VERNISSÉES
( Musée du Louvre i
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Les poteries vernissées et émaillées.
corinthienne, l’aryballe du Louvre porte, comme la marque d’une fabrication étrangère, un cartouche égyptien répété deux fois sur le timbre du casque : c’est celui du roi Ouhabra, l’Apriès des Grecs, qui régnait en Égypte de 699 à 569. Les caractères sont d’ailleurs tracés d’une main indécise, comme si le graveur n’en avait pas compris le sens. Cette curieuse particularité, certains détails du décor, enfin la nature de la technique, ont suggéré à M. Heuzey une ingénieuse explication, suivant laquelle l’aryballe du Louvre serait une œuvre phénicienne, empruntant son prototype aux aryballes fabriqués dans les pays helléniques, au sixième siècle. Mêmes caractères mixtes dans une série d’aryballes en forme de tête d’Héraclès, trouvés dans l’île de Cos, à Camiros, et en Attique ' ; la technique est égyptienne, rriais le style semble indiquer une origine phénicienne.
Les monuments cités jusqu’ici n’apportent, on le voit, aucun indice certain, permettant d’attribuer aux Grecs la pratique des terres vernissées. Mais voici un fait plus caractéristique. Le British Muséum possède un petit vase trouvé à Camiros, modelé en forme de dauphin, et du style grec le plus pur; ce vase porte, gravée à la pointe, sous l’émail bleu, l’inscription suivante, en caractères du sixième siècle ^ : *
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« J’appartiens à Pythès ».
Aucune raison plausible ne défend d’y reconnaître une œuvre grecque, surtout si l’on tient compte de la provenance. Rhodes, au temps d’Amasis, entretenait avec l’Egypte des relations très suivies, et il est fort légitime d’admettre que les fabriques rhodiennes ont pu connaître et pratiquer un procédé familier aux Égyptiens.
1. Heuzey, art. cité, p. 160, pl. 28, i. — Cf. Fr. Lenorinant, Gaj. Arch. 1878, p. 148.
2. Synopsis of the British Muséum, second vase room, I, p. 70. — Cf. Heuzey, Catalogue des figurines de terre cuite du Louvre, p. 214. — Perrot, Histoire de l’Art, t. III, p. 680.
Les poteries vernissées et émaillées.
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Nous trouvons des arguments plus décisifs encore dans les trouvailles faites à Naucratis^ au cours de ces dernières années. On sait qu’à une date antérieure à l’année 670 des colons milésiens avaient fondé une factorerie sur la branche Canopique du Nil. Sous Psamétik P% l’établissement grec devient une véritable ville, et les Grecs y construisent, entre 65o et 63o, un temple dédié à Apollon, la principale divinité de Milet. La cité hellénique prospéra si bien, que sous le règne d’Amasis elle était un des marchés les plus importants du monde ancien. Les fouilles dirigées par M. Flinders Petrie ' ont montré quel développement l’industrie grecque avait pris à Naucratis. Or, à côté des poteries de style hellénique, on a trouvé, dans le téménos du temple d’Apollon, des figurines en terre vernissée sortant, à n’en pas douter, d’ateliers grecs ; certains types, comme des statuettes d’Apollon, et des personnages jouant de la lyre ou de la double flûte, accusent la contrefaçon des modèles égyptiens^. Bien plus, les fouilles ont mis au jour toute une série de scarabées, qui paraissent l’œuvre d’ouvriers peu familiarisés avec les hiéroglyphes; ils offrent ce même caractère d’imitation du style égyptien qu’on observe dans les scarabées découverts à Rhodes.
Il paraît donc certain que les Grecs de Naucratis avaient appris, sur les bords du Nil, à imiter les terres vernissées de l’Égypte, et que l’exportation de ces produits n’était pas restée le monopole des Phéniciens. Nous croyons volontiers que le même fait s’est produit à Rhodes, où la civilisation grecque était en contact si direct avec celle de l’Orient. Toutefois il serait imprudent d’étendre ces conclusions à tous les pays grecs. Rien ne prouve que cette fabrication se soit implantée dans la Grèce propre; elle semble, au contraire, avoir été localisée à Naucratis' et à Rhodes, sans se prolonger beaucoup au delà du sixième siècle.
1 . \’oir Naukratis ( Third memoir of the Egypt exploration fiind), par MM. W. M. Flinders Petrie, Cecil Smith, Ernest Gardner et Barclay V. Head ; Londres, 1886.