Code de Louis XV, 22 octobre 1729, p
11. Institution de l'Aumône générale de Lyon. 6* édition. In-4, 1662. chap. xnviii,
§ 2. — Des Confréries ayant pour but la visite des prisonniers.
Quand le Fils de l’homme, accompagné de tous ses anges, dit le Seigneur, viendra dans sa Majesté, il s’assiéra sur le trône de sa Gloire et toutes les Nations étant assemblées devant lui, il séparera les uns d’avec les autres, comme les bergers séparent les brebis d’avec les boucs...
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite, venez, vous les bénis de mon Père, posséder le Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du Monde, car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’ai eu besoin d’un abri et vous m’en avez donné un. J’ai été nu et vous m’avez revêtu ; j’ai été malade et vous m'avez assisté ; fai été en prison et vous êtes venus me visiter. In carcere eram, et venistis ad me.
Et les justes lui répondront, Seigneur..., Quand est-ce donc que nous vous avons vu malade ou en prison et que nous sommes venus vous assister.
Et le Roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, autant de fois que vous l’aurez fait à l’un des moindres de mes frères que voici, c'est à moi-même que vous l’aurez fait. Amen dico vobis : quamdiu fecistis uni ex his fratibus meis minimis, mihi fecistis. (Evang. secundum Math., XXV, 31-40).
Dès le commencement du Christianisme une des œuvres de Miséricorde est de visiter et de secourir les détenus, de les seconder dans leurs besoins spirituels et corporels.
« Puisque la Charité nous commande ces visites et que Jésus- Christ en parle comme d’une chose qui le regarde, écrit un pieux auteur du xvne siècle 12, le Chrestien qui porte la qualité et doit faire l'office d’une personne charitable ne peut pas s’en dispenser. Et pour s’en acquitter dignement :
« I. 11 doit compatir à la peine que souffrent les Prisonniers,
12. Le Chrestien charitable par R. P. Amable Bonnefons, de la Compagnie de Jésus. In-I2. Paris, 1676, chapitre m. Le chrestien charitable qui visite les Prisonniers ou Gallériens, p. 83-134.
SOULAGEMENT A LA SITUATION DES PRISONNIERS
et tascher de l’adoucir, ou par quelque aumône ou par quelque bonne parole.
« Imago Dei est benefaciens homo. En faisant le bien aux autres vous serez l’image 'de Dieu, dit Clément Alexandrin.
« II. Il doit les consoler, essuyant leurs plaintes par quelques saintes pensées qu’il peût fournir à leur esprit afin que sa consolation soit plus efficace.
« III. Il leur doit laisser quelque bonne parole en bouche, leur apprenant quelque oraison jaculatoire qu’ils puissent dire pour leur soulagement.
« IV. Il doit offrir à Dieu des prières, pour leur obtenir une généreuse patience à supporter l’incommodité d’une prison et le mespris qui l’accompagne 13. »
Tel est le programme des Membres des Confréries charitables voués au soulagement de ces infortunés privés de liberté.
Cette pieuse coutume est générale, les imposteurs eux-mêmes s’y conforment afin de capter la confiance publique :
Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,
Et priez que toujours le Ciel vous illumine.
Si l’on vient pour me voir, je suis aux prisonniers Des aumônes que j’ai, partager les deniers 14.
Il se rencontre même des personnes peu scrupuleuses qui, sous le manteau de la charité, se font complices des détenus et favorisent des évasions sous les prétextes les plus divers.
On sait de quel prestige jouissent au xvme siècle des chefs débandés: Mandrin par exemple. En 1767, alors que Montyon, est Intendant dans la généralité de Riom, un beau cavalier Taurin Montagnac, ancien mousquetaire noir , commence par détrousser les voyageurs, puis il s’associe à des contrebandiers et faux-
13. « L’Église, par l’organe de ses prédicateurs, recommande de secourir ceux dont l’existence et le salut sont menacés en même temps, et ses Canons infligent, pour avoir négligé de visiter les malades et les prisonniers, deux jours de pénitence au pain et à l’eau. » \lbert Rivière, La réforme pénitentiaire , Cong. scient, intern. des Catholiques, Paris, 8-13 avril 1888, t. II, p. 132-140.
Visite des prisonniers « atto di somma Carità, e dirô anche di Giustizia » (Muratori. Delta Carita cristiana. In-4. Modena, 1723, p. 301-308).
14. Molière, L'imposteur ou le Tartuffe . Acte III, scène ii.
sauniers, son prestige s’en accroît en raison de l’impopularité delà Ferme générale. Il est enfin arrêté et conduit à Clermont. « Les dames de la société Clermontoise, raconte Montyon, ont coutume de visiter les prisons, montrant des procédés pour les captifs et leur distribuant des charités. » « Comme, ajoute-t-il, de grands coquins bien faits et à moitié nus nous semblent généralement plus intéressants que d’autres, le nombre des visites augmente depuis l’arrestation de Montagnac et par fortune dans le cabat de provisions que lui porte une sensible auvergnate, le drôle découvre les clefs du geôlier. Il prend aussitôt celle des champs 15. »
Ceci c’est la parodie d’une belle œuvre, nous n’avons pas à nous y arrêter 16, de même que nous ne comptons pas énumérer les centaines de Confréries érigées dans les Contrées catholiques. Quelques-unes seront prises au hasard, et serviront de type.
A Rome l’archi-confrérie de la Charité remontant à l’an 1519, doit son origine au Cardinal Jules de Médicis, plus tard Souverain Pontife sous le nom de Clément VII. Ses œuvres principales, consistent en distribution de pain, de vivres, de médicaments aux détenus. Les prisons neuves, une fois construites, le champ de l’action des confrères s’étend.
Une autre Confrérie naît en 1575 ; au nombre de ses fondateurs ligure un Français, G. Tallier, appartenant à la Compagnie de Jésus. L'assistance des prisonniers, les secours aux galériens, la sépulture aux morts, telles sont les occupations principales de ses membres 17 . Le Père Tallier se trouve amené à constater les
15. Louis Guimbaud, Auget de Montyon , 1733-1820; d’après des documents inédits... In-8. Paris, 1909, chap. iv, p. 96-98.
16. Des mesures sont prises souvent pour éviter les abus. Arrêt de la Cour de Parlement, 18 juin 1717. « 10° Les Geôliers conduiront les personnes qui viendront faire des charités dans les lieux de la Pinson où elles désireront les distribuer, ce qu’elles pourront faire elles-mêmes sur le Préau, ou dans la Cour ; mais les aumônes ne pourront être distribuées dans les cachots noirs que par les mains du geôlier, en présence des personnes qui les porteront. » Ceci est la reproduction d’un règlement du 1er septembre 1717. Code Pénal , par des Essarts, Titre LI de la Police des Prisons , op. cit ., in-12, 1777, p. 404 et suivantes.
17. Nous avons parlé dans notre tome III de l’Archi-confrérie de Saint-Jeandécollé qui assure l’assistance des condamnés à mort. Voir : Fannucci, Trattato di lutte l'opere pie di Roma. In-8 1601. Lib. terzo. De pietate Romana lihellus. Auctore Th. Amydeno. In-12, 1625. Pars prima, cap. X. De Carcerum visitatione et
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besoins des condamnés et remplit souvent auprès d’eux le rôle de confesseur.
Le Monte di Misericordia de Naples compte au nombre de ses multiples fonctions la fourniture d’aliments dans les établissements pénitentiaires et les libéralités aux débiteurs incarcérés. La visite de ces infortunés est confiée à cinq membres qui doivent porter leur attention particulière sur les pauvres gens enfermés par d’avides créanciers et privés de tous secours humains 18.
L’an 1582 surgit à Florence une institution analogue, elle remplace une autre œuvre dont il est question dès 1335. Les statuts parlent de fourniture de lumière aux détenus; on leur procure aussi du feu en hiver.
Le Grand-Duc Léopold supprime ces associations (21 mai 1785) qui ne lui paraissent plus répondre aux buts de leur institution primitive. Il veut les fondre toutes en de vastes confréries de charité à établir dans chaque ville 19.
Les œuvres en faveur des prisonniers sont anciennes à Milan20 :
1° A la fin du xive siècle, Confrérie di Santa Maria in Porta Ticinese, composée d'hommes et de dames.
2° Compagnia dei protettori dei carcerati (1466).
3° Confraternita délia croce e délia Pietà dei carcerati in Milano (1586).
carceratum subventione , p. 96. Morichini, op. cit ., cap. VIII-XI, p. 752-772. Nuovi statuti délia ven., a rch. délia Pietà , de' Carcerati. In-4, Roma, 1785. Conférer divers actes Pontificaux ayant trait aux aumônes à faire aux détenus, etc. Jules III (1551); Pie IV (1560); Pie V (1568-1570) ; Sixte V (1585) ; Urbain VIII (1635) ( Bill larium Magnumk ces dates).
Consulter aussi : Constitutiones Ven. archic. Hieronymi charitatis de urbe cap. IV. In-4. Roma, 1694, p. 9 à 11.
18. « Deputô anco ne primi principii cinque suoi gentilhuomini che visitassero tutte le Carceri di questa Città et escarcerassero quei Poveri, che ritenuti per debito civile, destituti d’ogni aiuto e sconfidati delle propie forze attendono sola dalle Divina Misericordia qualche scorso » ( Statuti et instruttiôni per lo governo dei Monte di Misericordia... In-4, in Napoli, 1668, p. 50 et seqq. Autre édition, 1737, p. 67 et seqq.
19. Suppression également d’œuvres similaires à Pistoie. Luigi Passerini, Storia degli stab. di benef. di Firenze. In-8, 1853, p. 497. Luigi Bargiacchi, Storia degli islitutidi Benef. in Pistoia, vol. terzo. Firenze, 1884, p. 57.
20. Dott. Serafino Biffi. Sulle antiche Carceri di Milano. In-8, 1884, cap. Il, p. 95 à 121 ; cap. III, p. 122 à 252; cap. IV, p. 253 à 273; cap. V, p. 274 à 278 ; cap. VI, p. 289 et suivantes ; cap. VII, p. 317 à 369.