‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 124 sur 149 · SECOURS SOUS FORME DE TRAVAUX PUBLICS ATELIERS DE CHARITÉ; FILATURES · texte numérisé non relu

SECOURS SOUS FORME DE TRAVAUX PUBLICS ATELIERS DE CHARITÉ; FILATURES

§ Ier. — L assistance au moyen de travaux publics temporaires.

Dans le quatrième volume de notre Histoire de la charité (Ire et 2e partie) nous étudions : les maisons de travail ouvertes chez les divers peuples ; les galères ; l’organisation de travaux de voirie pour occuper les mendiants et les prisonniers ; les établissements affectés au renfermement des pauvres, etc.

Il faut parler maintenant de l’assistance sous forme de travail temporaire en présence de situations économiques critiques.

La solution de cette question préoccupe de tout temps les esprits . Mac Farland préconise vivement dans ses intéressantes recherches sur le paupérisme, « l’utilité de fournir, aux frais du public, de l’ouvrage aux pauvres lorsqu’ils manquent d’occupation 2. » Cet auteur passe en revue diverses propositions

1. Consulter : Christian Paultre ; Camille Bloch; Paul Ardascheff, op. cit., Édouard Cormouls-Houlès, L'assistance par le travail. In-8, xxm, 870 p. Paris, Rousseau, 1910. Dans une note de son chap. iii, p. 149, cet auteur veut bien rappeler la division de notre Histoire en cinq périodes. Toutefois l’analyse qu’il donne renferme certaines appréciations dont nous lui laissons toute la paternité. Voici le texte : « 2° Les premiers siècles de l’ère chrétienne pendant lesquels l’Église, vierge encore , dans la pureté de ses origines , de toute idée d'àcôté, couvre le monde de ses fondations, et, secondée par les Empereurs, suscite des lois favorables aux humbles et aux pauvres, sans faire de ses établissements des nids de

propagande contre le pouvoir civil établi » Les lignes en italique appartiennent

en propre à M. Cormouls-Houlès, cuique suum.

2, «... Et iceulx prisonniers, qui de riens ne servent, estre enferrez et mys en subjectiQn le plus seurement que faire ce pourra, deux ensemble par telz endroitz de leurs membres et aisément de leurs corps qu’ilz verront estre à faire pour le mieulx, pour, ce fait, estre baillez et livrez par les Prévost et Eschevins aux maistres des euvres, tant de maçonnerie que charpenterie d’icelle Ville qui ont la charge et conduitte des murailles qui de présent se font à l’entour d’icelle, pour iceulx prisonniers estre mys à servir et besongner à toute diligence, tant à la reffection des d. murailles, curer et nettoyer les fossez, rues et esgoustz, que en tous

faites à ce sujet : achat par les paroisses et les villes de matières premières que doivent mettre en œuvre les ouvriers sans travail ; dessèchements de marais, etc. 3.

Une ordonnance qui complète le Placard du 3 janvier 1338, relatif à la ville de Bruxelles, veut que les maîtres des Pauvres les excitent, et les forcent au besoin, à quelque travail ; chacun selon ses forces, ses aptitudes et ses goûts « soit à enlever, au moyen de brouettes, ou autrement, les boues dans les rues, soit à aplanir et nettoyer les remparts; soit à battre la laine, à tourner la meule à aiguiser...4. »

A Tolose , en 1362, le Parlement enjoint « de faire roolle et vérification de tous les mendians, et d’employer les valides aux réparations publiques, s’il y a lieu, ou autrement, de manière à leur donner le moyen de vivre en travaillant selon leur pouvoir et leur force. » (Bouchel, op. cit . , II, p. 911).

L’an 1602 les Prévost et eschevins de la ville de Paris fournissent « pelles, pics et hottes » pour les ateliers publics. Les hommes et femmes, « raséz pour être reconnus, reçoivent par jour deux pains de 16 onces chacun et un sol » (3-21 mars. Félibien, tome III des preuves, p. 183).

L’an 1683 la cité Rouennaise renferme de 4 à 5.000 indigents. « Un fabricant de bonneterie offre, par charité, d’employer ceux qui sont dans le besoin, sans retenir autre chose que ses avances. Il propose, en outre, de faire l’apprentissage des enfants, à charge qu’on lui donne un lieu convenable pour y assembler les pauvres et qu’on lui fournisse les ustensiles et outils nécessaires. »

Cette même année Louis XIV « fait commencer différents ouvrages » dans les Provinces afin « de procurer les moyens de

autres ouvraiges et besongnes publiques » (Arrêt du Parlement, 23 février 1516,

Registre des délibérations du Bureau de la ville , I, n° GCGXL, p. 227). Conférer : même ouvrage III, n° GGLV (GCIV), p. 244-245, année 1551, travaux de la porte Montmartre. ,

3. Recueil des Étah. d'humanité , op. cit. (nos 8, 11, 15, 17 et 20 (VIII), chap. v, p. 434-448.

4. Doc. parlem., Belges, op.cit I, p. 353. Conférer : un article des Études. Yves

de la Brière, L assistance par le travail à Paris au début du XVIIe siècle, n° du 5 avril 1903, p. 24 à 43. . ;

Voir Édits ; François Ipr et Charles IX : Impositions pour faire travailler les pauvres aux fortifications. Félibien, op. cit ., t. III des preuves, p. 284-285 et 297.

ATELIERS DE CHARITÉ

gagner leur vie, à ceux qui ont la volonté de s’employer aux travaux dont ils sont capables. » Ce Monarque ouvre à Paris des « Hasteliers publics » et veut que les mendiants valides ne restent plus à rien faire ( Déclaration , 16 avril 1685) 5.

Toutes ces mesures concernent particulièrement les vagabonds, les fainéants; pour trouver des ateliers publics ouverts à toute une partie de la population, momentanément sans ouvrage, il faut arriver au milieu du xvme siècle.

§2. — Les Ateliers de charité de V ancien Régime [XVIIIe siècle).

« Les remuements de terre » figurent au nombre des remèdes que Turgot applique, dans la généralité de Limoges, au soulagement des populations qu’éprouvent les disettes.

Il n’est point le seul à agir ainsi et grâce à cette intervention éclairée des Intendants, le pays se couvre d’un réseau de routes. Chaque année une somme est mise à leur disposition sous le nom de fonds de charité ou fonds de travaux de charité , elle est destinée « à occuper les pauvres à des travaux utiles pendant les saisons mortes6 ».

Les ateliers organisés dans l’Intendance de Tours, en 1770, procurent un salaire quotidien à plus de trois mille individus. Du Cluzel écrit au Contrôleur général, le 19 mai 1770, qu’à son avis aucun procédé ne donne des résultats plus heureux. Il préfère de beaucoup ce mode d’assistance aux distributions de riz, « car il fournit aux malheureux la faculté de se procurer leur subsistance, les entretenant dans l’habitude du travail et leur en inculquant même le goût puisque l’on y admet les enfants. » C’est à cette institution que l’Intendant attribue le calme qui

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