‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 125 sur 149 · De Boislisle, Corresp., op. cit., I, n° 162, p · texte numérisé non relu

De Boislisle, Corresp., op. cit., I, n° 162, p

Conférer : Arrêt de la Cour de Parlement, 29 mai 1693 ; ouverture des Hastelliers publics ; défense de mendier et de vagabonder durant les heures fixées pour le travail.

Buchalet (op. cit ., p. 129) observe qu’au début les ateliers de charité organisés par les villes au moment de perturbations économiques, « demeurent essentiellement temporaires et strictement limités à la durée même de la crise qui les a fait naître. » Leur existence ne dépasse pas parfois deux ou trois semaines.

6. Conférer : Ardascheff, op. cit., p. 231 et suivantes, p. 351 et suivantes. De Boislisle, Correspondance , op. cit., tome III, n° 369, p. 126. Misère à Amiens.

règne partout en dépit de la disette (Ardascheff, op. cit., p. 232- 233) 7.

Turgot, une fois au pouvoir, donne une impulsion considérable à ces ateliers , son règlement paraît le 2 mai 1775 ( Œuvres , op . cit., II, p. 454-462) : « Le Roi pense que le moyen le plus sûr de soulager les habitans des villes et des campagnes les moins aisés est d’établir des ateliers de charité dans les cantons ayant souffert de la médiocrité des récoltes » et de les employer à ouvrir des routes nouvelles, à perfectionner celles qui existent et à réparer les chemins de traverse.

Les Intendants se trouvent chargés de procurer des renseignements précis sur la situation des diverses localités de leur région de manière à déterminer le nombre d’œuvres à former et les sommes nécessaires. « On sent bien, ajoute le règlement royal, qu’il n’y a guère que les remuements et le transport de terres, de cailloux et de graviers, qui puissent être l’objet de ces ateliers parce que ce sont les seuls travaux qui puissent être exécutés par toutes sortes de personnes 7 8. »

Le Règlement, probablement inspiré de celui publié à Limoges 9, entre dans les détails les plus minutieux, relatifs à la conduite et à la direction des travaux ; à la police des ateliers ; à la dis-

7. « Les archives de la commune de Pin-de-Balma nous montrent que pendant l’hiver 1751-1752 les paysans des environs de Toulouse se portèrent en foule dans ces ateliers, heureux d’échapper ainsi à la triste nécessité de demander asile à la Grave. Sera pour mémoire, à ceux que ces présentes verront, écrit le curé du Pin, que l’année 1751 ayant été très stérile, aucun des habitants n’ayant eu la semence, les menues grains, légumes et millets ayant totalement manqué, soixante-six vieillards ou enfants de la paroisse se réfugièrent à l’hôpital de la Grave. Le reste était à la veille de mourir de faim , lorsque la divine Miséricorde suscita la piété de MM. de la Ville de Toulouse , lesquels délibérèrent d'abattre la grande terrasse qui étoit auprès des Carmes ; de cette manière tous mes paroissiens vécurent, et ceux des paroisses voisines à dix lieues à la ronde » (Buchalet, op. cit., p. 132).

8. « Ainsi, dans les parties de chemin qu’on entreprend, s’il se rencontre des travaux plus difficiles, et qui exigent des bras plus exercés, il sera nécessaire de charger de leur exécution les entrepreneurs ordinaires des routes, et de payer ces entrepreneurs sur d’autres fonds que ceux destinés aux ateliers de charité. » (. Règlement , § 2.)

9. « Les instructions de Turgot relatives à la formation des ateliers de charité

dans la généralité de Limoges ont été perdues Ce qui rend cette perte moins

regrettable, c’est que, selon toute apparence, les instructions se trouvent reproduites dans celle du 2 mai 1775, pour l’établissement de la régie des ateliers de charité dans les campagnes » ( Œuvres de Turgot, op. cit., t. II, p. 37 en note).

ATELIERS DE CHARITÉ

tribution des tâches, à la manière de payer les travailleurs, etc...

« La floraison des ateliers de charité entre 1775 et 1789 nous est attestée par un grand nombre de documents », écrit Camille Bloch ( op . cit ., p. 207).

Nous les trouvons établis dans presque toutes les Provinces. Rouillé d’Orfeuil, intendant de Champagne, adresse au Contrôleur général, en 1775, la proposition d’établissement de 43 ateliers de charité; il est question de routes, de chemins; de dessèchement de terres inondées ; de nivellements et plantation de remparts (Vitry-le-François, Sézanne, etc.). L’ensemble des opérations s’élève, en prévision, à la somme de 86.450 livres.

Fonds accordés par le Roi 65.000 1.

Sommes offertes par les intéressés. . 21.450 1. 10

Car le gouvernement n’accorde en général son concours que si l’intendant peut recueillir préalablement des cotisations émanant de particuliers, de seigneurs ou de communautés d’habitants 11 .

Dans certaines villes, ces institutions sont, même au début, purement municipales. Elles ne reçoivent aucun secours des pouvoirs publics, l’intendant se borne à limiter les dépenses. Tout indigent qui, à Toulouse, ne peut présenter un certificat de résidence est exclu de ces travaux .

Cette assistance, considérée généralement comme utile, donne cependant lieu à certaines critiques. Les remuements de terre exigent des bras robustes, alors que les êtres faibles prédominent trop souvent. Ces travaux ne peuvent guère être entrepris durant la mauvaise saison. Des individus mal nourris, recevant une paye modique, accomplissent leur tâche d’une manière défec-

10. Archives de la Marne , t. II, série C, 3023 (Voir aussi, mêmes archives, t. II, série G, 2871-2873, p. 178-179) : « Les Consuls et habitants de la Gruyère (La Gruère) demandent à l’Intendant d’approuver leur délibération portant établissement d’un Bureau de charité et un emprunt de mille livres, destiné à l’emploi des pauvres en état de travailler pour la réfection des chemins ». L’Intendant approuve. Archives de la Gironde. Le subdélégué de Marmande à l’intendant 1778. Série G, n° 598.

11. Conférer : 1° Camille Bloch, op. cit., p. 264. Ce mode de procéder était déjà employé par Terray en 1770. Même ouvrage, p. 384 et suivantes, intervention des Assemblées provinciales au sujet des Ateliers de charité. 2° Fage, La vie à Tulle , op. cit., p. 367.

tueuse. Ces réunions d’hommes, de femmes, d’enfants, encouragent la dépravation des mœurs 12.

Néanmoins, malgré les inconvénients inhérents à leur nature même, les ateliers de charité restent en grande faveur à l’aurore du mouvement de 1789. Le 2 décembre de l’année précédente, nous voyons « les Prévôt des Marchands et échevins de la ville de Paris » en faire l’éloge dans le style emphatique de l’époque 13 : « Lorsque toutes les mesures d’une sage prévoyance ne peuvent surmonter les contrariétés des saisons, lorsque les dispositions les plus actives luttent infructueusement contre la supériorité des obstacles, échouent contre la persévérance des intempéries ; alors la bienfaisance attentive, inépuisable, crée des ressources, les oppose aux rigueurs des éléments conjurés, ouvre les bras à l’indigence et joint la douceur des consolations à l’efficacité des secours. Le pain est pour cette classe innombrable, dont il assure l’existence, ce que les récoltes sont pour les cultivateurs. ..

« Vous voyez que les circonstances, quelque difficiles qu’elles soient, ne sont point un obstacle à l’expansion de la bienfaisance de notre Auguste Monarque, et de celle de son Administration, lorsque rien ne l’empêche de recevoir et de communiquer constamment ce caractère à tout ce qui émane d’elle.

« ... C’est à la Magistrature Municipale qu’est confié le soin honorable et touchant de faire tourner au profit de la chose publique le résultat de ces dispositions bienfaisantes. »

12. « Par là il est possible de constater une fois encore combien le rôle de la royauté, en matière d’assistance, diffère dans les pays d’États et dans les pays d’élection. C’est seulement à la veille de la Révolution que la royauté donnera à ces ateliers communaux une consécration officielle. L’arrêt du Conseil d’État du 1er novembre 1788, en ordonnant aux villes de pourvoir à la subsistance de leurs pauvres, viendra en confirmer et en légitimer la création » (Buchalet, op. cit., p. 128-129). De Gérando, op. cit., t. IV, 3e partie, liv. I, chap. iv, p. 28. « Quand la déclaration du Roy, concernant le renfermement des mandians auroit eu son exécution, je ne proposerois point de les employer à défricher et à cultiver les landes; des hommes amollis dans le libertinage et loisiveté ne scauroient sacoutumer à une sage et pénible agriculture » (Me/n. du subdélégué de Bazas, nov. 1743. Arch. de la Gironde , série C, 2420).

13. Ordonnance qui règle les dispositions préliminaires relatives à l’établissement des Atteliers de charité accordés par le Roi, pour procurer du travail et des secours pendant l’hiver 1788 à 1789. In-4, 4 p. Paris, Nyon, 1788.

« Les travaux sont de la nature de ceux qui exigent le moins d’expérience et d’adresse, tels que les ouvrages de terrasse, les déblais et remblais... », p. 3.

« Dans la crise de 1788, tout Lyon concourt à l’œuvre des ateliers de charité » (Levasseur, Hisl. des classes ouvrières , 2® édit., t. II, Liv. VII, chap. vm, p. 744).

ATELIERS DE CHARITÉ

L’ordonnance municipale décide « que le salaire de la journée ne devant avoir pour objet que de fournir aux besoins de la vie, le prix le plus fort soit réglé à dix-huit sols, et fixé à son taux inférieur par gradation, à 15, à 12 et à 10 sols, tant pour les ouvriers que pour les veuves et les enfants. .. »

Cette question du salaire est d’une grande importance ; il doit permettre de satisfaire aux besoins les plus urgents du travailleur. Celui-ci à son tour est tenu d’employer toute l’intelligence et l’activité qui dépendent de lui. Il peut donc être utile d’augmenter l’allocation en raison du travail produit14.

Les dispositions varient à l'infini à ce sujet, selon la nature des travaux, les ressources centralisées et le prix de la vie dans les diverses localités.

§ 3. — Les ateliers de charité durant la période révolutionnaire 15.

Dès l’année 1789, Paris est envahi par une multitude d’ouvriers étrangers à la Ville, fauteurs de troubles, demandant de l’ouvrage tout en se montrant désireux de ne rien faire.

La Municipalité se préoccupe constamment de renvoyer ces individus dans leur lieu d’origine; trois sous par lieue leur sont alloués ; mais, à peine rendus à destination, ils refluent de nouveau vers la Capitale. Leur nombre est d’au moins 21.000 en octobre 1790 16.

14. En Bourgogne on propose « de païer à la toise cube de déblais et remblais ». I Molard-Monceaux-Demay, Dép1 de l’Yonne. Pi'ocès-verbaux de l’administration départementale de 1790 à 1800. Tome 1er, p. 212. § LXXXIX, 1788. Ateliers de charité.)

15. Consulter en dehors des ouvrages précédents : A. Tuetey, L'ass. pub. à Paris pendant la Révolution , t. II. Ateliers de charité et de filature, 1789-1791. — A. Tuetey, L'admin. des ateliers de charité , 1789-1790. Rapport de Edme Plaisant. In-8. Paris, 1906 (ce rapport va d’octobre 1789 à octobre 1790).

16. A. Tuetey, nos 32, 45, 49, 50, 51, 52, 53, 70, du 23 août 1789 au 17 octobre 1790. A Dieppe, 6 janvier 1790, on est effrayé de la formation projetée d'un atelier considérable d’ouvriers envoyés de Paris pour travailler à un canal » (Tuetey, op. cit., n° 39). A Joigny on redoute l’arrivée de 3.000 ouvriers devant creuser le canal de Bourgogne (Tuetey, 11 octobre 1790, n° 68, p. 158-159). Voir également : n° 74, Yonne, 11 novembre 1790 ; n° 76, 13 novembre 1790; n° 91, 19 mai 1791, p. 197-198. Cormouls-Houlès, op. cit ., p. 193. Prarond, Les annales modernes d'Abbeville. In-8, 1860, chap. m, 1791, note delà page 68.

« Malgré toutes les tentatives des administrateurs placés à la tête du département des Travaux publics, pour endiguer ce flot montant, le nombre des ouvriers

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