CHAPITRE Yj
A Marseille (23 nivôse an 6), on reçoit ordinairement 15 enfants par décades et les décès égalent les naissances (Arch. Nat., F15, 307). « Les adolescens de Saint-Jean d’Angély, alaitésseulement avec un linge imbibé de lait des animaux, lorsque la pitié fait la charité, se déssèclient et périssent d'inanition » (3 floréal an 6. Arch. Nat., F15, 309).
De tous côtés les nourrices, non payées, menacent de rapporter les pupilles, alors que les hôpitaux sont hors d’état d’assurer l’existence de ces infortunés 39.
Les Administrateurs municipaux de La Flèche, 8 brumaire an 6, parlent avec douleur « de ces nourrices maigres et décharnées, que la compassion a excité à prendre soin des orphelins qui leur ont été confiés ; femmes malheureuses, à qui on fait attendre depuis plus d’un an, un salaire gagné au prix de leur sang. »
A Saumur, il leur est dû quinze mois de gages (14 novembre an 8. Arch. Nat., F15, 438), Même situation à Béziers (9 pluviôse an 8. Arch. Nat., F15, 433).
C’est en vain que des Lois, restant sans exécution , cherchent à remédier à un pareil état de choses 40, il est le même d’une extrémité à l’autre du territoire : du département de Jemmapes. au département du Mont-Blanc 41 .
39. Aurillac, 24 nivôse an 8. « Chaque jour voit périr les enfans que Tors expose’; les nourrices faute de payement nous rendent ces enfans, ou refusent de s’en charger, nous n’avons, pour soutenir momentanément leur faible existance,, que la ressource artificielle de leur faire succer une éponge imbibée de lait de chèvre ou de vache » (Arch. Nat., F1^ 372).
40. 5 messidor an 4. Arrêté du Directoire qui détermine un mode provisoire pour le paiement du salaire des nourrices et enfants abandonnés, élevés aux frais de la République (B. des Lois , IIe série, B. 54, n° 484). Loi du 27 frimaire an 5. Art. Ier. « Les enfans abandonnés, nouvellement nés, seront reçus gratuitement dans tous les hospices civils de la République. Art. IL Le Trésor national fournira à la dépense (B. des Lois, IIe série, B. 97, n° 914 q. Arrêté du 30 ventôse an 5, concernant la manière d'élever et d’instruire les enfants abandonnés; placement à la campagne, layettes, etc. (B. des Lois, IIe série, B, 114, n° 1097).
41. « Nous nous sommes empressés de jetter les 4.774 francs que nous avons touchés au devant du dernier désespoir de toutes les nourices de notre arrondissement, qui leur fait rapporter en foule les orphelins qu’elles soutiennent depuis deux ans aux dépens de leur propre et affamée substance. Ces tristes et malheureuses victimes, revomies du sein de la misère dans le gouffre plus affreux encore de la détresse de l’intérieur de l’hospice, y trouvent enfin, sous peu de jours, le sacrilège remède à tous les malheurs : la mort » (Hosp. de Domfront, 22 fructidor an 6. Arch. Nat., F15, 351).