CHAPITRE IV
Le jeu de la physionomie contribue à rendre compréhensible ces mouvements rapides. « Tandis que le sourd-muet gesticule, son visage prend successivement un air de doute, d’indifférence, de vénération, de crainte ou de menace. On peut dire qu’en général le signe exprime la forme des objets du monde extérieur et que le mouvement de la physionomie moule, au dehors, ce qui se passe au dedans de l’homme 12. »
Il faut joindre à ces méthodes la lecture de l’alphabet ordinaire, l’écriture, le dessin 13.
Ces moyens ne sont point les seuls. Quoique le sourd-muet de naissance ne puisse pas entendre les paroles prononcées, il voit le mouvement des lèvres, les dispositions successives de la bouche de celui qui parle ; de là un nouvel alphabet dit labial u.
Ce n’est pas une nouveauté. Dès 1776, l’abbé de l’Epée ( op . cit., p 155) déclare : « Le monde n’apprendra jamais à faire courir la poste à ses doigts et à ses yeux pour avoir le plaisir de converser avec les sourds et muets. L'unique moyen de les rendre totalement à la société est de leur apprendre à entendre des yeux et à s'exprimer de vive voix. »
Son contemporain, l’abbé Deschamps, d’Orléans, dans un ouvrage publié en 1780, considère que la méthode de la parole est la seule qui puisse atteindre le vrai but que l’on doit se proposer dans l’instruction de ces infortunés parce qu’il les met en communication avec le reste de l’humanité 15.
énergique, et présentant une flexibilité telle, que le sourd-muet pouvait désormais saisir facilement les nuances du style le plus imagé » (Martin Etcheverry, op. cit., VIII, p. 87).
12. A. Esquiros, Paris au XIXe siècle , in-8, 1847, t. Ier. Les sourds-muets, § 2. Théorie des signes, p. 420. Exemples de signes mimiques : « Charité. L’index se dirige vers le ciel, ensuite la main s’applique sur le cœur ; de là contre l’avantbras gauche placé horizontalement devant la poitrine ; puis le bras se déploie horizontalement de gauche à droite ; enfin, la main vient de nouveau s’appliquer sur le cœur.
Pitié. La main s’applique sur le cœur; en même temps, les yeux sont fixés tristement du côté gauche et la tête inclinée à droite» (De Gérando, op. cit., t. Ier, part, h, chap. ix, p. 583).
13. « L’abbé Sicard faisait un puissant usage du dessin dans son cours d’études ; un élève arrivait sans aucune notion du langage ; l’instituteur le plaçait devant un tableau noir et traçait à la craie l’image d’une chaise ; il liait en même temps par un geste l’image à l’objet, en montrant à l’élève le meuble qui était représenté. Il écrivait ensuite le mot chaise. . . » (A. Esquiros, op. cit., p. 429.)
14. De Gérando, op. cit., t. Ier, chap. xii, p. 262-263; partie II, chap. v, p. 439.
15. Abbé Jamet, Mêm. sur l'inst. des sourds-muets , in-8, 96 p. Paris, 1832, p. 16.
LES SOURDS-MUETS
Après la lecture sur les lèvres vient la prononciation des mots.
« Les organes de la parole, dit Bébian en 1819, ne sont pas autre- „ ment conformés dans le sourd-muet que dans les autres hommes : il ne parle point parce qu’il n’a pas entendu, et que sa langue ne peut imiter des sons qui ne sont point parvenus jusqu’à son oreille. Mais vous pouvez lui faire voir la position et le mouvement qu’il faut donner à la langue, aux lèvres et à la gorge : ces organes une fois convenablement disposés, la voix, qui les traverse en sortant du poumon, produit toujours le son désiré ; que celui qui le profère s’entende ou ne s’entende pas : c’est un instrument de musique qui répond fidèlement aux doigts de l’artiste16. »
Voilà après un long et pénible apprentissage notre sourd-muet qui lit la parole sur les lèvres de son interlocuteur et qui lui répond : Il nest plus sourd ; il n est plus muet.
« Ces infortunés, dit un de leurs instituteurs, restent de par la dure loi de leur naissance des invalides de la parole. Leur langage est plus ou moins correct, suivant leur intelligence. Pour les comprendre il faut parfois de la complaisance ; il faut les deviner un peu et pour cela le mieux est de les écouter avec son cœur 17. »
§ 2. — De quelques éducateurs d'enfants sourds-muets (XVP-XVIID siècles).
En dehors d’indications confuses applicables à divers personnages, l’Espagne est la première contrée où apparaissent d’une
16. A. Bébian, Éloge de Charles-Michel de VÉpée , in-8, 56 p., portrait. Paris, 1819, p. 17. « Cette double faculté de voir la parole et de la mouler par les lèvres, sans en entendre le son, est celle qui restitue totalement les sourds-muets à la société. En forçant le mutisme à déposer son silence et la surdité à ouvrir une oreille acquise. . . » (A. Esquiros, op. cit ., p. 438.)
17. F. Deltour (op. cit., p. 9) donne cette citation du professeur Dupont. La méthode ancienne des signes est actuellement abandonnée partout et au congrès international de Milan, en 1880, l’assemblée acclame « la parole ». La pensée des premiers éducateurs des sourds-muets est ainsi réalisée. Consulter aussi tous les rapports de mon excellent ami, O. Claveau, actuellement décédé. Voir le résumé de ses travaux dans Ad. Bélanger : Oscar Claveau, Inspecteur général des étab. de bienfaisance. Sa vie, son œuvre. In-8, 12 p. Paris, 1905.
façon précise, des éducateurs d’enfants atteints de surdi-mutité dès leur naissance, ou avant l’âge des premières connaissances.
Au xvie siècle le moine Bénédictin Pedro Ponce de Leon, mort en 1584, enseigne à des sourds-muets : la parole, l’écriture, le calcul, la prière, les dogmes chrétiens. Ses élèves se confessent de vive voix; ils sont de noble extraction : fils, frères, sœurs de connétables, de gouverneurs de provinces, etc.
Plusieurs historiens confirment ces succès dont l’humble religieux fait remonter l’honneur à San Juan Bautista y San Inigo 18.
Les manuscrits du dévoué bénédictin disparaissent, on est donc réduit aux conjectures touchant les méthodes qu'il utilise pour obtenir de pareils résultats. Son exemple porte toutefois des fruits19. En 1620 paraît l’œuvre d’un Aragonais, Juan Pablo Bonet, sous le titre de : « Reduccion de las letras y arte para ensehar a liablar los mudos. »
Cet ouvrage renferme les germes des principaux procédés employés plus tard. « Il met en œuvre, dit de Gérando, les signes du langage d’action, l’écriture alphabétique, la dactylologie et l'alphabet guttural ; il ébauche l’enseignement grammatical d’après une méthode inductive » ( op . cit., t. Ier, part. II, chap. Ier, p. 312-320).
L’idée fondamentale de Juan Bonet consiste à mettre le sourdmuet en état de discerner et de reproduire les lettres de l’alphabet et de réduire ces lettres à leurs éléments les plus simples. Il emploie à la fois la prononciation artificielle et l’alphabet manuel.
Ses élèves appartiennent aussi à de riches familles et sont en très petit nombre 20.
18. Hervàs y Panduro, op. cit., tom. I, part. II, cap. vi, § 150, p. 297-305. De Gérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. ier, p. 308-309. « ...But it was in Spain the land of noble exceptions, that the first systematic attempt to consider the deaf and dumb as rational beings, and to show that they were capable of articulate speech, wasmadeby Pedro de Ponce, a Spanish monk, at Sahagun, and confessor to the King. This benevolent ecclesiastic in 1570, instructed four deaf and dumb pupils in speech... » [Report of the royal Commission on the Blind, the Deaf and Dumb. London, 1889, p. ii).
19. « Perecieron los manuscritos de Ponce : mas no por esto pereciô la invencion de su Arte, à la que debemos las conquistas que continuamente se hacen de Sordomudos para el bien de la sociedad y de la religion. .. » (Ilervâs y Panduro, op. cit., tom. I, part. II, cap. vi, § 155, p. 305).
20. Il faut citer également Ramirez de Carrion, qui se faisait, paraît-il, entendre des sourds-muets en leur parlant au sommet de la tête après les avoir fortement
LES SOURDS-MUETS
En Angleterre nous trouvons John Wallis, professeur à Oxford, qui, vers 1660-1661, réussit à faire prononcer des paroles articulées à de jeunes sourds-muets. Sa méthode se compose de quatre éléments : « l’écriture, la lecture, l’alphabet manuel, l’induction logique aidée des exemples et des gestes, mais seulement ceux dont l’enfant a l’habitude. Il ne semble point avoir tourné son attention vers la lecture de la parole sur les lèvres21. »
Vient ensuite un Suisse, né à Schaffouse (1669), établi comme médecin à Amsterdam, Jean Conrad Amman, mort à Wariminden, 1724. Il cherche dans les procédés mécaniques de l’articulation artificielle le moyen d’instruire ses élèves, leur apprenant à lire et à écrire. Ce professeur, qui publie un traité ayant pour titre : surdus et mutus loq uens (1692), prétend même réussir à enseigner en moins de deux mois la lecture sur les lèvres ! La science confine ici au charlatanisme 22.
Néanmoins, écrit O. Claveau : « en somme le nom d’Amman doit rester grand entre tous dans l’histoire du développement de la méthode orale 23. »
L’Italie nous fournit les noms de divers professeurs s’occupant de traiter cette grave question de la surdi-mutité : Fabrizio d’Aquapendente (Padoue) ; F. Lana-Terzi, jésuite (Brescia). En dehors de ces travaux théoriques Pierre de Castro, premier méde-
purgés. Ce sommet de la tête était aussi frotté avec un onguent. « Y sucede el efecto admirable de oir el sordomudo con claridad la voz que de niugun modo podiaoir por los oidos » (Hervas y Panduro, op. cit., t. I, part. I, cap. n, §§20, 25).
21. Hervâs y Panduro, op. cit., tom. I, part. 11, cap. vi, § 164, p. 315. Goguillot, op. cit., p. 43 ; Kismann Gray, op. cit., chap. vii, § 5, p. 166-167. Cet auteur ajoute : « Wallis had had predecessors in Spain, and was followed by several investigators, including Sébastian Truchel, a Carmélite Monk, who in 17l8inventedan ingenious acouslicdrum, which he presentedto the Academy of Science at Paris. »
22. Il publie un second traité : dissertatio de loquelà surdorum et mutorum. (1700). Voici ce qu’écrit l'abbé de l’Épée au sujet de ces deux derniers instituteurs (Bonet et Amman). « On accuse M. Amman de plagiat, comme n’ayant fait que copier des auteurs plus anciens. S’il m’est permis de dire ce que j’en pense, je ne trouve aucune difficulté à croire que M. Amman l’ait inventé en Hollande, M. Bonnet en Espagne, M. Wallis en Angleterre, et d’autres sçavants dans d’autres pays, sans avoir vu les ouvrages les uns des autres... (ouv. cité, 1776, chap. X, p. 192).
23. Goguillot, op. cit., p. 43. En Hollande Fr. Mercure Van Helmont vivant à la même époque prétend aussi être parvenu, en trois semaines, émettre un sourdmuet en état de répondre aux questions qu’on lui adressait, mais il était nécessaire qu’on lui parlât lentement et la bouche ouverte (de Gérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. ii, p. 340-341).
cin du duc de Mantoue, instruit, dit-on, le fils du prince Thomas de Savoie"'4. Joignons à cette nomenclature Antonio da Ravenna, moine cistercien, et Frederico Sanvitale, jésuite25.
Il ne faut point omettre saint François de Salés qui, ayant à son service un malheureux sourd-muet nommé Martin, réussit à lui enseigner la doctrine chrétienne, les mystères de la Religion, ainsi que les règles de la morale 26.
En Allemagne, un médecin, Jean-Rodolphe Gamerarius, s’occupe de guérir la surdité. Le P. Gaspard Schott, de la Compagnie de Jésus, écrit sur ce sujet intéressant ; Kerger, habitant la Silésie, essaye, dès le commencement du xvme siècle, d’appliquer les procédés connus avant lui. Il accorde une place prépondérante au langage tout en signalant les avantages de la pantomime , dans laquelle il trouve les éléments d’une langue universelle27.
La méthode d’Amman passe jusqu’en Livonie. Le pasteur Georges Raphel, professeur à Rostock, commence l’éducation de ses trois filles, sourdes-muettes. L’aînée, morte à 20 ans, sait parler, lire ; ses connaissances excitent l’admiration de tous 28.
Le premier Institut allemand s’ouvre à Leipsick en 1778, sous la direction du célèbre Samuel Heinicke, fils de paysans, soldat, instituteur à Dresde, qui entreprend (1750) l’instruction d’un enfant atteint de surdi-mutité. De cette époque à 1790, il réussit à élever, avec succès, une centaine de ces infortunés. Ses procédés embrassent à la fois : la mimique, l’alphabet manuel et la parole, fondant sur le sens du goût la fixation des voyelles 29 .
Nous allons le voir bientôt se poser en détracteur de l’abbé de l’Epée.
Dans cette course vers le bien, la France n’apparaît qu’à la suite de l’Espagne, de l’Angleterre, de la Hollande.
24. De Gérando, op. cit ., t. Ier, part. II, chap. ier, p. 324 et suiv.
25. Primo congresso di beneficenza pei sordo-muti in Milano, 21-22-23 Aprile 1898. Storia délia beneficenza applicata ai sordomuti in ltalia (aw. Falcone di Palermo, allegato G., p. 128).
26. « Martin exprimait par signes jusqu’aux pensées bonnes ou mauvaises de l’esprit. » (Abbé Gaussens, op. cit., p. 8 à 11).
27. « Il semblerait donc avoir pressenti les vues qui de nos jours ont occupé les abbés de l’Épée etSicard » (De Gérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. m, p. 358).
28. De Gérando, op. cit,, t. Ier, part. II, chap. m, p. 360 et suivantes.
29. De Gérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. m , p. 377. Ivilian, op. cit., p. 6 à 11.
LES SOURDS-MUETS
Un juif Jacob Rodriguez Pereira (ou Pereire) 30, né dans l’Estramadure espagnole le 11 avril 1715 et dont les parents habitent successivement lé Portugal et la ville de Bordeaux, est, tout jeune encore, en quête déformations concernant les sourdsmuets car l’une de ses sœurs se trouve atteinte de cette cruelle infirmité.
Ses succès sont constants. Le 11 juin 1749, il présente à l’Académie des sciences de France le jeune Azy d’Etavigny, son élève, et plus tard (1751) un second pupille, Saboureuxde Fontenai. Les rapports favorables de l’Académie sont signés entre autres par Buffon 31 .
« Pereire nous apprend que la • Dactylologie ou l’alphabet manuel, forme la base essentielle de ses procédés ; c’est à l’emploi de ce moyen qu’il attache le plus d'importance, et sur son perfectionnement qu’il fonde ses principaux mérites personnels... Son alphabet manuel est en même temps fort simplifié, ce qui en rend l’exécution plus rapide. Chaque position des doigts désigne à la fois, d’une part, et la disposition et l’action des organes de la parole propres à produire un son ; et, d’autre part, le caractère ou les caractères que l’orthographe usuelle exige pour représenter ce même son » (De Gérando, op. cit ., t. Ier, part. II, chap. iv, p. 393-394) 32.
30. Ernest de la Rochelle, op. cit., Hervâs y Panduro, op. cit., t. Ier, part. II, cap. vi, art. IV, §. 166. De Gérando, op. cit., t. Ier, partie II, chap. iv, p. 383 et suivantes. Péreire, ancêtre des grands banquiers du xixe siècle, mourut le 15 septembre 1780.
31. « Lejeune d’ Azy d’Etavigny prononçait très distinctement quoique très lentement encore, les lettres, les syllabes et les mots et répondait de son chef verbalement et par écrit... » (La Rochelle, op. cit., chap. III, p. 48 et suiv.). Buffon, l’un des signataires des deux rapports, reproduit ces éloges dans son Histoire Naturelle. Kilian fait des réserves : « Il est à croire, dit-il (op. cit., p. 10) que pour Heinicke, Van Helmont et Ammam, quiconque ne parlait pas était un sourd. C’est ce qui explique la rapidité des résultats obtenus par eux, non avec des sourds de naissance, mais avec des enfants arriérés, des demi-idiots, des demi-sourds, comme d' Azy d'Etavigny, le fameux élève de Péreire, un enfant qui avait parlé peut-être jusqu’à l’âge de neuf ou dix ans. »
32. « Dans un programme publié en 1751, Péreire lui-même nous apprend qu’il divise son instruction en deux parties : la prononciation et l’intelligence. Il apprend aux sourds-muets, par la première, à lire et à prononcer le français, mais sans leur faire comprendre que quelques phrases des plus familières et des choses d’un usage journalier, etc., etc. Dans la seconde, il leur apprend tout le reste de 1 instruction... » (De Gérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. iv, p. 392).
Péreire se croyant attaqué par un émule nommé Ernaud, recourt une troisième fois à l'Académie des sciences, laquelle déclare « que dans les encouragements qu elle croit devoir donner à Ernaud, elle n'entend improuver, en aucune manière, la méthode de Péreire, ni rien diminuer des éloges antérieurs, qu’il mérite de plus en plus par ses nouveaux succès. »
En 1759 une jeune fille de neuf ans et demi, sourde-muette de naissance, iustruite par cet homme dévoué, adresse sans aucun autre secours que sa mémoire, un compliment au comte de Saint- Florentin. « Ma langue, dit-elle, qui doit à vos bienfaits l’usage de la parole ne cessera d’exprimer les vœux que je forme pour votre prospérité... 33 »
Ernaud, dont il vient d’être parlé, s’occupe de la partie philosophique de l’art et s’attache à développer autant que possible le sens de l’ouïe. Il est partisan déterminé de l’alphabet labial 34. C’est dans cet ordre d’idées que se place aussi l’abbé Deschamps, d’Orléans, qui consacre sa vie entière à l’éducation d’enfants du peuple ; son école reçoit à la fois des élèves payants et des pupilles admis à titre gratuit 35.
Le lecteur peut remarquer que l’éducation des jeunes sourdsmuets, depuis Pedro Ponce de Léon jusqu'à Ifodrigue Péreire, se borne à quelques rares élèves choisis avec soin et appartenant en général à un milieu éclairé.
Il est réservé à l’abbé de l’Épée de fonder des institutions ouvertes à tous les déshérités. C’est là son véritable titre de gloire.
33. Fréron, Année littéraire , lxxxv, 1767, t. V, lettre xi, p. 249 : « Jeune fille
de la terre de Châteauneut que la charité de ce ministre a fait instruire par M. Péreire... » ^
34. DeGérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. v, p. 432-435. « Nous en savons assez, continue cet auteur, pour voir qu’Ernaud et Péreire suivent réellement une manière differente, 1 un accordant à l’alphabet labial la prééminence que l’autre attribue à la dactylologie. » A conférer Berthier, sourd-muet : L'abbé de l'Épée sa vie , son apostolat, in-8, 413 p. Paris, 1852, chap. vin, p. 64.
35. De Gérando, op. cit., t. Ier, part. II, chap. v, p. 435-437.
LES SOURDS-MUETS
§ 3. — L'abbé de l'Épée et les Institutions affectées aux sourdsmuets à la fin du XVIIIe siècle 36.
Né à Versailles le 25 novembre 1712, Charles-Michel de l’Épée (ou de Lespée) se trouve amené, par la rencontre fortuite de deux sœurs sourdes-muettes dont l’éducation est interrompue à la suite de la mort du père Varin, à s’occuper de ce problème ardu, mais passionnant, de l’éducation des pauvres créatures ainsi privées du sens de l’ouïe.
Sans repousser l’idée de la lecture sur les lèvres, il donne la prééminence à l’enseignement par la méthode mimique ; son excuse est que, sans ressources, se consacrant aux enfants pauvres qui affluent autour de lui, le langage des signes lui semble préférable pour instruire ces élèves dont le nombre ne tarde pas à atteindre le chiffre de trente 37 .
36. Quelques ouvrages consultés et non encore cités : Abbé de l’Épée, Institution des sourds et muets ou recueil des exercices soutenus par les sourds et muets pendant les années 1771-1772-1773, avec les lettres qui ont accompagné les programmes de chacun de ces exercices , in-12, vin, 104 p. Paris, 1774 (collect. de l’auteur). Abbé de l’Épée, La véritable manière d' instruire les sourds et muets confirmée par l’expérience , par M. l’abbé X, instituteur des sourds-muets de Paris, in-12, xxiv-343 p. Paris, 1784 (réimp. de l’édition de 1776, coll. de l’auteur.) Abbé Fauchet, Orais. funèb. de Charles Michel de l'Épée, Inv. de la méthode pour l'inst. des sourds et muets de naissance , 23 février 1790, in-8, 51 p. Paris, 1790. Maignet, Rapp. et projet de décret sur l’org. des étab. pour les sourds-muets indigens , in-8, 39 p., 1793. (Convent. Nat.). Compte rendu à la Convention nationale de ce qui s'est passé à l'étab. des sourds-muets... pour servir de suite au rapp. de Maignet, in-4°, 4 p. et tableaux. Trois feuillets (sans date). Abbé Deschamps, Lettres à M. de Bellisle , pour servir de réponse aux observ. d’un sourd et muet, in-12, 47 p. 1780. F. Berthier (sourd-muet), Les Sourds-muets avant et depuis l'Abbé de l'Épée, in-8, p. 90. Paris, 1840. Valade-Gabel, Not. sur la vie et les trav. de Jean Saint-Sernin. Discours , in-8, 20 p. Bordeaux, 1844. F. Berthier (sourdmuet), L'abbé Sicard, in-8, 259 p. Paris, 1873. Statue de l’abbé de l'Épée , œuvre de Félix Martin. Compte rendu de l'inauguration, in-8, 79 p., une vue. Paris, 1879. Adrien Cornié, Étude sur l’inst. nat. des sourdes-muettes de Bordeaux, 1786-1889, in-8, 110 p., une vue. Bordeaux, 1889. Eugène Dubief, L'abbé de l'Épée et l'éducation des sourds-muets, in-18, 75 p. Tableaux, planches. Paris, Cerf, 1900. En ce qui concerne un exemple de lecture de la parole sur les lèvres, voir : Restif de la Bretonne, Les nuits de Paris , t. II, 3e partie, Londres, 1788, Lxe nuit, p. 599 et suivantes. (Bibliot. Nat., Y2 62, 165).
37. Plusieurs de ces élèves n’assistent aux leçons que deux jours par semaine, il faut donc une méthode facile. La lecture sur les lèvres est réservée par l’abbé de l’Épée à certains pupilles bien doués et assidus : « Je parle, dit-il, ayant les mains croisées derrière le dos, les personnes qui sont à côté de moi ne m’entendent pas ; car, en leur présence, je ne donne exprès aucun son, cependant mes sourds et muets, qui sont plus éloignés, vis-à-vis de moi, m’entendent par les yeux, et ils écrivent ce que je dis, ou le répètent de vive voix, si l’on veut... » (op. cit., 1776, 2e partie, p. 56-57). Voir aussi Deltour, op. cit., p. 6-7-47.