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CHAPITRE II

humanitaires du jeune Monarque, Louis XVI, et propose les mesures les plus utiles.

Cet homme de bien, ce médecin éclairé s’appelle Colombier; il est Inspecteur général des hospices civils et des maisons de force du Royaume 49 .

Les liasses des Archives Nationales (série F15) renferment de nombreux rapports de ce praticien éclairé, rédigés avec le plus grand soin, remplis de vues judicieuses ; en les lisant on peut se rendre compte de l’heureuse influence exercée par lui sur l’ensemble de nos établissements d’assistance.

L’attention de l’Inspecteur se porte sur toutes les parties du service : régime intérieur ; mode de traitement des aliénés ; aération et salubrité des bâtiments ; coucher et nourriture des malades ; tenue des carnets de visites médicales ; comptabilité ; danger des emprunts sous forme de rentes viagères, etc. 50.

C’est à cet Inspecteur que l’on doit, en 1785, une instruction relative au traitement des aliénés; elle indique, au seuil de la Révolution, les projets à la veille de s’accomplir.

Voici une analyse forcément sommaire de ce document du plus vif intérêt 51 .

49. Almanach Royal de 1788, p. 122. — Inspecteur général des hôpitaux civils et des maisons de force du Royaume, M. Colombier , conseiller d’État, Docteur- Régent de la Faculté de Paris; Censeur Royal, etc., rue de Grenelle, fauxbourg Saint-Germain ( Almanach royal de 1789, p. 122-123).

50. « Ce Commissaire et Inspecteur général, écrit Clavareau, doué de toutes les qualités que requérait cette importante fonction, portait la lumière jusque dans les plus petits détails de toutes les maisons de secours, recherchait et indiquait la source des abus de toute espèce, éclairait à cet égard la bienfaisance du gouvernement et provoquait toutes les mesures de réforme et d’amélioration. »

( Mém . sur les hôpitaux civils de Paris , in-8, an XIII, p. 189.)

51. « Une instruction rédigée et publiée par ordre de Louis XVI, et dont Colombier était l’auteur, traça pour la première fois, en 1785, les règles du traitement des aliénés dans les asiles publics. » (De Gérando, op. cit ., t. IV, p. 406-407.)

Un rapport de Doublet sur le dépôt de mendicité d’Ensisheim (Alsace) nous montre Colombier, tombé malade à Colmar, en cours d’inspection, au mois de juin 1789, et une brochure publiée le 25 août de la même année par un sieur Lambert contient le passage suivant : « M. Colombier, inspecteur général des hôpitaux civils qui vient de mourir. »

A notre époque, où les thèses de médecine sont souvent des travaux historiques, nous souhaitons de voir un jeune étudiant relever dans cette série F15 des Archives, les nombreux rapports de Colombier et mettre en lumière les améliorations importantes qu’il préconise.

Ce sujet serait digne des recherches d’un futur médecin et constituerait une contribution intéressante aux données que nous possédons déjà sur la science française en matière d’hygiène hospitalière.

« Instruction sur la manière de gouverner les insensés, et de travailler à leur guérison, dans les asyles qui leur sont destinés. in-8°, 44 p. A Paris, de l’Imprimerie Royale MDGGLXXXY. »

Il est essentiel de disposer convenablement, dit cette Instruction (p. 9), les lieux destinés à recevoir les malheureux privés de raison ; ces lieux sont de deux sortes, les uns affectés au traitement, les autres devant recevoir ceux qui n’y sont pas soumis.

Pour les premiers des divisions s’imposent : furibonds ; insensés tranquilles ; fous convalescents 52 .

« Il faut que les salles soient très aérées et éloignées du feu ; que chaque malade couche seul, et qu’il y ait dans le voisinage un lieu destiné aux bains. »

« Les personnes chargées du soin de ces infortunés doivent être singulièrement choisies, puisque leurs fonctions exigent en même temps une grande force de corps, de l’humanité, de la présence d'esprit et de l’adresse ; qualités difficiles à réunir et encore plus à conserver longtemps dans un emploi aussi essentiel »

Si les premiers soins semblent ne point donner de résultat immédiat, il ne faut pas pour cela désespérer de la guérison « car l’expérience démontre qu’il arrive souvent des révolutions heureuses chez ces individus, qui reviennent entièrement à la raison au moment où on s’y attend le moins » (p. 11).

Les localités affectées aux déments et les soins qui sont pris doivent donc concourir « ensemble au soulagement, à la guérison et à l’amélioration de l’état de ces malades ».

« Il faut y pratiquer des promenades qui leur procurent la douceur et la liberté de respirer un air libre ; car quelqu’insensés qu’ils soient, la plupart de ces infortunés ont l’intelligence de leur captivité, et le sentiment des douceurs qu’on leur procure : ces promenades doivent être ombragées pour éviter qu’ils s’exposent au soleil » (p. 12).

Chaque corps de logis doit former un carré dont le centre

52. « Si les liens sont quelquefois nécessaires, il faut du moins leur ôter ce qu'ils ont de cruel et d’humiliant; les mauvais traitemens et principalement les coups doivent être regardés comme des attentats dignes d’une punition exemplaire » (p. 9).

est la cour et les quatre côtés des bâtiments élevés d’un seul étage ; une galerie couverte régnant à l’intérieur de cette cour. « 11 est bon que chaque loge ait son lit composé d’une couchette solide, scellée dans le mur ; d’une paillasse remplie de paille d’avoine ; d’un traversin de même qualité et d’une couverture ; on peut attacher au lit quelques anneaux de fer, en cas de besoin » ( même document , p. 13).

Des divisions multiples sont nécessaires; un corps de logis étant destiné aux imbéciles, un second aux fous violents, un troisième aux fous tranquilles ; et un quatrième enfin à ceux qui ont des intervalles lucides d’une certaine durée (p. 14).

Le régime alimentaire a une importance particulière. Pour boisson habituelle « une décoction d’orge, édulcorée avec la réglisse, et acidulée avec la crème de tartre ». Le vin à titre exceptionnel; « l’eau de vie étant infiniment pernicieuse, on ne saurait en souffrir dans les départemens affectés aux aliénés » (p. 15-16).

De la viande deux fois la semaine ; « les autres tems une nourriture composée de légumes cuits à l’eau et au beurre, tels que les carottes, les concombres, l’oseille, la chicorée, les fèves et les lentilles, en observant toutefois de ne pas donner deux fois par jour des légumes farineux. » Quant au pain, une livre et demie par jour; « pour ceux qui refusent les aliments solides une pinte de lait. » « Il est nécessaire du reste que chaque insensé suive le régime qui lui convient le mieux conformément à l’avis journalier des médecins » (p. 16).

En vue de conserver la santé ou de la rétablir, il est indispensable de tenir ces malheureux suffisamment et proprement vêtus. « Qu’on leur donne donc une chemise blanche tous les huit jours ; aux hommes et aux femmes, une robe longue, fermée par le bas; aux uns et aux autres une camisole nouée par derrière avec des rubans de fil, un pantalon large dans le genre de celui des matelots et un bonnet d’homme. »

« Les insensés retenus dans leur loge devront avoir, au lieu de pantalon, une demi-jupe de toile comme celle des brasseurs et des boulangers. Ce genre d’habillement infiniment plus difficile à ôter peut convenir à tous les insensés, et avec une surveillance suffisante, on évite qu’ils ne l’enlèvent mal à propos ou qu’ils le déchirent » (p. 17).

L’Instruction entre dans cent détails sur les traitements à appliquer selon la nature de la maladie mentale : frénésie, manie, mélancolie, imbécillité. Bien des médicaments recommandés ne font plus partie de la pharmacopée moderne ; l’ellébore y joue un grand rôle. Néanmoins l’ensemble des règlements prescrits marque un pas considérable dans la voie d’une médicamentation rationnelle de la folie à tous ses degrés.

A cettê fin du xvme siècle, la France, sous le rapport de la théorie du moins, n’a rien à envier aux autres Nations. Tous les travaux de Tenon, de Pinel, d’Esquirol, ont leur base assurée par les observations, les vues judicieuses, les sentiments généreux de l’Inspecteur des hôpitaux civils du Royaume. Colombier mérite bien de sa Patrie et de l’Humanité.

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