CHAPITRE IV
Les âmes généreuses trouvent toujours une aumône à faire pour cette œuvre si excellente. François Bosquet, intendant de Guyenne en Languedoc, puis évêque de Lodève et Montpellier, « sollicité par des personnes charitables de contribuer au rachat de l’un de ses diocésains demande à son valet de chambre de lui apporter trente écus qu’il compte avoir dans son secrétaire. Or il en a déjà disposé et le secrétaire est vide. Qu’à cela ne tienne dit Bosquet, voici deux flambeaux en argent, dont je n’ai que faire, qu’on les vende, je puis fort bien me passer de ces deux flambeaux tandis que ce pauvre esclave ne saurait se passer de secours » (Abbé Henry, in-8, 1889, p. 710).
En dehors de ces collectes les religieux des deux Ordres pensent qu’il faut frapper l’imagination des peuples au moyen de processions solennelles de captifs, justification, en quelque sorte, de l’emploi des sommes reçues. Dès le xve siècle ces processions s’organisent en France et à l’étranger 34. Les autorités civiles et ecclésiastiques favorisent ces pieuses et productives manifestations.
Le registre des conclusions du chapitre de la cathédrale de Ghâlons 35 nous en fournit un exemple.
Séance du 8 janvier 1759 « sur ce qui a été dit, par M. le Doyen, que les Religieux Trinitaires et de l’Ordre de la Mercy envoyés pour le rachat des françois esclaves en Barbarie, étoient arrivés en cette ville conduisant cinquante et un esclaves rachetés par eux et qu’ils désiroient venir processionnellement aujourd’huy en cette église et demandoient pour cela l’agréément de la Compagnie et qu’elle voulût bien fixer l’heure et régler le cérémonial à observer dans cette circonstance ; Messieurs ont consenti que la procession vînt à leur église et sur les deux heures après midy et ont arresté qu elle seroit annoncée par son
de ces Captifs protitaient immédiatement de ce fait pour élever sans mesure le prix de la rançon. Les religieux reéevaient des dons de toute nature ; ainsi en 1269, Thealdus, archidiacre de Liège, devenu le Pape Grégoire X, qui a chez Louis IX un dépôt de 24 marcs d’or, permet que s'il ne se rend pas à la Croisade cette somme soit employée au rachat des Captifs pour moitié. (Deslandres, op. cit., t. II, n°40, p. 61).
34. Deslandres, op. cit., t. Ier, 3e partie, chap. vin, p. 394-400.