‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 90 sur 144 · Voir Lau, Griechische Vasen, pl. XXXV, XXXVI, XXXIX · texte numérisé non relu

Voir Lau, Griechische Vasen, pl. XXXV, XXXVI, XXXIX

Les rases de I Italie méridionale.

un aspect à la fois lourd et riche. Décor et figures sont, il est vrai, exécutés avec habileté, mais ils trahissent trop souvent une

facilité banale, une tendance fâcheuse à se contenter d’à peu près.

On sent qu’ils sont l’œuvre de décorateurs exercés, plutôt que d’artistes soucieux de la perfection du dessin.

La dénomination de vases apuliens est généralement acceptée pour cette série de céramiques; mais elle a le tort de faire croire que ce style fleuri est d’origine apulienne. En réalité, comme l’a prouvé Fr. Lenormant, c’est à Tarente qu’il a pris naissance Tarente était le centre où l’on fabriquait ces grands vases de luxe, que le commerce portait soit en Apulie, soit dans les villes grecques du golfe tarentin, par exemple à Métaponte, où plusieurs spécimens du soi-disant style apulien ont été trouvés dans des tombeaux 2. Que des ateliers locaux aient existé dans les villes d’Apulie, le fait n’est pas douteux; on en trouve la preuve dans les débris de fours à poteries découverts à Ruvo. Mais c’était encore le style tarentin qui prévalait dans ces ateliers, et on est en droit de supposer qu’ils étaient dirigés par des potiers grecs venus de Tarente. Attribuer à des fabriques proprement apuliennes l’invention de ce style est une hypothèse d’autant plus invraisemblable qu’on connaît aujourd’hui la céramique des populations indigènes de l’Apulie et de la Messapie : c’est une poterie grossière, que les paysans de la terre d’Otrante désignent aujourd’hui sous le nom de tro\\ella.^ et dont l’usage persistait encore à l’époque où la fabrication tarentine était dans tout son éclat. Elle consiste en vases à décor grossier, brun et rouge, à anses ornées de rotules qui ont peut-être inspiré aux potiers grecs de Tarente l’idée de certains éléments décoratifs -h Ces vases n’ont rien de commun

1. Fr. Lenormant, Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, 1879, p. 291. — The Academy, 10 janvier 1880. — Ga\ettc archéologique , 1881-1882, p. 102 et 186. — La Grande-Grèce, t. p. 98. M. Hcibig s’est rallié à cette théorie : Bull. delV Inst., 1881, p. 201.

2. Fr. Lenormant, A travers l’Apulie et la Lucanie, t. Fr, p. 356.

3. Cf. Fr. Lenormant, Gaqctte archéologique, 1881-1882, p. 107,' et L. de Simone, Note iapygo-messapiche.

Les vases de l’Italie méridioyiale.

pour le style avec ceux qui nous occupent. Ces derniers relèvent, au contraire, de la tradition hellénique; ils prennent place chronologiquement après ceux que nous avons signalés au début de ce chapitre, et appartiennent au troisième siècle; ils représentent une fabrication grecque d’origine, mais émancipée, et transformée par le goût luxueux qui caractérise la civilisation tarentine.

Les sujets dont s’inspirent les potiers de Tarente sont en grande partie ceux que traitaient leurs confrères de la Grèce propre. Les aventures d’Héraclès, les fiançailles du héros avec Hébé, l’enlèvement d’Europe, le rapt de Chrysippos, les combats de Grecs et d’Amazones, la Centauromachie, les funérailles de Patrocle, l’expédition des Argonautes, telles sont, pour ne citer que quelques exemples, les scènes retracées sur les vases tarentins'. Parmi les vases à sujets mythologiques, un des plus dignes d’attention est celui que reproduit notre planche XII. Il a été trouvé à Ruvo et fait partie de la collection Jatta C’est une grande amphore à col évasé, dont la décoration consiste en zones enveloppant tout le pourtour de la panse. La zone principale, coupée en deux parties par les anses, présente, sur le devant, une scène empruntée à la légende thébaine, et dont le sens n’est pas douteux. On sait que le mythographe Hygin donne, au sujet de la mon d’Antigone, une version toute différente de celle qu’a suivie Sophocle D’après l’écrivain latin, Créon, furieux d’apprendre qu’ Antigone a transgressé ses ordres et donné la sépulture à Polynice, commande à son fils Hæmon de la mettre à mort. Mais celui-ci, épris de la jeune fille, à laquelle il a été fiancé, lui sauve la vie, et de leurs amours naît un fils, qui, parvenu à l’âge d’homme, se présente aux jeux de Thèbes. Créon le reconnaît comme le fils d’Hæmon.

1. Voir de Witte, Etudes sur les vases peints, p. 1 14. Cf. Gerhard, Apiil. Vasenb., pl. XV, VII; Elite céramographique, II, pl. io3 B; Monumenti inediti, 1871, pl. 32-33, où sont reproduits quelques-uns des sujets que nous indiquons.

2. Monumenti inediti, t. X, 1876, pl. 26; Klüginann, Annali, 1876, p. 173-197. Cf. H. Heydemann, Ueber eine nacheuripideisclie Antigone, Berlin, 1868.

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