Migne, VI, p
15. Voir dans notre Histoire des ènf. aband, et délaissés, liv. II, chap. L»’, p. 78- 80, les raisons qui nous portent à croire que « c’est sortir de la vérité historique que
L, Lallemand. — Histoire de la charité. 2
A côté de sa femme et de ses descendants, le chef de famille a en son pouvoir ses esclaves. Quelle est l’attitude de l’Eglise vis-à-vis de ces infortunés, traités comme des choses [mancipia) ^ outils animés dont parle Aristote et en faveur desquels quelques philosophes essayent, à l’aide d’amplifications de rhétorique, lues par une élite, de rendre un semblant de justice ^^9
Ici un très grave problème se pose et domine toute la question. Au début de la prédication évangélique, cent ans ne se sont pas écoulés depuis l’époque où Spartacus, à la tête d’esclaves révoltés, fait trembler Rome. Une étincelle peut rallumer le feu qui couve encore et l’incendie est alors capable de tout anéantir. Quel monceau de ruines accumulées ! que de sang ! que devient la bonne nouvelle au milieu de cette mêlée effroyable bouleversant l’ancien monde ? Quelle société pourrait sortir d’un semblable cataclysme ?
Les Apôtres ont pour devoir strict d’éviter de pareils malheurs et de ne point en provoquer l’explosion par des paroles inconsidérées. Aussi leur attitude est-elle prudente.
Ils affirment de la manière la plus explicite l’égalité de tous au point de vue spirituel, mais exhortent les esclaves à supporter, avec patience, leur sort en tournant les yeux vers la patrie céleste. Ils enjoignent de plus aux maîtres de se montrer justes et bons envers leurs serviteurs, leurs frères ; et provoquent les affranchissements .
En un mot, l’Eglise, avecune sagesse et une persévérance admirables, veut instruire les esclaves avant de leur donner une liberté
d’admettre d’une manière générale l’éducation des enfants trouvés au nombre des premières œuvres chrétiennes. » Conférer G. Rossi, Bulletino di archeol. crist., anno IV, 1866 (marzo-aprile), p. 24-25.
16. Pour tous les détails, consulter, indépendamment du si excellent ouvrage de iSI. Wallon (t. III), le beau travail de M. Paul Allard, Les esclaves chrétiens^ in-12, 1876, XVI, 492 p.'
17, « Si Jésus-Christ et ses apôtres avaient dit : « A partir de la promulgation de cette loi le droit de propriété de l'homme sur l’homme est aboli, et chacun rentrera dans sa liberté naturelle », le monde antique aurait été bouleversé jusque dans ses fondements. Il est certain que la suppression violente de ce droit aurait entraîné mille fois plus de désastres que sa prolongation pendant des siècles » (Carpentier, Le droit payen et le droit chrétien^ in-12, 1866, t. P»’, chap. VI, p. 145.)
l’ère des persécutions
prématurée, conquise violemment, et qui pourrait être préjudiciable à tout Tordre social.
(( 11 n’y a ni g-entil, ni juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni Scythe, ni esclave, ni libre, Jésus-Christ est tout en tous », proclame saint Paul [Epist. ad Coloss., III, 11). Les sacrements sont les mêmes pour tous ; le mariage des esclaves possède une dignité, une indissolubilité égales à celles dont jouit Tunion des ingénus. A l’encontre du droit païen, le pape Cyrille valide le mariage d’une clarissime avec un homme privé de liberté En le faisant il sanctionne un principe du droit naturel, mis en lumière par la doctrine évangélique et que rend possible la fraternité chrétienne.
Enfin, au grand scandale du monde idolâtre, l’esclave qui a versé son sang pour sa foi est placé sur les autels, et les représentants des plus nobles familles viennent demander humblement l’intercession auprès de Dieu de celui auquel les lois et les mœurs contestent de son vivant le titre d’homme
Après ces affirmations éclatantes, l’Eglise s’adresse à ces malheureux et leur dit : Restez dans la situation que vous avez lorsque vous êtes appelés à la vérité ; que sert de gagner l’univers si Ton perd son âme? Etes-vous esclaves, ne vous mettez pas en peine de sortir de votre esclavage. Servus vocatus es? Non sit tibi curae. N’êtes-vous pas les affranchis du Seigneur? (I. Epist. B. Pauli ad Corinth.^ VII, 20-22)'^^.
Honorez vos maîtres selon la chair; ne les servez pas seulement quand ils ont Tœil sur vous; obéissez avec crainte et respect, dans la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ. Chacun recevra la récompense du bien qu’il aura fait, qu’il soit libre ou esclave 2* [Epist. B. Pauli ad VI, 1-8; I. ad
Timoth., VI, 1-5; ad TU., II, 9-10).