‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 32 sur 144 · I. Gerhard, Auserlescnc Vasenbilder, 11, pl · texte numérisé non relu

I. Gerhard, Auserlescnc Vasenbilder, 11, pl

La fabrique d' Athènes au sixième siècle.

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la frappe un son métallique. La couleur des fonds est d’un rouge brique; les figures s’enlèvent en noir lustré et verdâtre par places, et sont rehaussées d’engobes d’un rouge vineux assez vif et d’un blanc très franc; le dessin est d’une raideur, d’une maigreur, évidemment cherchées. L’ensemble est d’un aspect sec et déplaisant.

On peut prendre pour type de cette classe de poteries une

Fig. 52. — Détail d’une œnochoé de Colchos. (Musée de Berlin.)

cylix trouvée à Khiliomodi, près de l’ancienne Ténéa, et aujourd’hui au musée d’Athènes’. A l’intérieur, Héraclès tue le Centaure Nessos, non pas d’une flèche, comme le raconte la tradition ordinaire, mais d’un coup de massue; Déjanire, les mains étendues vers son époux, implore son pardon ou lui rend grâces. Le dessin est d’un archaïsme si outré qu’il éveille immédiatement l’idée d’un pastiche. Une coupe de même fabrique, mais beaucoup plus grande et plus belle, appartient à M. Canellopoulos, de Corinthe; à l’extérieur, sur une frise étroite, est peinte, avec une extrême délicatesse de pinceau , une mêlée de nombreux guerriers : sans doute, dans la pensée de l’artiste, quelque bataille de la guerre de Troie.

I. L. Ross, Archæologische Aufsœt\e, Leipzig, i86i, t. II, p. 344 et pl. 2.

L’ unification des styles

Mais parmi ces poteries systématiquement retardataires, les plus remarquables à coup sûr sont celles qu’a produites la fabrique de Nicosthènes. La signature NIKO^OENE^ EP01E$EN se lit, d’après M. Klein, sur 44 petites amphores, 17 coupes, 12 vases divers, et sans doute plus d’une collection particulière, plus d’une boutique de marchand, contient encore d’autres vases portant le même nom et restés jusqu’à présent inaperçus des archéologues'. Sur les 73 pièces inventoriées par M. Klein, 21 viennent certainement et 20 autres très probablement de Cæré, i d’Agrigente, dit-on, I certainement de l’Acropole d’Athènes, le reste, suivant toutes vraisemblances, de diverses parties de l’Étrurie. La fabrique était donc sans doute établie à Cæré ou aux environs; elle devait occuper un très grand nombre d’ouvriers et avoir des relations commerciales non seulement avec toute la Grèce italienne, mais même avec la Grèce propre.

Les vases et les coupes de Nicosthènes ont des formes toutes métalliques, avec des divisions nettes entre les diverses parties et de petits annelets saillants qui rappellent les bourrelets dont sont recouvertes des rivures. Ces amphores se distinguent en outre par leurs fortes anses plates. La terre en est légère et résistante, les dimensions restent dans les mesures les plus commodes pour l’usage, les formes sont maniables et solides, enfin le décor est assez simple et, d’ordinaire, assez lâché pour que les vases aient pu être vendus à un prix modique; de là sans doute leur grand succès commercial et les nombreuses imitations qui en ont été faites par des fabriques concurrentes.

L’amphore que nous insérons en cul-de-lampe donne une idée exacte de ses quarante-trois sœurs. L’embouchure en est évasée, le cou large; les anses, plates et attachées tout au haut de la panse, ne craignent pas les chocs; la suture des deux moitiés de la panse est recouverte par un bandeau plat bordé par deux filets saillants et orné de palmettes; la panse est décorée de grandes palmettes

I. Klein, Die gricchisclicii ]’ascn mit Meistersigneiturai, Vienne, i883, p. 24,34, 87.

La fabrique d’Athènes au sixième siècle.

doubles entremêlées de fleurs d’eau, et s’enfonce lourdement dans un pied de forme massive. La seule partie de la décoration qui ait quelque intérêt sont les sujets figurés sur les anses et sur le haut du corps du vase; sur les anses, deux femmes nues, peintes en blanc suivant l’usage; sur le haut du vase, des sphinx accroupis. D’autres fois il n’y a rien sur les anses, et un sujet est peint de chaque côté du vase, à mi-hauteur, sur le registre occupé ici par les grandes palmettes. Qu’ils soient placés ici ou là, ces sujets sont toujours petits et très simples : un Héraclès terrassant le lion de Némée, un combat de deux guerriers, une course d’athlètes ou bien une danse de Satyres, de Silènes ou de Ménades, parfois un groupe obscène. Les coupes ont en général à l’extérieur un tout petit sujet composé d’un ou deux personnages, trois au plus, et encadré entre deux grands yeux placés à côté des anses; la peinture de l’intérieur n’a pas non plus, d’ordinaire, beaucoup d’importance : souvent c’est un simple motif ornemental, comme une tête de Gorgone vue de face; parfois cependant cette peinture est plus soignée et plus curieuse. C’est le cas, par exemple, d’une coupe du Louvre, qui, par la diligence du dessin, par la franchise des noirs et la belle couleur fauve des fonds, est peut-être la plus jolie de celles sur lesquelles se lit le nom de Nicosthènes. Du côté intérieur, au centre, est une Gorgone courant vers la droite, avec ce pli à angle droit des genoux par lequel l’art archaïque cherchait à donner l’impression de la rapidité de l’allure. Ce premier sujet est encadré dans un ornement imbriqué. L’espace qui reste entre cet ornement et les lèvres de la coupe représente une vigne : des grappes de raisins pendent de tous côtés. Au milieu de la vigne est assis Dionysos. Derrière le dieu, un Satyre joue de la flûte, tandis que de l’autre côté deux Ménades et deux Satyres s’avancent en dansant et en portant un canthare et une outre pleine. Une autre coupe, qui appartient au musée de Berlin, présente à l’intérieur une série de scènes agricoles, disséminées sur le fond rouge du champ : on y voit trois laboureurs conduisant des arères rudimen-

L’unification des styles

taires, un semeur et divers animaux, des daims, une sauterelle, une tortue, un lézard*.

La signature de Nicosthènes est écrite sur deux vases à peintures rouges sur fond noir, et sur deux coupes dans lesquelles l’intérieur et l’extérieur sont peints, l’un sur fond noir et l’autre sur fond rouge; sur l’une de ces dernières elle est associée à celle d’Épictétos. Malgré l’archaïsme très accusé, trop accusé pour être sincère, des peintures dont il a décoré ses vases, malgré le soin avec lequel il a conservé l’emploi exagéré des engobes, tel qu’il était en honneur au milieu du sixième siècle, Nicosthènes est donc un homme de la seconde moitié du cinquième siècle seulement.

I. Gerhard, Trinkschalen und Gefcesse d. K. Muséums pt Berlin, pl. i.

Fig. 53. — Amphore de Nicosthènes.

(Musée du Louvre.)

Fig. 54. — Athéniennes à la fontaine Callirhoé. Peinture d’une hydrie trouvée à Vulci. (British Muséum.)

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