre, tout à fait semblable^ et provenant de la Grande-Grèce, se trouve au Louvre. CataL Campana, cl. IV, sér. 12, n* 24, p. 41.
2. Monumenti ineditif vol. IX, 1870, pi. 26. Cf. Klûgmann, Annali, 1870, pi. 1-27, et pi. A, B et G.
352 limitation du métal et la poterie moulée.
Au cours du troisième siècle, une évolution semblable à celle que nous avons vu se produire en Campanie s'accomplit dans les pays grecs; la poterie moulée y conquiert promptement la vogue. Il faut certainement attribuer une origine grecque à toute une classe de vases qui se distinguent sans peine de la poterie campanienne : ce sont des coupes de forme hémisphérique, sans pied ni anses, posant sur un fond légèrement aplati, et décorées de reliefs à l'extérieur. En général, elles sont revêtues d'un vernis noir, moins brillant que celui des vases campaniens; mais parfois elles n'ont aucune couverte. Le musée de la Société archéologique et celui du ministère des cultes et de l'instruction publique à Athènes, les collections privées' athéniennes en possèdent un bon nombre d'exemplaires, qui proviennent surtout de Mégare' : de là le nom de coupes mégariennes qui leur est souvent attribué. Toutefois, on en trouve sur d'autres points du monde ancien, à Tanagra, à Milo et dans les autres îles grecques, sur les côtes d'Asie Mineure et en Italie 2.
Le décor de ces coupes est souvent très élégant; il comporte, outre les éléments habituels tels que les palmettes, les postes et les méandres , ces guirlandes de feuillages dont les poteries de Calés nous ont déjà montré des exemples; ainsi, sur la coupe dessinée en lettre de ce chapitre, une riche végétation de feuilles d'acanthe occupe tout le fond du vase. A ces motifs de pure décoration se joignent des frises de personnages estampées en relief, et reproduisant les sujets chers à l'art alexandrin : combats d'Ama-
1. M. Benndorfa publié plusieurs exemplaires des collections publiques d'Athènes {Griech. und siciU Vasenb., pi. LIX, LX, LXI. Cf. Dumont etChaplain, Les Céramiques de la Grèce propre, pi. XXX, XXXI, XL.
2. En voici des exemples : Tanagra, Catalogue des vases d* Athènes, n* 772. — Crète, Furtwaengler, Collection Sabouroff, pi. LXXIII, n<»» i et 2. — Myrina, Pottier et Reinach, La nécropole de Myrina,, p. 237.
L'imitation du métal et la poterie moulée, 353
zones, Tritonides associées à des Amours, scènes dionysiaques. Notre figure 128 reproduit une coupe du musée de la Société archéologique d'Athènes, qui nous montre l'emploi, quatre fois répété, d'un même timbre' : au centre, un grand trépied; de chaque côté, une Athéna dans l'attitude de la Promachos et portant l'écharpe terminée en queue d'aronde que lui attribue le style pseudo- archaïque; enfin, un oiseau tenant dans ses pattes une couronne. Le dessous du vase est orné d'un médaillon offrant la tête d'Héraclès jeune, coiffé d'une peau de lion; c'est le type bien connu des monnaies d'argent d'Alexandre, encore reproduit sur les monnaies d'Étolie frappées entre 280 et 146. D'autres indices viennent attester l'étroite parenté qui rattache les coupes dites de Mégare* à l'art alexandrin. Certains motifs font penser à ceux que traitent les peintres de Pompéi et d'Herculanum; tel est, par exemple, celui qui revient souvent sur les coupes à vernis noir : un cratère accosté de deux boucs dressés sur leurs pattes de derrière.
La nature des sujets et la fréquence des scènes dionysiaques, le style élégant des reliefs, la pointe d'archaïsme affecté qui dénote le pastiche, tout cela nous autorise à placer dans la seconde moitié du troisième siècle et dans le courant du siècle suivant la période la plus active de cette fabrication. Qu'elle soit d'origine grecque, cela ne paraît pas douteux. Plusieurs exemplaires portent la signature de potiers grecs, Asklépiadès, Dîonysios, Ménémachos, Hérakléidès *, et si des vases de cette nature se rencontrent en Italie avec des signatures latines, il faut seulement en conclure qu'à la suite d'importations fréquentes ils y ont été imités dans les ateliers italiens. C'est même dans ces imitations italiennes que M. Helbig reconnaît les vases samiens^ dont les gens de
1. Benndorf, owyr."c//é, pi. LIX, 3a-c, Cf. Dumont et Chaplain,OMvr. cité, pi. XL, i.
2. Bcnndorf, Griech, und sicil. Vasenb,,p. 117, Qt BuUett. deW Inst.^ 1866, p. 244. Ci, Collection Sabouroff, pl.'^LXXIV. Voir Bûchsenschûtz, Die Haupst'àtten des Gewerb-
fleisses, p. 21.