CHAPITRE XII
constatations, font de nouveaux sacrifices 46 ; seize Prêtres de la mission peuvent partir, suivis bientôt de Filles de la Charité.
De toutes parts la désolation est immense47. On ne voit cpie des malades ; Saint-Quentin compte 7 à 8.000 pauvres mourant de privations 48. « La famine est telle, disent les Relations , que des hommes mangent la terre, broutent l’herbe, arrachent l’écorce des arbres, déchirent les haillons dont ils sont couverts, pour les avaler... Ils se mangent les bras et les mains et meurent en ce désespoir. »
Situation analogue en Picardie, à Reims, Rethel, Sedan, Vaucouleurs, etc. Rien n’arrête les Fils de saint Vincent. Pendant la première année de leur mission la dépense atteint trois mille livres par mois.
Un Prêtre de la Mission, choisi h cet effet, va de côté et d’autres prendre des renseignements précis , il règle les allocations selon le nombre et l’état des pauvres et des malades ; rend compte ensuite à son Supérieur, lequel, à son tour, tient, chaque semaine, les Dames de la charité au courant du bien réalisé et des nouveaux sacrifices qu’il est nécessaire de faire.
Les autorités religieuses et civiles des localités secourues rendent un légitime hommage à ces hommes dévoués dont le
46. « A ces nouvelles, le Saint résolut de tout entreprendre pour secourir ses frères. Quelque refroidie que fût la charité par le malheur des tems, il fit de si grands efforts, qu’il la ranima, et la mit en mouvement. Les Dames de son Assemblée, qui sous sa conduite étoient prêtes à faire l’impossible pour soulager la misère du prochain, furent les premières à qui il s’adressa ; et quelque épuisées qu’elles fussent, soit par les aumônes immenses qu’elles avoient envoyées en Lorraine, soit pour la dépense énorme qu’elles faisoient depuis douze ans en faveur des Enfans trouvés, elles crurent que dans une occasion si urgente, ne pas donner des alimens à une multitude, que la faim dévoroit, c’étoit en quelque sorte lui donner la mort » (Collet, op. cil ., I, p. 481).
47. « Il y a un très grand nombre de pauvres gens de la Tiérache, qui depuis plusieurs semaines n’ont point mangé de pain, n’ont pas même de celui qu’on fait avec du son d’orge, et qui est la nourriture des plus riches. Ces malheureux n’ont eu pour vivre que des lézards, des grenoüilles, et l’herbe des champs. Les plus considérables habitans de quantité de villes ruinées sont dans une honteuse nécessité. La pâleur de leur visage annonce assez leurs besoins, il les faut assister secrettement, aussi bien que la pauvre noblesse de la campagne qui, privée de pain et réduite à coucher sur la paille, a encore honte de mandier ce qui lui est nécessaire pour vivre : et d ailleurs à qui pourroit-elle le demander, puisque le malheur de la guerre a mis partout une égalité de misère? » Collet, op. cit., I, p. 483-484).