‹ Histoire de la charité (volume 2)Chapitre 69 sur 89 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

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tures ; dont la vie est pleine d’honnêteté et de sagesse ; unissant l’équité à la chasteté, la mansuétude à l’humilité; large dans ses aumônes; prompt à secourir les veuves

Sidoine Apollinaire nous montre Patiens, évêque de Lyon : saint, courageux; sévère quand il convient ; toujours compatissant; donnant par ses abondantes largesses et son humanité envers les pauvres, la plus haute idée de ses vertus

Saint Grégoire veut que ces qualités soient vraies, profondes ; l’évêque doit rester conséquent avec les doctrines qu’il prêche. « La prière est vaine si la conduite est mauvaise. » Aux temps où nous sommes, ajoute le Pontife, ne confions le pouvoir qu’à ceux sachant se préoccuper, non seulement des âmes, mais aussi de la défense des intérêts temporels des peuples

Il faut, en un mot, des hommes qui puissent, en présence de l’iniquité triomphante, s’écrier fièrement, comme saint Hilaire de Poitiers s’adressant à un empereur arien : « Je suis évêque. » Episcopüs sum -0.

Tous, évidemment, sont loin de répondre à cet idéal ; au milieu d’une époque aussi troublée, dans des régions où régnent des Ghilpéric, des Frédégonde, les passions mauvaises font leur œuvre et amènent sur le siège épiscopal de mainte cité, des sujets indignes, violents, grossiers, courtisans des rois.

Néanmoins, si l’Orient se glorifie des Athanase, des Jean Chrysostome, des Basile, des Grégoire de Nysse et de Naziance pour ne citer cju’eux, on peut ici avec Godefroy Kurth [Les orig. de la civil, moderne, t. II, p. 106) saluer : u Ce noble et auguste aréopage que composent les Germain de Paris, les Césaire d’Arles, les Remi de Reims, les Nicet de Trêves, les Sulpice de Langres, les Grégoire de Tours, les Avitus de Vienne, les Nizier

17. Acclamations du Peuple suisse demandant saint Gall pour évêque [Act. ssLTLct. Bolland.., de S. Gallo, coiifessore, § 103, LV, p. 876).

18. G. Soll. Appolin., lib. II, Epist., X ; Hesperio, op. cit., t. I, p, 172-173.

19. S. Greg. Opéra, Epist. lib. XI, epist., LI ; lib. X, epist., LXII, t. II, p. 1138 et 1086 : « Nonsolumde salute animarum, verumetiam de extrinseca subjectorum utilitate et cautela sciât esse sollicitus. »

20. De S. Hilario Episcop. Pictor. in Gallia. Act. sanct. Bolland , II, p. 64 et sqq. Quelle activité montre le corps épiscopal, il y a dix-huit conciles particuliers tenus dans la seule ville de Tolède en trois siècles.

l’action de l’église

de Lyon, les Didier de Gahors, les Léger d’Autun, les Éloi de Noyon, les Ouen de Rouen, les Remacle de Tongres, les Arnoul de Metz, les Cumbert de Cologne. »

Pour civiliser les sociétés barbares il est nécessaire, ajoute cet éminent auteur, que de tels hommes s’appuient sur un clergé en majorité digne d’eux, et l’on doit « reconnaître la valeur d’une armée qui faijt une si belle conquête. »

L’évêque protecteur des faibles, des orphelins, des veuves^^, visite chaque année son diocèse afin de défendre les opprimés, employant même l’autorité de la puissance royale pour réprimer les excès de ceux que ne fléchissent pas ses prières et ses remontrances En effet, les petits ne peuvent rester en butte aux injustices des grands, c’est la tradition des conciles

Il n’est donc pas surprenant de rencontrer partout des pasteurs intrépides s’opposant aux entreprises injustes du fisc ; organisation oppressive empruntée à Rome et perfectionnée encore, si cela est possible, entre les mains des Wisigoths, ou des rois mérovingiens. « La propriété est alors abandonnée sans pitié à l’arbitraire royal », et Bathilde, devenue régente, s’empresse d’adoucir le sort des contribuables, car, disent les historiens, (( plusieurs aiment mieux laisser mourir leurs enfants que de les nourrir, parce qu’ils voient les exactions fiscales croître avec leur nombre'^. »

21. « Circa pauperes opulentus, circa orphanos pater ; circa viduas maritus, oppressorum sublevator, mœrentium consolator, non sibi sed omnibus vivons, fîdeliter promissa complebat... » {Act. sanct. Bolland., Vita A. Bernardi {vel Barnardi), Episc. Viennensis, sect. 9, III, p. 159).

22. Concil. Arelatense VI (ann. 813), can. XVII (Mansi, XIV, p. 61) : « Le soulagement des pauvres et des oppressez estoit encore une raison de grands poids, pour exiger des Evesques ces fréquentes visites de leurs diocèses. Car ils se rendoient coupables et devenoient eux-mesmes en quelque façon complices de toutes ces oppressions, si ayant et l’obligation et le pouvoir d’y remédier, ils ne le faisoient pas» (Thomassin, op. cit., P. III, 1. II, chap. LXVIII,§ 4, t. II, p. 364).

23. Concil. Aschaïmense (763?), can. X : « De viduis et orphanis adrnoneri oportet, ut sive calumnias potentium effîcientur » (Mansi, XII, p. 669).

24. Fahlbeck, La Royauté et le droit royal Francs, in-8, 1883, chap. III, et chap. IV, p. 134 et 171 : « Parmi les traditions romaines, le gouvernement des Mérovingiens n'en connut pas de plus précieuses que celles de la fiscalité. Il ne laissa perdre ni un nom d’impôt, ni un moyen de recouvrement » (Ozanam, La civ. chrét. chez les Francs, étud. germ., op. cit., t. IV. chap. VIII, p. 353 ; G. Kurth. Les orig. de la civil., op. cit., chap. IX, t. II, p. 87).

25. Dom Pitra, Vie de saint Léger, op. cit., chap. VIII, p. 134.

JoO HISTOIRE DE I-A CHARITÉ. III® PARTIE. CHAPITRE I®’’

Cette intervention constante et souvent efficace de l’épiscopat donne lieu à ces légendes populaires montrant les chaînes de prisonniers brisées par la seule prière des évêques et des saints. Lorsque ces légendes nous parlent de la délivrance miraculeuse des détenus, il est question le plus habituellement de captivité pour dettes envers le trésor.

Il suffit de citer un de ces gracieux récits : Un jour, saint Germain, évêque de Paris, passe par Avallon venant d’Autun, il apprend avec douleur que les prisons sont remplies de débiteurs du fisc. Touché de compassion, il prie le comte Nicaisede donner à ces malheureux la liberté sous caution. Le comte refuse. Alors le vénéré Pontife, sans même attendre la fin du repas, va se prosterner la face contre terre, à la porte des cachots où gémissent tant d’infortunés, et demande à Dieu de lui concéder la grâce qu’il ne peut obtenir de la dureté des hommes. Ses larmes touchent la miséricorde divine ; un ange vient ouvrir la porte et rompre les fers des captifs.

Le roi, informé de ce fait, accorde aux débiteurs la remise entière de leurs dettes 26.

La présence d’un évêque, en une localité déterminée, suppose que la civilisation n’est pas complètement éteinte sous les flots de l’invasion. Il y a au v® siècle, et postérieurement, des contrées ramenées à la barbarie ; d’autres n’ont jamais reçu les lumières de l’Evangile. Il faut, pour atteindre ces âmes encore païennes, des missionnaires sachant vaincre tous les obstacles et pousser le dévouement jusqu’au martyre.

L’Empire des Francs a ses évêques, l’apostolat des moines convient à la Germanie et aux peuples anglo-saxons. Le but à atteindre est difficile sans être au-dessus de leurs forces disciplinées.

« Les origines du christianisme, écrit H. Beaune 27^ forment l’épisode le plus héroïque de l’humanité. Partout l’Eglise applique

26. Act. sanct. Bolland.,XlX; Vita S. Germ., cap. III, § 19, p. 772 : « L’invasion franque améliora la condition des décurions, en les déchargeant de la solidarité en matière d’impôts, dont le recouvrement fut désormais confié aux Comtes » (H. Beaune, Introd. à l^étud. hist. du droit coutuin. français, liv. II, chap. II, sect. L% § I", p. 149).

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