Migne, LI, p
LA PRÉDICATION DE LA CHARITÉ
la terre ; paralysés, estropiés, couverts d’ulcères et de plaies incurables. »
Sous l’empire de sa vive émotion, l’orateur presse les fidèles de donner, de donner encore, de donner sans compter. Il s’adresse à ceux qui examinent scrupuleusement les indigents ; s’informent de leur patrie, de leurs mœurs, de leur profession, demandant mille détails sur leur santé. Il est mal, conclut-il, de faire des reproches aux nécessiteux même dans la belle saison, quoique cela puisse alors se tolérer, mais pendant un froid rigoureux se montrer vis-à-vis d’eux un juge dur et cruel, leur reprocher de rester oisifs, n’est-ce pas le comble de l’inhumanité?
Quel est encore, continue-t-il, le prétexte spécieux de nos riches impitoyables? Il s’agit selon eux d’esclaves fugitifs, de vagabonds, d’étrangers qui abandonnent leur patrie et accourent à Antioche. « Eh quoi, mon frère, êtes-vous fâché qu’on regarde notre cité comme un port commun, qu’on la préfère à sa ville natale? Voulez-vous lui ravir cette couronne? Vous devez vous réjouir et triompher de ce que les infortunés accourent auprès de nous 24^ „
On peut citer d’autres chapitres des homélies de l’éloquent évêque : Le pauvre n’a qu’une seule recommandation, son indigence ; fût-il le plus pervers de tous les hommes, s’il manque des aliments nécessaires nous devons apaiser sa faim^^.
Ne disons point : voilà un méchant, indigne de bienfaits ; voilà un être méprisable. Ne regardez pas au mérite de celui qui a besoin d’assistance et de secours, ne voyez que son état. Il est tant que vous voudrez, vil, abject, quoi qu’il en soit le Christ vous est aussi reconnaissant de votre don que s’il l’avait reçu
lui-même 26.
Il y a des riches qui parviennent à ce degré de dureté de dire que ces pauvres méritent leur sort... Est-ce parce qu’ils veulent manger et ne pas mourir de faim? Non, répond-on ; c’està cause
24. Ces traductions sont en général empruntées aux œuvres de saint Jean Ghrysostome publiées en français — Bar-le-Duc, onze volumes in-8 — , sous la direction de M. Jeannin.