CHAPITRE XXII
LA
CÉRAMIQUE DANS UARCHITECTURE
'histoire de la peinture céramique ne serait pas complète si nous négligions de signaler la place qui lui revient dans la décoration des édifices grecs. On sait tout ce qu’il a fallu d’efforts pour triompher du préjugé qui refusait d’admettre l’usage de l’ornementation peinte dans l’architecture antique. Bien loin de démentir les théories émises par les partisans de la polychromie, les trouvailles faites à Olympie, en Sicile, et dans la Grande-Grèce, les ont confirmées de la manière la plus éclatante et la plus inattendue. Elles ont livré de nombreux spécimens d’une décoration très originale, qui nous montre les procédés de la peinture de vases appliqués à des revêtements en terre cuite. Elles prouvent, à n’en pas douter.
La céramique dans l’architecture.
que pendant toute la période archaïque les architectes grecs ont employé la terre cuite peinte pour en recouvrir les parties hautes des temples et obtenir ainsi une ornementation polychrome d’une grande richesse.
Ce que nous savons de l’architecture primitive des Grecs explique et justifie la pratique d’une pareille méthode. Aux temps reculés où les temples grecs étaient construits en bois, il était nécessaire de protéger avec plus de soin, contre les intempéries des saisons, les parties hautes et saillantes, telles que la corniche et les frontons. Or, des revêtements de terre cuite convenaient à merveille à cet office; en admettant même qu’on recouvrît d’un enduit peint les autres parties de l’édifice, protégées par la saillie de l’entablement, un couronnement en terre cuite présentait de bien autres garanties de résistance et de solidité. Plus tard, quand les architectes mettent en œuvre le tuf calcaire, qui a fourni les matériaux des plus anciens temples doriques, les mêmes nécessités ne s’imposent plus avec autant de force; et pourtant les revêtements en terre cuite ne cessent pas d’être en usage. Est-ce par respect de la tradition ? ou bien est-ce en raison de la facilité avec laquelle ils se prêtaient à la décoration polychrome? Les deux hypothèses sont également plausibles. Il en est tout autrement lorsque, au cinquième siècle, le marbre se substitue au calcaire poreux employé pendant la période archaïque. Les pays privilégiés qui, comme l’Attique, se procuraient sans peine un beau marbre blanc, dur et brillant, abandonnent promptement une technique désormais surannée; elle persiste seulement dans les régions où les matériaux de construction sont de qualité inférieure, en Sicile et dans la Grande-Grèce '.
Parmi les spécimens de ce genre de décoration trouvés à
I. Ces questions ont été étudiées avec beaucoup de soin dans un mémoire rédigé MM. W. Dœrpfeld, F. Græber, R. Borrmann et K. Siebold : Ueber die Verwendung von Terrakotten am Geison und Daclie griechischer Bamverke, Programm ^um Winckelmannsfeste, Berlin, i88i.
La céramique dans l’architecture.
Olympie, un des plus dignes d’attention est l’acrotère colossal qui surmontait le fronton de l’Héraion Ce temple, on le sait, remontait à l’antiquité la plus vénérable; une colonne de bois, conservée dans l’opisthodome , rappelait encore au temps de Pausanias que l’édifice avait été primitivement construit en bois, et si, au cours de transformations successives, la pierre avait remplacé les plus anciens matériaux dans la colonnade dorique de l’extérieur, de nombreux fragments de terre cuite, trouvés sur l’emplacement du temple, permettent de croire qu’il avait toujours conservé son entablement de boisa. L’acrotère du' fronton, reproduit en lettre de ce chapitre, est, en raison de ses dimensions inusitées, une pièce unique jusqu’ici : il ne mesure pas moins de 2™, 24 de diamètre. Sa forme est celle d’un disque, dont la partie inférieure offre une échancrure permettant de l’adapter exactement à l’angle supérieur du fronton. Avec les fragments trouvés à Mycènes, à Orchomène et près de l’Héraion d’Argos, l’acrotère d’Olympie nous fournit le plus ancien exemple de l’emploi de la terre cuite peinte dans l’architecture. La décoration consiste en une couche de peinture brun noir, sur laquelle, après la cuisson, des ornements géométriques ont été gravés à la pointe, et coloriés ensuite à l’aide de tons plus clairs, rouge violacé, jaune orangé, et blanc. Nous retrouvons donc ici l’usage des engobes, procédé familier à la peinture de vases au temps de l’influence orientale.
La technique est déjà plus avancée dans les ornements en terre cuite provenant du Trésor des habitants de Géla. Cet édifice était le premier en date des douze Trésors qui s’alignaient au pied du mont Kronios, et témoignaient de la piété des villes grecques. Les habitants de Géla avaient donné l’exemple, et la construction de leur Trésor peut être placée au moment de la plus grande prospérité de la ville, vers 582, quand elle est assez populeuse et assez florissante pour fonder elle-même la colonie d’Akragas. Suivant les