‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 92 sur 144 · Cf. Gerhard, Apul. Vasenb., pl. I-IV · texte numérisé non relu

Cf. Gerhard, Apul. Vasenb., pl. I-IV

2. Cf. de Witte, Études sur les vases peints, p. ni; Fr. Lenormant, La Grande- Grèce, t. Fr, p. 3g5 et suivantes.

3. Millin, Description des tombeaux de Canosa, pl. 3-6. Cf. Vorlegeblætter de Vienne, série E, pl. I. — 11 faut rapprocher du vase de Munich celui du musée de

Les vases de l’Italie méridionale.

mettes, de feuillages encadrant une tête de femme, et d’une zone plus large où sont représentés l’Aurore et Hélios, tous deux montés sur leurs chars et franchissant l’espace au-dessus des flots de la mer. Le revers est occupé par une scène funéraire. Mais c’est sur le devant de la panse que se développe avec un grand luxe de personnages le sujet principal. Au centre est le palais d’Hadès, sommairement figuré par un portique que supportent six colonnes ioniques. Le dieu des Enfers est assis, le sceptre à la main, sur un trône très riche. Près de lui, Persephoné, debout, tient une torche, comme pour éclairer la nuit profonde qui règne autour du palais. A droite de l’édicule sont les trois juges infernaux, qu’aucune inscription ne désigne ici, mais qui, sur le vase d’Altamura, au musée de Naples, portent les noms de Triptolème, Eaque et Radamanthe. A gauche, Orphée, en costume phrygien, joue de la lyre et semble implorer par ses chants, en faveur d’Eurydice, la pitié d’Hadès. Il est plus difficile de déterminer les noms des trois personnages qui se tiennent derrière lui : un jeune homme avec une couronne de myrte, une femme et un enfant; peut-être faut-il reconnaître ici Hector, Andromaque et Astyanax. Les trois figures semblent d’ailleurs, comme celles qui occupent la partie supérieure du tableau, représenter les âmes des héros exempts des supplices infernaux et célèbres par leur légende. Ainsi nous retrouvons, au-dessus d’Orphée, le groupe de Mégara, l’épouse répudiée d’Héraclès, et de ses deux fils, qui figure aussi sur le vase d’Altamura. A droite, c’est un autre groupe, composé d’une femme tenant une épée et de deux jeunes gens, sans doute Médée, Thésée et Pirithoos. Le peintré a relégué dans la partie inférieure du tableau les scènes dont la légende plaçait le théâtre près des rives de l’Achéron; on aperçoit même les sinuosités du fleuve, sur les rives duquel s’ébattent des oiseaux aquatiques. Héraclès vient

Naples provenant d'Altamura. {Mon, inediti, t. VIII, 1864, pl. 9; Kœhler, Annali, 1864, p. 283-29G. Cf. celui de Ruvo, à Carlsruhe : Welcker et Gerhard, Arch. Zeitung, 1843, p. 178-190; 193-202, pl. XI.

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d’enchaîner Cerbère et l’entraîne loin d’une sorte d’autel, au-dessus duquel une Erinye, en costume de chasseresse, brandit deux torches allumées. Son exploit accompli, il se retourne vers Hermès, qui lui sert de guide et semble l’engager à le suivre en lui montrant la route. De chaque côté sont les criminels célèbres, condamnés aux peines infernales. D’une part Sisyphe, soulevant avec effort son rocher et cruellement stimulé par une Erinye qui brandit un fouet et une pique; de l’autre Tantale, en costume royal phrygien, le sceptre à la main, et regardant avec angoisse le rocher suspendu sur sa tête. A en juger par les analogies que présentent avec le vase de Munich ceux de Naples et de Garlsruhe, les peintres ont suivi un modèle commun. Mais faut-il croire, avec Fr. Lenormant *, qu’ils s’inspiraient ^d’une sorte de tableau fixé par le rituel religieux, et reproduisant les scènes qui s’offraient dans les mystères aux yeux des initiés? A vrai dire, ces peintures ne semblent pas cacher un sens aussi mystérieux. Elles traduisent beaucoup plutôt la conception des Enfers telle que la tradition poétique l’avait faite. Elles offrent, groupées et coordonnées dans un tableau d’ensemble, les figures qui peuvent le mieux caractériser le monde infernal; elles résument, en un mot, tout le travail de la poésie et de l’art, poetarum et pictorum portenta

Le choix de pareils sujets indique évidemment une destination funéraire. C’est aussi pour les plus riches sépultures que les potiers fabriquaient les grands vases à représentations funéraires, trouvés en abondance dans les nécropoles de la Grande-Grèce. Les compositions qui les décorent sont trop chargées de figures; mais les peintres se sont préoccupés d’y introduire la symétrie, en groupant les personnages autour d’un point central, qui est l’hérôon du mort. Telle est, par exemple, la disposition qu’on observe sur une amphore du musée de Berlin^. Au milieu du

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