‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 91 sur 144 · Hygin, Fab · texte numérisé non relu

Hygin, Fab

Les vases de l’Italie méridionale.

En vain Héraclès intercède en faveur d’Hæinon; Créon ne se laisse pas fléchir, et Hæmon se tue après avoir frappé à mort Antigone. La peinture du vase de Ruvo est directement inspirée par cette légende. Au centre est Héraclès, debout sous un édicule à fronton et à colonnes ioniques, une main tendue vers Créon. Celui-ci, dont le nom est écrit KPAflN, est vêtu d’un riche costume royal; appuyé sur son sceptre, il écoute, sans en être ému, les paroles du héros, qui l’invite à la clémence. Plus loin viennent un jeune homme et une femme en cheveux blancs; dans le champ est figurée Ismène , assise à l’écart, comme si elle ne jouait ici qu’un rôle secondaire, A gauche de l’édicule, un jeune homme armé garde Antigone captive, les mains liées derrière le dos, et Hæmon se tient à l’écart, le front appuyé sur la main, avec l’expression d’une poignante douleur. En dépit d’une exécution parfois un peu négligée, la scène est bien composée et ne manque pas de grandeur. Évidemment l’artiste s’est inspiré de la poésie dramatique; mais à quelle pièce a-t-il emprunté les éléments de ce tableau? Est-ce, comme le pense M. Heydemann, une tragédie postérieure à Euripide et dont l’auteur reste inconnu pour nous? Faut-il, au contraire, reconnaître ici, avec M. Klügmann, une scène de V Antigone d’Euripide, dont quelques fragments sont, par malheur, seuls conservés? Cette seconde hypothèse paraîtra très plausible si l’on songe à la popularité des tragédies d’Euripide et à la vogue dont ont joui, auprès des peintres de vases, les mythes traités par le poète athénien '.

Au revers, la zone supérieure offre un sujet plus simple, mais où l’artiste s’est efforcé de reproduire le même agencement. Une jeune femme, assise sous un édicule, est occupée à sa toilette, tout en conversant avec un jeune homme; des suivantes tiennent les accessoires habituels, éventail, calathos, alabastre à parfums. La zone intermédiaire, purement décorative, montre une tête de

I. ^'oir Vogel, Scenen euripideischer Tragœdien in griech, Vasengeinœlden Leipzig, i88(5.

Les vases de l' Italie méridionale.

femme encadrée de rinceaux. Enfin, le registre inférieur est rempli

PouIL«xirent

Fig. ii6. — Le palais d’Hadès.

Amphore de Canosa. (Pinacothèque de Munich.)

par des épisodes du combat des Grecs contre les Amazones.

Les vases de l’Italie méridionale.

Comparée à la majeure partie des vases de provenance apulienne, l’amphore de la collection Jatta paraît un des meilleurs spécimens de la fabrication tarentine. Elle n’est plas postérieure aux premières années du troisième siècle.

A côté des sujets héroïques, les potiers de la Grande- Grèce font une large place aux scènes bien connues des archéologues sous le nom de scènes bachiques ou mystiques. Elles représentent le plus souvent Dionysos entouré de son cycle, et associé avec Ariadne '. L’étude de ces vases a donné naissance à des systèmes d’interprétation très compliqués, en vertu desquels il y aurait un rapport étroit entre ces peintures et les mystères dionysiaques, dont la doctrine 'comptait dans la Grande -Grèce de nombreux adhérents 2. Nous n’avons pas ici à rouvrir le débat. Aussi bien, malgré les efforts des érudits, les mystères de la Grande -Grèce sont encore pour nous lettre close. Il n’est même nullement prouvé que les scènes soi-disant mystiques soient en relation directe avec les cérémonies des mystères. Tout nous porte à croire, au contraire, qu’elles nous montrent seulement la forme populaire de ces croyances, sans soulever, aux yeux des profanes, le voile du sanctuaire.

La même présomption s’impose pour une série, encore très peu nombreuse, de vases qui compte seulement sept exemplaires, conservés dans les musées de Munich, de Naples et de Carlsruhe. Avec des variantes de détail, ces vases offrent une scène identique pour l’idée d’ensemble et les grandes lignes de la composition : c’est le tableau des Enfers. La figure 116 en reproduit un des spécimens les plus soignés, à savoir une grande amphore, trouvée dans un tombeau de Canosa, et appartenant à la Pinacothèque de Munich Le col est orné d’oves, de rais de cœur, de pal-

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