‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 36 sur 149 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

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Voici quelques-unes des constatations douloureuses faites par John Howard, que l’on ne peut accuser de vouloir dénigrer systématiquement son propre pays ; son but est d’arriver à l'amélioration du sort des prisonniers. « Je ne crois pas, dit-il ( Introd.y du tome 1er, p. 5), devoir jouir de mon aisance et de mon loisir, en repoussant l’occasion qui s’offre de secourir les malheureux31. »

La plupart des prisons d’Ecosse consistent « en vieux batimens,. sales, remplis d’exalaisons nuisibles, sans cours, et presque tous privés des secours et commodités qu’on peut retirer d’un courant d’eau, d’une fontaine, d’un puits » ( Op . cit., II, p. 70).

Il y a d’ailleurs peu de prisonniers dans cette partie de la grande Bretagne. « Tout prévenu voit briser ses fers lorsqu’on le juge ; s’il est reconnu innocent, il est déchargé publiquement. » Aucun geôlier n’y reçoit de l’argent des détenus. Les femmes ne se trouvent jamais mises aux fers ( Op.cit ., II, p. 75)32.

A Dublin des prisons neuves ouvertes en 1779, s’élèvent dans une situation aérée ; elles ont des chambres plus commodes que les anciennes. Il n’existe pas de confusion des sexes.

Des actes du Parlement d’Irlande prescrivent des dispositions sages et dignes d’être imitées; mais, ajoute Howard (II, p. 88), « il ne faut point juger de la police d’une nation par ses loix. Un œil attentif découvre bientôt que la police des prisons est aussi défectueuse dans son exécution, qu’elle est recommandable en théorie. »

Autre abus, les personnes libérées de l’accusation qui les prive de liberté, demeurent enfermées jusqu’à ce qu’elles aient acquitté « les frais ou droits, qu'il est d’usage de donner au Clerc de la Couronne, aux Juges de paix, aux geôliers et guichetiers, le tout peut atteindre 42 livres tournois » (II, p. 89).

En ce qui concerne particulièrement l’Angleterre, Howard résume ainsi ses observations, (t.l, section I à III, p. 7 à 71).

31. « La réformation des abus nuisibles sera toujours un de mes objets ; mais pour y réussir j’ai cru devoir éviter les déclamations qui excitent la défiance et l’amplification qui énerve les faits qu’elle veut étendre. Je n’ai cherché qu’à être utile, non à être agréable, et à fournir un objet de conversation aux oisifs » (p. 6). Nous laisserons de côté les Bridewels ou maisons de correction ; les abus y fourmillent aussi (Howard, op. cil., section IV, p. 72 à 85).

32. « Le Tolboolh , à Inverness, n’a point d’âtre; c’est la prison la plus sale et la plus empestée qu’il y ait en Écosse » (II, p. 84).

PRISONS ET PRISONNIERS

Le mauvais état de la majeure partie des établissements pénitentiaires agit défavorablement sur la santé de ceux qui y sont •enfermés : « Entrés avec une santé florissante, peu de temps suffît pour les rendre des squelettes, sans force et sans activité. Quelquesuns, languissans sous le poids de leurs maux, renfermés dans de petites chambres sales et dégoûtantes, expirent étendus sur les planches, atteints d’une fièvre pestilentielle, ou d’une petite vérole confluente » (I. p. 7).

La nourriture est le plus souvent insuffisante ; la soupe consiste en pain bouilli avec de l’eau pure. Ne constate-t-on pas en -effet que la quantité de pain assignée aux détenus par les lois anciennes, est fixée non sur le poids mais sur la valeur ; « aussi à la fin du xvme siècle le pain d’un sou ne pèse plus qu’environ huit onces, au lieu de seize. La ration suit la diminution de la valeur du signe monétaire. »

« Howard remarque que, de son temps, le prisonnier consomme parfois à son déjeuner le pain reçu pour toute la journée. Cette allocation, inégale selon les Comtés, à peine suffisante eu égard aux besoins de la nature, est encore diminuée par l’avidité des geôliers ; [les détenus sont à demi-morts de faim avant leur jugement »j(I, p. 13).

L’eau fait défaut aux habitants de ces tristes asiles et est distribuée parcimonieusement. L’air est assez corrompu pour infecter les habits des visiteurs.

Des cachots souterrains, trop nombreux, ressemblent à des ^espèces de cavernes ; le sol ou le plancher, est humide ; « quelquefois il reste couvert d’un ou deux pouces d’eau et cependant la paille est jetée sur ces surfaces inondées ; car on rencontre rarement des bois de lits » (I, p. 15) 33 .

Howard se plaint également : du manque de cours intérieures, de l’absence de latrines, celles qui existent, mal tenues, exhalent une odeur insupportable ; de la réunion, en maints endroits, des débiteurs et des criminels. Tout est souvent confondu : hommes, femmes, jeunes enfants ! C’est une école permanente du vice.

33. A Westminster on ne voit « ni coucher, ni paille; plusieurs prisonniers ■sont presque nus, et n’ont ni bas, ni souliers, ni chemises » (Howard, Lazarets, ■op. cit., II. p. 18).

130 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. LIVRE IL. CHAPITRE Ier

Dans plusieurs provinces ont met les fers aux détenus des deux: sexes. Ces chaînes pesantes accablent les malheureux lors du. transport au siège des Sessions ; ils sont d'ailleurs forcés parfois, de faire une partie de la route à pied. Ces Sessions d’assises, peuvent n’avoir lieu qu’une fois par an, un innocent est en conséquence exposé à rester onze mois en prison (I, p. 33).

Le Parlement décharge bien les prisonniers des frais exagérés, qu’exigent les guichetiers, mais trop souvent l’avidité de ces. hommes est plus forte que la loi.

Howard n’hésite pas à proposer des réformes, à demander des règlements plus humains. Ses efforts ne restent point infructueux, et le Dr Julius peut écrire avec raison : « C’est de lui que datent en Angleteterre les tendances, alternativement plus fortes, ou plus faibles, plus ou moins efficaces, qui dirigent les esprits, vers l’amélioration des prisons et de leurs habitants 34. »

C’est à ce philantrophe que l'on doit les lois votées à partir de 1774 et destinées à assurer la salubrité des maisons de détentions35. Les Juges de Paix doivent visiter les prisons et rédiger des rapports sur leur état (1791). ;

Howard, est, sans contestation, un des grands bienfaiteurs de l'humanité.

3 1. Ala fia du xvme siècle, Jérémie Bentham propose lui aussi des mesures réparatrices énumérées dans son « Panoptique ». « Les prisonsjusqu’à présent, écrit-il, ont été un séjour infect et horrible, école de tous les crimes et entassement de toutes, les misères, que l’on ne pouvoit visiter qu'en tremblant, parce qu’un acte d’humanité étoit quelquefois puni par la mort, et dont les iniquités seroient encore consommées dans un profond mystère, si le généreux Howard, qui est mort en martyraprès avoir vécu en Apôtre, n’avoit réveillé l’attention publique sur le sort des malheureux, dévoués à tous les genres de corruption par l’insouciance des Gouvernemens » ( Panoptique , Mém. sur un nouveau principe pour construire des maisons de force... In-8, 56 p. Paris, lmp. nationale, 1791, p. 6).

35. D’ Julius, op. cit ., t. 11,2e leçon, p. 256. Voici la nomenclature des principaux acts datant durègne de Georges III (1760-1820) et relatifs à ce sujet :

13 Geo. III. 58. Act pour la célébration de l’office divin dans les prisons.

14 Geo. 59. Act pour préserver la santé des détenus.

19 Geo. III, c. 74. Act pour amender les lois relatives à la déportation et A l’emprisonnement .

22 Geo. III, c. 61. Act pour amender et rendre plus efficaces les lois concernant la discipline des prisons.

22 Geo. III. statut 2, chap. 51 et 55. Act pour expliquer plusieurs acts s’appliquant aux maisons de correction.

20 Geo. III. c. 67. Act pour rendre plus efficace l’exécution des lois sur les maisons d’arrêt, etc.

34 Geo. III, c. 84 (7 juin 1794). Act pour l’érection d’une maison pénitentiaire. Moreau-Christophe, Bapp. sur les prisons de V Angleterre, de V Écosse, de la

PRISONS ET PRISONNIERS

§ 3. — Les prisons de V ancienne France notamment au XVIII siècle.

Situation générale.

La situation des divers établissements pénitentiaires d’Europe laisse donc fort à désirer. Allons-nous trouver en France un état plus consolant? Hélas non. Ce ne sont pourtant pas les lois qui manquent. Coutumes et Ordonnances s’unissent pour prescrire des mesures favorables aux détenus. Mais oela est loin de suffire.

« Tous nos Cepiers aussi ceux de nos vassaux et Seigneurs haut-justiciers doivent avoir prisons raisonnables selon l’estât et qualité des prisonniers et les causes de leur appréhension... Si un Officier ou Seigneur haut-justicier traitte mal quelque prisonnier de vivres, prison vilaine ou autremeptjiors du train et termes de Justice, luy ou ses parens peuvent présenter requeste au dit Grand Bailly de Haynaut, comme Officier souverain pour y avoir provision. Lequel après information du mal traictement, et l’Officier sur ce ouy y pourvoyera selon qu’il trouvera convenir 36 . »

« Le Moyen justicier peut avoir prison fermée, ceps, anneaux, pour mettre et tenir en seureté les malfaicteurs et les punir si mestier est 37 . »

Un arrêt des Grands jours de Moulins, 16 octobre 1350, enjoint aux Seigneurs de tenir leur prison bien réparée et entretenue. Le geôlier doit y résider « si faute de ce les prisonniers s’échapent ils en sont responsables, tant au civil, qu’au criminel38. »

Sous Charles IX, aux États d’Orléans, injonction aux mêmes Seigneurs d’avoir des prisons sûres, d'autant qu’elles ne doivent servir que pour la garde des détenus; défense de construire descachots plus bas que le rez-de-chaussée 3i).

Hollande, de la Belgique et de la Suisse. In-4, Paris, 1839, p. 247. Conférer également : Dr Julius, op. cit . , t. I, p. 309, Du Cane, op. cit., p. 46.

36. Lois, Chartes et coutumes du noble pays et comté de Haynaut , chap. CVIII, i-xiv ( Grand Coutumier général, t. II, 1619, p. 46 à 166).

37. Coustumier du bailliage de Senlis, titre XI, art. CXI, 1539 {Grand Coutumier général, t. II, p. 716).

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