‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 48 sur 144 · AT A>13AV\ATV\1T <1AA3>I · texte numérisé non relu

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Tiv xav^è laraGcco, Aéayp [e. C’est-à-dire : « C’est pour toi que je lance ce latax, Léagros! « A gauche de Smikra, H AA A dont

I. Compte rendît de la commission impériale archéologique de Saint-Pétersbourg. 1869, p. 219, et pl. 5.

Les vases à figures rouges. Euphronios.

le nom doit sans doute être restitué [vifxa, (baiser), tient de

même deux skyphi. De l’autre côté, à droite, Aliasto (M. Klein lit Palaisto), tournant la tête de face, boit à longs traits dans son skyphos, tandis que de sa main gauche elle tient une cylix. Près de la buveuse Aliasto, est, en deux lignes ; la signature Eùcppovio;^ eypaçGev : Euphronios a peint. Il faut l’avouer : l’impression laissée par la vue de ce vase diffère beaucoup de celle que cause la cylix de Thésée. Rien de moins gracieux que les femmes nues dont Euphronios s’est évidemment proposé de nous faire admirer la beauté : car penser qu’il ait eu une intention satirique serait, je crois, se méprendre sur la tournure d’esprit des Athéniens de son époque. Mais l’idéal de la beauté féminine, telle qu’il la voyait en imagination, était toute autre chose que ce que nous concevons aujourd’hui. L’art ionique connaissait déjà, à cette époque, toutes les rriollesses de contour qui font le charme du corps féminin. Mais l’art attique était resté fidèle à l’austère tradition des anciens jours : il donnait à la femme les mêmes formes énergiques et la même raideur musculaire qu’à l’homme. Aussi les courtisanes peintes par lui sont-elles maigres, anguleuses, et ont-elles presque un aspect viril. Les inscriptions sont dans le dialecte dorien le plus pur : mais celui qui les a composées , en employant pour les écrire l’alphabet attique, a trahi lui-même sa supercherie. Le nom de Léagros, suivi de l’épithète xa>^o;, se trouve d’ailleurs sur d’autres coupes d’Euphronios, où écriture et langue sont attiques; il se lit encore sur des coupes de Chachrylion, un maître athénien lui aussi.

Toute différente de ce vase, et d’un art beaucoup plus avancé, est une coupe de Cæré que Gerhard a publiée lorsqu’elle faisait encore partie de la collection du prince de Canino'. C’est une cylix décorée à l’intérieur et à l’extérieur. Des trois scènes qui y sont peintes, deux sont certainement des épisodes de la légende d’Achille et de Troilos. La troisième peut être sans trop d’effort I. Gerhard, Auserlescnc griechische Vasenbilder, t. 111, pl. 224, 225, 226.

Les vases à figures rouges. Euphronios. i6g

rattachée au même sujet. Celle-ci, qui occupe une des moitiés de l’extérieur de la coupe, représente quatre guerriers occupés à s’armer. Deux sont âgés et barbus; ceux-là, gens rompus à la guerre, ont presque terminé leurs préparatifs : l’un est complètement équipé, non seulement il est casqué et cuirassé, mais il a déjà son manteau sur ses épaules, et décroche son bouclier; l’autre a, lui aussi, déjà le casque en tête, et, se tenant debout en équilibre sur sa jambe droite, il est en train de mettre ses cnémides; toutefois il n’a pas encore endossé sa cuirasse, et sa tunique finement plissée couvre seule son corps; ses cheveux tombent en longues tresses sur ses épaules; près de lui sa lance est plantée en terre.

Auprès de ces deux hoplites, hommes faits et bons donneurs de coups de lance, sont deux beaux éphèbes, vêtus l’un et l’autre d’une courte et élégante chlamyde, la tête découverte et les jambes nues. L’un passe sur son épaule le baudrier qui soutient sa courte épée; l’autre, la main gauche appuyée sur le rebord d’un grand bouclier rond, prend de la droite le casque qu’il va mettre sur sa tête.

Tout à gauche de la composition est un casque posé de face sur un escabeau. Jaloux de ne pas faire perdre au spectateur le beau contour que présente un casque vu de profil, le peintre a dédoublé le cimier, et nous le montre à la fois avec l’aspect qu’il aurait s’il était vu successivement par un des côtés et par l’autre. C’est là sans doute un des plus récents exemples, d’un procédé fréquemment employé sur les vases du septième et du sixième siècle.

Gerhard a vu dans cette scène un armement des Myrmidons, et cette hypothèse est vraisemblable. Si on l’admet, toute la décoration de la coupe ne forme plus qu’un ensemble d’une parfaite, unité : c’est en effet un exploit du chef même des Myrmidons, d’Achille, que représente la seconde des peintures extérieures. A droite de la composition est un autel rectangulaire, construit au pied d’un palmier, et à côté duquel est un trépied; le palmier et

Les vases à figures rouges. Euphrouios.

le trépied indiquent que cet autel est consacré à Apollon, et les auteurs nous apprennent que le dieu dont il s’agit dans les circonstances présentes est celui de Thymbra. A gauche de l’autel, Achille, casqué et cuirassé, son bouclier et sa lance dans la main gauche, saisit de la main droite par son épaisse chevelure un jeune garçon sans armes et vêtu d’une simple tunique : à côté est écrit le nom de l’un des fils de Priam, Troïlos. Troïlos ainsi surpris tombe en arrière en étendant son bras droit et sa main ouverte pour supplier son ennemi. Il a lâché les longes avec lesquelles il conduisait ses deux chevaux, et ceux-ci s’enfuient au galop avec des mouvements désassemblés qui sont admirablement surpris sur la nature.

A l’intérieur de la coupe est le dernier acte de cette cruelle tragédie. Troïlos a sans doute essayé de s’échapper et de s’asseoir sur l’autel, où il eût été inviolable. La pose de son corps est celle de la course; mais Achille l'a de nouveau saisi aux cheveux, et le malheureux enfant cherche en vain avec sa main gauche à desserrer la fatale étreinte, tandis que de la main droite étendue et ouverte il implore encore sa grâce. Mais son vainqueur, impitoyable dans sa colère, raidit sa jambe droite en avant, et brandissant de son bras droit levé sa courte épée, renversant légèrement en arrière la tête de son prisonnier, il s’apprête à lui trancher la gorge d’un formidable coup de taille.

Tout archaïsme n’a pas encore disparu de cette belle peinture. Dans le soin exagéré apporté à reproduire les moindres plis de la tunique, dans certaines particularités de la forme des jambes, l’étranglement du genou, l’indication trop ressentie et un peu sèche des muscles, se retrouve la vieille tradition. Mais l’artiste sait déjà poser ses personnages dans nombre d’attitudes diverses, les montrer dans toutes les variétés du trois quarts, aussi bien que de profil ou de face, et donner à tous leurs membres un jeu parfaitement libre. L’éphèbe ceignant son épée, que nous avons signalé plus haut, est un exemple de cette souplesse et de celte science

Les vases à figures rouges. Euphronios .

anatomique. Mais la figure la plus remarquable est celle d’Achille, sur la peinture du fond de la coupe. Non seulement elle frappe par l’originalité de l’attitude , par la fierté du contour, par l’énergie du mouvement, mais la physionomie y est plus vivante

Fig. 70. — Achille tuant Troïlos. Fond d’une coupe d’Euphronios.

que dans aucune des peintures que nous avions étudiées jusqu’ici. Les yeux grands ouverts, fixés sur le point à frapper, la bouche distendue par un cri de rage satisfaite, le nez au vent et les lèvres frémissantes d’une joie féroce , il y a dans tout cela une intensité de vie que l’on ne retrouve peut-être à si haut degré sur aucun autre vase grec; tandis que le visage convulsé par la peur, le suprême effort du malheureux Troïlos, inspirent à qui les voit une émotion poignante. Ajoutez que la vigueur, la fougue même de l’exécution, rappellent ces admirables statues de bronze

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