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L’ÈRE DES PERSÉCUTIONS

g 1er — situation des chrétiens au milieu de ' ' la société païenne.

Au début de la prédication évangélique Dieu choisit les plus faibles, les plus vils, les plus méprisables selon les maximes du monde pour confondre ce qui est réputé grand et puissant par la sagesse humaine : « Et infirma mundi, et contemptibilia elegit Deus, ut confundat fortia « (I. Epist. B. Pauli ad Corinth.^ I, 27-28).

En Palestine, comme dans les provinces de l’Empire, c’est parmi les humbles et les petits que se rencontrent les prémices de la chrétienté, il ne faut pas croire cependant que ces tenuiores forment à eux seuls l’Eglise naissante; des membres de l’aristocratie romaine, en particulier, goûtent à cette doctrine; on compte des fidèles jusque près du trône des Césars h

Domitien fait trancher la tête à son cousin le consul chrétien Flavius Clemens, et exile, pour cause de religion, de nobles femmes de la même famille Flavia.

Qu’il s’agisse d’ailleurs d’esclaves ou de patriciens^ la lourde atmosphère païenne, qui pèse sur la société, oppose aux conversions des entraves multiples Les premiers ont à redouter le

1 . « Le recrutement du christianisme n’aurait eu lieu, durant un long temps, que dans les classes infimes de la société ; telle est l’idée régnante dans beaucoup d’esprits, et que le retour à la véritable histoire, à la critique digne de ce nom peut seul déraciner. » (Dom Guéranger, Sainte Cécile et la société romaine, in-4, chap. p. 6-7. Rome souterraine, par Spencer Northcote et Brownlow, trad. par Paul Allard, in-8, 1872, liv. I®’’, chap. II, p. 45).

2, Une esclave est traînée devant le tribunal ; « Pourquoi lui dit le juge, pourquoi, étant esclave, ne suis-tu pas la religion de ton maître? » Question naïve dans son inconsciente immoralité, ajoute M. Allard, question bien romaine aussi : telle

pouvoir arbitraire de leurs maîtres, tandis que les seconds restent emprisonnés par les liens étroits existant entre les cérémonies du culte officiel et les actes de la vie ordinaire ou des fonctions publiques.

Tous sont exposés aux colères brutales de la foule égarée, (( ignorantibus subjicitur et imponitur »,qui accuse les fidèles de mille infamies monstrueuses ; les rend responsables des calamités générales ou locales, et fait retentir trop souvent ce cri sauvage : « Les chrétiens au lion^. »

Des esprits éclairés, Pline le jeune, Trajan, par exemple, reconnaissent-ils l’inanité des accusations de la plèbe, proclament-ils la pureté de la vie des disciples du Christ, intervient alors une prétendue raison d’Etat, et un rescrit du Prince condamne à la peine de mort tout fidèle dénoncé et qui refuse de sacrifier aux dieux, « si deferantur et arguantur puniendi sunt^. »

Plus tard, le régime des édits impériaux prescrivant la recherche des membres de l’Eglise multiplie les victimes

Les patriciens sont particulièrement l’objet de la dédaigneuse colère des juges devant lesquels ils comparaissent. Une noble origine est alors un crime et l’accusé semble d’autant plus coupable que son rang est plus élevé. Ce rang fait paraître étrange et impardonnable aux yeux des idolâtres l’abandon des vieilles croyances

est l’idée que les anciens se faisaient de la conscience des esclaves (Paul Allard, Histoire des persécutions, 5 vol. in-8, 1885-1890, t. chap. IV, § 2, p. 234. — Ouvrage magistral auquel nous aurons maintes fois l’occasion de renvoyer le lecteur).

3. « Si Tiberis ascendit in mœnia ; si Nilus non ascendit in arva ; si cœlum stetit ; si terra movit, si famés, si lues, statim : christianos ad leonem. » (Tert. Apolog., XL; Migne, I, p. 479-480).

4. G. Plin. Cœcilii secundi, Epist., X, xcvii-xcviii. « A partir de ce moment, le christianisme est déclaré formellement : religion illicite ; la raison d’État sert de prétexte à l’injustice et la légalité couvre la violence » (Abbé Freppel, Cours d'éloq- sacrée, 1858-1859, leçon, p. 44.)

« Arrêt évidemment contradictoire, écrit Tertullien, Trajan nous déclare innocents en défendant qu’on nous recherche, et nous déclare coupables en ordonnant qu'on nous punisse ; il épargne et il sévit, il dissimule et il condamne. Quelle étrange inconséquence » (Tertul., Apolog., II; Migne, I, p. 273).

5. Septime Sévère lance le premier, en 202, un édit contre la propagande chrétienne, permettant aux magistrats d’agir d’office en dehors de toute accusation émanant d’un particulier » (Paul Allard, Hist. des persécutions, op. cit., t. II, chap. II, § I®', p. 55 à 66).

6. E. Le Blant, La richesse et le christianisme à l’âge de la persécution, in-8,

l’ère des persécutions

Quant à la matrone convertie, essayant d’arracher son époux à une vie de débauches, elle court le risque d’être dénoncée par lui

De Néron (ann. 64) à l’édit de Constantin (ann. 313) des persécutions sanglantes attendent les fidèles. Elles sont espacées d’une manière très irrégulière ; on rencontre, durant ces deux siècles et demi, des périodes de calme plus ou moins longues. L’Église met ces trêves à profit pour réparer ses pertes et se préparer à de nouveaux combats

Il faut toujours penser à cette situation précaire, à ces obstacles sans cesse renaissants, lorsque l’on étudie les efforts des chrétiens en vue de : reconstituer la famille ; réhabiliter les pauvres ; créer des œuvres d’assistance. Selon la charmante expression d’Étienne Chastel [op. c«L,liv. II, chap. VII, p. 282): « La charité est partout, quoique son enseigne ne soit nulle part ; semblable à ces sources cachées qu’on ne devine qu’à la. fraîcheur et à la fertilité qu’elles entretiennent sur le sol. »

§ 2. — La famille chrétienne.

Les apôtres s’attachent à purifier la famille, cette cellule vivante, sans laquelle aucune société ne peut prospérer. Ils enseignent à tous que le mariage est un sacrement, un grand sacrement : « Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Christo et in Ecclesiâ » [Epist. B. Pauli ad Ephes.., V, 32.) En conséquence, le lit nuptial doit être sans tache : « Torus immaculatus » [Epist. ad Hebr., XIII, 4.)

II faut, continue saint Paul, que la femme ne se sépare pas

p. 8 (Ext. Revue archéolog., avril 1880). — « Comment, dit le magistrat à Valé rien et à Tiburce (époux et beau-frère de sainte Cécile), vous qui par votre naissance avez droit au titre declarissimes^ pouvez-vous avoir dégénéré de votre sang jusqu’à vous associer à la plus superstitieuse des sectes » (Dom Guéranger, op. cit., chap. XVI, p. 379.) Consulter : Acta sanctæ Agathæ {Act. sanct. Rolland.., IV, p. 621); Passio S. Quintini {Act. sanct. Rolland., LXI, p. 781). Plus tard, Julien l’Apostat fera un crime à Athanase d’avoir baptisé des femmes grecques de noble condition {Œuvres, édit. Talbot, in-8, 1863, Lettre VI, p. 360).

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