LES ENFANTS TROUVÉS
SECONDE SECTION
nourrir et de les garder de fortune » (de Beaurepaire, opuscule cité , p. 20).
Le 1er mars 1667 à Avallon, une femme sollicite la remise d’un pupille précédemment élevé par elle. La délibération qui approuve cet arrangement est inscrite sous la rubrique : « batard aumoné 23 . »
En général on passe au cou des pupilles des cordons, supportant des médailles ou numéros destinés à constater leur individualité. « Lorsque les nourrissons arrivent de l’Hôtel-Dieu à l’Aumône générale de Lyon, ils ont un lacet bleu avec une, plaque de plomb, sur laquelle est leur numéro; on leur met alors un cordon rouge et la plaque de plomb sur laquelle sont, d’un côté les armoiries de la Charité et, de l’autre, le numéro, qui s’imprime par le moyen des caractères que l’on arrange dans une boîte de fer, de façon qu’en frappant sur le poinçon au bout duquel sont les armoiries, les numéros se trouvent imprimés d’un côté et de l’autre les dites armoiries » (Rolle, Inv . cité, t. III, E. 131, année 1771, p. 347) 2L
Ces placements laissent parfois beaucoup à désirer ; les nourrices habitent des cabanes insalubres, recueillent un nombre trop élevé de pupilles. A Rouen a des femmes mues par la nécessité, ou l’intérêt, rassemblent chez elles jusqu’à dix de ces enfans, aux fins de se procurer plus d’aisance ; de manière que la réunion de ces individus précipite leur destruction, tant par l’air infecté qu’ils respirent, que par le peu de soins qu’ils
23. ErnestBlin, L'assistance de l'enfant à Avallon, Bull. soc. de V Yonne, 1904, p. 8. Mirabeau, dans son Ami des hommes ( Traité de la population , seconde partie, chap. vii, in-4, Avignon, p. 175), propose de donner des avantages aux cultivateurs qui recueillent ces enfants : par exemple des exemptions de milice pour leurs fils; des diminutions d’impôts, etc. De Bousmard, Mém. sur les bâtards , in-8, 67 p. , Metz, 1788, préconise l’adoption des enfants par des ménages auxquels on accordera 100 liv. annuellement jusqu’à 16 ans accomplis (p. 28, 29).
24. « Mandement de Mgr Reverseaux, Intendant de la Généralité de Moulins... Pour faire attacher au col des dits enfans un cordon de soye verte, dont les deux extrémités seroient fermées par un plomb portant un numéro gravé à l’avance et disposé de façon à recevoir l’empreinte d’un poinçon, au milieu duquel estime fleur de lys ayant pour légende le mot : Batard. » (Inv. Arch. Hôpital de Vichy , in-4, 1898, G. G. 18, année 1779-1788, p. 48).
reçoivent ; et le peu de repos dont ils jouissent 25 » (Arch. Nat.,
Ne voit-on pas aussi de ces femmes employer des substances dangereuses, des infusions, dites calmantes, en réalité mortelles ? 11 arrive également qu’il faut soustraire d’innocentes victimes aux mauvais traitements de véritables mégères 26.
D’une manière générale ces nourrices doivent présenter des certificats de moralité émanant des curés des paroisses ; des meneurs ou meneuses se chargent ordinairement de les recruter27.
Nous voyons mentionner des allocations sous forme de layettes et de petits vêtements ; trop souvent ces langes et hardes servent aux enfants des parents nourriciers, les haillons étant jugés bien assez bons pour le pauvre délaissé dont la pension est si maigre 28 .
25. « Chaque nourrice ne pourra avoir plus d’un enfant à allaiter, elle en pourra seulement avoir un autre à nourrir, de ceux qui ne seront plus à la mamelle. » ( Bèglem . du Bureau d'admission des hôpitaux de Rennes, in-12, 1781, art. 1er, p. 2).
26. Pour apaiserles cris des enfants certaines nourrices leur donnent de l'eau de pavot. Une femme est condamnée à mort à Laval (1779) comme : « sevreuse, empoisonneuse d’enfans. » « Convaincue d’avoir occasionné par sa négligence, ses mauvais traitemens et les différentes drogues qu elle leur avoit fait prendre, la mort de plusieurs enfans qui lui avoient été confiés. D’en avoir enterré plusieurs dans son cellier ; d’en avoir abandonné trois encore vivants sans aucun secours et d’en avoir conduit plusieurs à Paris, sans avoir rempli les formalités prescrites par la Déclaration du roi du 1er mars 1727... » [Arch. de la Mayenne , série B, n° 1119).
« Lettres Patentes de Louis XIV établissant l’hôpital des Enfans-trouvés de Bordeaux. Pour faire cesser l’inhumanité des matrones à qui la nourriture et la conservation des enfants sont confiées et qui, peu soucieuses de faire baptiser les enfants exposés remis à leurs soins, se préoccupent seulement de la recherche de nouveaux genres de mort qui ne laissent aucune marque extérieure sur le corps des victimes, et, cela malgré la vigilance des magistrats et la connaissance des peines qui peuvent les atteindre » (Hervieu, Inv. Arch. Bordeaux, in-4, 1885, série E. ii, E, i, 1714, p 45).
27. « Circulaire aux Curés leur recommandant de veiller sur les enfants placés en nourrice qui, mal soignés, reviennent souvent infirmes à l'hôpital, ou périssent misérablement » (A. Prud’homme, Inv. hosp. de Grenoble , in-4, 1892, série G, G1, xvme siècle, p. 141).
« Le certificat du curé fera mention de la confiance qu’on peut avoir dans la nourrice » (Rouen, Arch. Nat., F15, 232).
De Montlinot propose d’employer la maréchaussée pour surveiller les pupilles ( Observations sur les Enfans-trouvés de la généralité de Soissons, in-4°, 1790, P- 33).
28. A Lille, une banse, panier d’osier pouvant servir de berceau ; des banerons ou bandelettes d’étoffe; des couches de bure ou de laine grossière ; des langerons
Gomme il n’est pas toujours facile de se procurer des femmes disposées à allaiter ces nouveau-nés, on étudie de divers côtés les moyens d’arriver à un allaitement artificiel normal à l’aide du lait d’animaux. Les corps médicaux sont consultés 29.
Ges tentatives échouent : il faut tenir compte d’ailleurs des inconvénients qui résultent de l'agglomération de jeunes enfants dans un local exigu parfois mal aéré 30 .
Quoi qu’il en soit, un fait regrettable, signalé d’un bout de la France à l’autre, c’est l’excessive mortalité des pupilles 31 .
Voici quelques données statistiques empruntées à des régions différentes et montrant combien il survit peu d’enfants abandonnés dès leur jeune âge.
A Toulouse, d’après Buchalet ( L’ass . puh. à Toulouse , chap. vu, p. 95), la mortalité est fort élevée aussi bien à l’Hôtel- Dieu qu’à l’hôpital de la Graves
La mortalité constatée à Aix atteint le double de celle relevée pour les hôpitaux de Marseille ; sur 1961 enfants reçus à Marseille de 1768 à 1772 il en reste 879 de vivants au bout de cinq ans, alors qu’à Aix les chiffres durant la même période
ou langes; des béghins, collerettes de drap. « Des bayettes, pingnes, moucquenetz, chappeaux, paires de sorlerz et patins ; hupplandes. » (Desnoyers, Rapp . sur un document. . . concernant les dépenses faites par la ville de Lille pour les Enfans-trouvés aux XVe et XVIa siècles (Bull. Comité hist., 1856, n° 9).
29. Rapp. sur les moyens d'élever les Enf. trouvés , spécialement sur la nourriture et les alimens qui peuvent leur convenir au défaut du lait de femme , in-4, 92 p. Paris, 1780. « Tous les essais faits pour nourrir les enfans avec du lait d’animaux, de quelque qualité qu’il fût, de quelque manière qu’on le coupât, ou qu’on le fît prendre, ont été sans succès. Trente-deux enfans nourris de lait ont tous péri sans exception » ( Mémoire , hôpital d’ Aix , op. cit., p. 43).
Un auteur, M. de Gestas rêve cependant de voir des nourriceries où les enfants seraient élevés au lait de vaches ( Plan d'étab. à former sous la direction de la maison philanthropique de Paris... in-8, 1789).
30. Le Doyen de la Faculté de médecine et divers autres médecins, chirurgiens et matrones sages-femmes, consultés, ne sont pas favorables aux essais que l’on se propose, année 1679 (Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. 1511). Essais infructueux à Rouen « d’un hospice pour élever ces enfants avec du lait de vache ou autre nourriture » (Arch. Nat., F15, 232). Afin d’éviter des contagions toujours à redouter, l’allaitement par les chèvres est préconisé dans certains ouvrages, d’autres auteurs contestent l’immunité dont jouiraient ces animaux.
31. Mémoire sur les moyens d'élever les enfants trouvés, op. cit., 1780. Consultation de la Faculté de médecine de Paris en faveur des Enf. trouvés de l’hôpital d’Aix-en-Provence, imprimé pour la première fois en 1775, in-4°. Paris, 1780. Lettre sur les hospices de Niort, 1790, Arch. Nat., F15, 233, 1-2. A. Leroux, Les registres de Limoges , op. cit., p. 350.