Monuments grecs, n"» ii-i3, années
2. O. Benndorf, Griech. und sicilische Vasenbilder, livr. B®, p. iG.
3. M. Furtwaengler en a donné la description, Beschreibung der Vasensammlung, n“* 1811-182G.
Les plaques de terre cuite peintes.
parois d’un tombeau; ce qui est certain, c’est qu’on peut les rapprocher, comme les dalles d’une frise, et y reconnaître un même thème que le peintre a développé en une série d’épisodes.
Les sujets sont empruntés aux cérémonies des funérailles. C’est d’abord, sur quatre fragments, malheureusement bien incomplets, l’exposition funèbre, ou xpoôscri;, du corps d’une femme morte, couchée sur un lit de parade. Plus loin, c’est la scène de la lamentation; puis, sur une plaque qu’on a pu restituer en grande partie, un épisode qui semble se passer dans l’intérieur de l’appartement des femmes. Les parentes de la morte sont réunies dans le gynécée. Au milieu, une femme, sans doute la mère, est assise dans une attitude de douloureux recueillement, le menton appuyé sur la main; son himation richement brodé est ramené sur sa tête. Trois autres femmes, également assises, l’entourent et semblent partager sa douleur. Au second plan , une servante porte dans ses bras un enfant qu’une de ses compagnes prend à deux mains pour le remettre à une troisième suivante, qui étend son manteau pour le recevoir, avec un geste de tendre sollicitude. Viennent ensuite les préparatifs du transport du corps; comme sur un canthare à figures noires du Cabinet des Médailles, le char est attelé de mulets, et l’un des animaux est désigné par son nom, Phalios (<t>AHO$). Enfin, les autres fragments montrent le cortège funèbre, composé de femmes et d’hommes à pied, de chars et de cavaliers.
Au même ordre de sujets appartient la représentation de l’exposition du mort, figurée sur la plaque que reproduit notre figure 64. Elle a été trouvée en Attique, près du cap Colias, et, après avoir fait partie de la collection de Photiadès-bey , elle a été acquise par le musée du Louvre'. Ici, les inscriptions peintes dans le champ, près des personnages, ajoutent un précieux com-
I. Benndorf, Griechische ttnd sicilische Vasenbilder, pl. I. Depuis la publication de M. Benndorf, on a retrouvé un nouveau morceau qui complète l’angle supérieur de droite.
Les plaques de terre cuite peintes.
inentaire à la scène retracée par l’artiste; elles viennent confirmer ce que les textes nous apprennent sur la législation des funérailles. On sait, en effet, qu’à Athènes la loi fixait par des règlements minutieux le détail des cérémonies funèbres. Celles-ci constituaient une sorte de drame en trois actes : l’exposition du mort (t^poOegi;), le transport du corps (Èx-cpopa) et la mise au tombeau "..Un décret de Solon sur les funérailles donnait à l’exposition du corps un caractère obligatoire; elle devait avoir lieu le jour même de la mort. A loulis, dans l’île de Céos, une loi, dont le texte nous est parvenu -, exigeait que le nombre des vêtements laissés au mort n’excédàt pas le chiffre de trois, et, pour prévenir un déploiement de luxe exagéré, elle stipulait que le prix des étoffes ne devait pas dépasser cent drachmes. Les prescriptions légales limitaient aussi le nombre des personnes admises à la cérémonie de la lamentation funèbre, et visaient surtout les femmes. Seules, les parentes les plus rapprochées, jusqu’aux cousines issues de germains, et les femmes âgées de soixante ans, pouvaient entourer le lit du mort et faire entendre les plaintes que commandait le cérémonial, suivant l’usage qui s’est conservé dans les Myrologues de la Grèce moderne.
La plaque du Louvre confirme de tout point le témoignage des textes. Le mort, strictement enveloppé d’une couverture (ÈTCiéX-/i[^.a) et vêtu d’une tunique (£v^u;j.a), est étendu sur un lit de parade. Debout à la tête du lit, la mère ([-'-svep) tient la tête de son fils; c’est le geste obligé, en vertu des rites funèbres, et Andromaque, dans V Iliade, l’accomplit aux funérailles d’Hector :
"lix-Topo; àvf^po(povùio /.ocp-/i aerà yspalv è'youGa.
Six autres femmes, rangées autour du lit, sont désignées
1. \'oir O. Rayet, Monuments de l’art antique, vol II, Convoi funèbre, plaque estampée en terre cuite. Cf. A. Pottier, Etude sur les lécylhes blattes attiques à représentations funèbres, p. 1 1 et suivantes. Cf. notre étude sur Les cérémonies funèbres en Attique (Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1879).
2. Koehler, Mittheiluuf'en des deutschen arch. Insti tûtes in Atlien. I, p. i38.
Les plaques de terre cuite peintes.
par des inscriptions comme étant les parentes du mort ; c’est d’abord la sœur (a^e>.<p£), petite fillette de dix à douze ans, qui accomplit de son mieux la mimique funèbre imposée par les bienséances; puis trois parentes, tantes ou aïeules, auprès desquelles on lit le mot 0E01$ (ôviOiç); au pied du lit une jeune fille, et derrière le mort une autre femme, peut-être la nourrice (GEOE). Toutes témoignent de leur douleur par des gestes violents : elles portent les mains à leur chevelure, comme pour l’arracher, ou bien, les bras étendus, semblent interpeller le mort. C’est le moment où éclatent les sanglots et les cris aigus que traduisent les inscriptions oïpi (hélas) et Les hommes sont groupés
plus loin , auprès de la colonne indiquant que. l’intérieur de la maison est le théâtre de la scène. Ce sont les frères et le père du mort; ils accompagnent de leurs lamentations les gémissements des femmes, et leur douleur plus virile s’accuse par des gestes plus mesurés. En dépit d’une certaine raideur dans le style, la scène est d’un grand effet. La sobriété avec laquelle sont posées les engobes, la simplicité du dessin, le rythme de la composition, tout contribue à donner à cette peinture une sorte de dignité austère, et met l’exécution en parfaite harmonie avec la gravité du sujet. Comme les plaques du musée de Berlin, celle du Louvre appartient à la belle époque de la peinture noire; toutefois, cette dernière accuse un style déjà plus avancé, et l’on ne se tromperait guère en l’attribuant à la période qui s’étend entre les années 480 et 460.
Les sujets des plaques à figures noires ne sont pas exclusivement funéraires. Quelques-uns représentent des scènes mythologiques qui permettent de les classer dans la catégorie des ex-voto. Telle est, par exemple, la plaque signée du nom de Skythès, et représentant Athéna sur un char devant lequel marche Hermès. Il faut aussi remarquer que l’usage de ces tableaux peints s’est
I. Une autre inscription, où M. Benndorf reconnaissait le nom d’une joueuse de flûte, ne donne aucun sens appréciable. On lit seulement : O. EAO-A.
Les plaques de terre cuite peintes.
continué alors que la technique des vases a subi un grand changement par l’emploi du procédé nouveau qui remplace la peinture noire. C’est ce que prouve un beau fragment du musée de Berlin, trouvé par Fauvel au commencement de ce siècle, et qui a été longtemps le seul spécimen connu des plaques de terre cuite peintes ; on y voit le buste d’Athéna, au-dessous d’une sorte de fronton, sur le bandeau duquel est peinte une dédicace*. Mais ce monument, au point de vue de la technique, n’a plus rien de commun avec les vases signalés jusqu’ici ; il appartient à un style nouveau, dont il est temps d’aborder l’étude.