‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 93 sur 144 · Gerhard, Apul. Vasenb., pl. XVI · texte numérisé non relu

Gerhard, Apul. Vasenb., pl. XVI

Les vases de VItalie méridionale.

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tableau est l’édicule funéraire, orné de colonnes ioniques et se détachant en blanc sur le vernis noir. Deux figures, également peintes en blanc, occupent le fond de l’hérôon : la morte, assise sur un chapiteau ionique, tient un coffret à bijoux, et près d’elle une suivante porte un éventail; c’est la scène de la toilette funèbre, conçue dans le même esprit que sur les lécythes athéniens. Autour de l’hérôon, les parents et les amis de la morte sont groupés sur plusieurs plans et tiennent les objets qui figurent d’habitude dans ces scènes du culte du tombeau, éventails, bandelettes, coffrets et corbeilles. Ailleurs, celui qui reçoit les offrandes des survivants est un éphèbe, debout auprès de, son cheval, ou bien un citharôde prenant des mains d’un enfant la lyre, qui est l’attribut de sa profession. On retrouve dans ces peintures les caractères que nous avons déjà signalés : un décor très riche, l’emploi exagéré des couleurs vives, blanches, jaunes et rouges, un dessin facile et souvent lâché. Ces vases appartiennent en général aux premières années du troisième siècle. Néanmoins, leur fabrication peut encore se prolonger quelque temps après le moment où Tarente, assiégée par Papirius en 272, et prise par les Romains grâce à la défection de Milon et de ses troupes épirotes, reconnaît l’autorité de Rome en qualité de cité fédérée.

Un autre groupe, parmi les poteries de l’Italie méridionale, est formé par les vases trouvés dans les nécropoles campaniennes de la fin du quatrième siècle et de la première moitié du siècle suivant. Cumes, Nola, Capoue, Plistia, aujourd’hui Sant’Agata de’Goti, sont les principales provenances'. C’est sans doute à Cumes qu’il faut placer le centre de la fabrication. Les ateliers de cette ville donnaient le ton à ceux des autres cités campa-

I. Voir Otto Jahn, Einleitung der Vasens, s(u München, p. li.

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niennes, comme les ateliers de Tarente aux fabriques de la Grande-Grèce. Les vases de la Campanie présentent d’ailleurs de grandes analogies avec ceux de l’Apulie. Même emploi des engobes et des couleurs brillantes, mêmes procédés de composition, même dessin aisé et souple, avec les négligences qu’entraîne une facilité peu exigeante. Toutefois, les potiers campaniens restent plus fidèles que leurs confrères de Tarente aux traditions du style grec. Leurs compositions sont. plus sobres, leurs vases moins chargés d’ornements. Tout en partageant le goût, devenu général, pour la disposition picturale des figures, ils gardent encore une certaine mesure. On peut citer, comme un bon spécimen de la fabrique campanienne, un lécythe aryballisque trouvé en 1876 dans une tombe grecque de Capoueu Le sujet figuré ne se retrouve, à ma connaissance, sur aucun autre vase : c’est la mort de Myrtilos, le cocher infidèle d’Œnomaos, dont la trahison assura la victoire à Pélops. L’artiste a représenté le moment où Pélops, traversant la mer à l’aide des chevaux que lui a donnés Poséidon, se débarrasse de son complice en le précipitant dans les flots. Le héros, vêtu d’un costume phrygien, avec une cuirasse blanche, est accompagné d’Hippodamie; il poursuit sa route et presse ses chevaux, sans plus se soucier de Myrtilos, qui tombe dans la mer les bras étendus. Dans la partie supérieure, une divinité ailée, l’épée à la main, personnifie la vengeance divine, à laquelle Œnomaos mourant a voué le coupable.

Il y avait, entre les villes de l’Italie du Sud, des relations commerciales assez fréquentes pour que les ateliers céramiques aient subi une sorte de pénétration réciproque. Ainsi dans la région de la Basilicate, l’ancienne Lucanie, on trouve des vases qui, bien qu’appartenant à une fabrique locale, sont étroitement apparentés .à ceux de la Pouille. Les poteries du groupe lucanien se rencontrent surtout à Armento, à Anzi, l’ancienne Anxia, à Pisticci

I. Von Duhn, Annali, 1876, p. 34. — Monumenti inediti , t. X, 1876, pl. 25. Cf. Furtwaengler, Vasensam. im Antiquariiim, n° 3072.

Les vases de l’Italie méridionale.

et à Pæstum, la Posidonia des Grecs. Cette dernière ville paraît avoir été le grand centre industriel de la région. Nous n’insisterons pas sur les vases de la Lucanie offrant des caractères analogues à ceux de la céramique apulienne'. On y reconnaît la forme bien connue des amphores à volutes et à rotules; les sujets eux-mêmes, par exemple les scènes funéraires, témoignent d’une parfaite communauté d’inspiration

Toutefois, les vases lucaniens que leur exécution moins soignée permet d’attribuer à la date la plus récente, présentent des particularités dignes d’attention. La terre est souvent d’un rouge sombre; la couleur blanche est répandue avec profusion; les détails sont tracés à l’aide d’un ton jaune clair. En outre, certains détails de costume trahissent une influence étrangère à l’hellénisme. Ainsi, sur une série de vases dont la gravure, placée à la fin de ce chapitre, offre un spécimen^ (fig. 120), on voit une scène fréquemment reproduite : des personnages avec l’équipement de guerre, recevant dans une patère la libation que leur verse une femme. Ces guerriers portent des casques empanachés et ornés, en guise d’aigrette, de trois grandes plumes; ils sont vêtus de tuniques très courtes, couvrant à peine le haut des cuisses, et décorées de rondelles de métal; quelques-uns tiennent en main des lances munies de banderoles. Quant au costume des femmes, il rappelle plutôt l’accoutrement des paysannes de la Terre de Labour et des Abruzzes, que le vêtement des Grecques. Ces types et ces costumes sont, à n’en pas douter, ceux des indigènes de la Lucanie, de ces populations de race sabellique qui partageaient, avec leurs ancêtres les Samnites, un goût décidé pour les costumes brillants et les couleurs éclatantes. Au reste, nous retrouvons les mêmes détails de costume dans les peintures des tombeaux de

1. François Lenormant signale à Pisticci une nécropole très étendue, où l’on a trouvé beaucoup de vases du même type que ceux de l’Apulie. A travers VApidie et la Lucanie, t. I”, p. 336.

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