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La cathédrale de Châlons est dédiée à saint Étienne

37. Conférer Germain, op. cit ., p. J 3 et suivantes. « Parmi ces captifs, dit-il, ainsi rachetés des mains des infidèles, s’en trouvaient plusieurs appartenant aux provinces méridionales. Mais il y en avait de presque toutes les régions de la France ; presque toutes nos villes maritimes pouvaient revendiquer leur part dans cette solennelle délivrance... »

38. « Le public est averti qu’il n’y aura que les Religieux des deux Ordres qui feront la quête durant les processions ; et on le prie instamment de ne confier les Aumônes qu’à eux seuls, afin de renouveller les fonds de l’Œuvre, épuisés par le présent rachat. On l’avertit aussi que depuis que les Captifs sont arrivés en France, diverses personnes, se disant autorisées par les deux Ordres, se sont répandues dans les maisons, pour recueillir des Aumônes en faveur des Captifs ; on prie le public de se tenir en garde contre de tels Aventuriers, ainsi que contre ceux qui courent les Villes et les Provinces, sous le faux titre de Captifs rachetés par l’un ou l’autre des deux Ordres » (Plaquette citée , 1785, in-fine. Une ordonnance (8 janvier 1753) édicte des mesures de répression contre ceux qui se font passer pour « maronites ou esclaves rachetés », et exploitent ainsi la charité publique.

breuses stations dans les couvents de l’Ordre et dans les églises. A Paris la plus célèbre et la dernière de ces cérémonies est du mois d’octobre 1785, elle dure trois jours et comprend 313 esclaves rachetés. Voici un aperçu de cette émouvante solennité :

Le lundi 17 octobre 1785, les religieux partent de leurs églises respectives à huit et neuf heures du matin et se réunissent à l’Abbaye Royale de S. Antoine ; « où étant arrivés, les deux Corps réunis, après l’Antienne du Saint chantée, et le Compliment fait à Madame l’Abbesse, au nom des deux Ordres, par un jeune homme, sortent processionnellement avec les Captifs, dans l’ordre qui suit :

« Deux Brigades du Guet à cheval ouvrant la marche, deux Capitaines, quatre Hautbois, huit Tambours, deux Fifres, deux Drapeaux de la Ville, deux Lieutenants, deux Sergens, vingt Gardes. Les bannières de chaque Ordre, deux Timbaliers, quatre Trompettes, quatre Hautbois, deux Bassons, les Suisses, les Croix et Chandeliers, Messieurs les Ecclésiastiques du Séminaire de Lisieux, les Bannières de la Rédemption, dont les cordons sont portés par des Anges.

« Les Çaptifs sur une ligne, accompagnés chacun de deux Anges, et portant l’Ecusson de celui des deux Ordres, à qui ils appartiennent ; ceux des Mathurins, avec des rubans rouges, et ceux de la Merci, avec des rubans bleus ; les Anges ont chacun à la main une banderole aux Armes respectives desdits Ordres.

« Dans toute l’étendue de la Colonne formée par les Captifs, se trouvent portés de distance en distance, par des jeunes gens, les Etendards ou Guidons de la Rédemption des deux Ordres.

« Immédiatement après les Captifs marchent : les Députés de chaque Ordre, pour la Rédemption, tenant chacun une Palme à la main. Deux Timbaliers, six Trompettes, quatre Cors de Chasse, huit Hautbois, quatre Bassons. Les Musiciens de chaque Corps, réunis sur deux lignes, et chantant alternativement avec les Enfans de Chœur, les Cantiques de la Délivrance.

« Les Religieux des deux Ordres, pareillement sur deux lignes.

LE RACHAT DES CAPTIFS

« Deux Officiers de F État-Major à côté des Supérieurs.

« Sur les deux ailes, s’avancent quatre sous-Lieutenants, quatre Sergents et soixante-douze Gardes de la Ville... »

Il y a parmi ces rachetés des hommes de tout âge, ayant subi quelquefois une longue captivité.

Si nous prenons pour bases les six Rédemptions de : 1720, 1725, 1754, 1758, 1765 et 1785, dont nous avons les prospect tus sous les yeux, les résultats sont les suivants :

Age des esclaves rachetés :

de 10 à 19 ans 26 \

20 à 29 ans 151 J

30 à 49 ans 326 > 622

50 à 69 ans 111 \

au-dessus de 70 ans. ... 8 /

Durée de la captivité :

moins de 2 ans 72 \

de 2 à 4 ans 194 J

de É? à 9 ans 159 (

de 10 à 19 ans 155 ( 622

de 20 à 29 ans 26 j

au-dessus de 30 ans. ... 16 /

Quant au prix de rachat il varie suivant l’état de santé du captif, ses capacités, sa situation sociale. Les chevaliers de Malte, particulièrement exposés à la haine des Musulmans, doivent fournir des rançons considérables 39 .

39. Deslandres, op. ct'L, t. Ier, 3e partie, chap. vii, p. 382-393, Germain, op. cil., p. 13 et suivantes. Ce dernier donne les prix de rançon ( portes comprises) pour 56 esclaves délivrés en 1674 ; ces prix varient de 213 1. à 1762 1.

213 1. — un ; 394 1. — un; 429 1. un ;

465 1. — un; 492 1. — un; 510 1. un;

525 1. — six; 540 1. — un; 547 1, un;

558 1. — cinq ; 591 1. — deux; 600 1. un ;

607 1. — deux; 624 1. — deux; 630 1. un;

636 1. — un; 640 1. — cinq ; 682 1. un ;

690 1. — trois; 711 1. — un; 750 1. onze;

882 1. — un; 855 1. — un; 1020 1. trois.

1443 1. — un; 1762 1 — un,

« Le 22e d’août (1658), on rapporta que la Reine mère avoit eu la charité de

Et puis en dehors des frais de voyage, de l’argent versé au maître de l’esclave, il existe maintes dépenses accessoires : Piastres à verser au Dey, au Capitaine du port, au gardien du bagne, ledroit des portes fixé à 10 %, etc. (Deslandres, op . cit., t. Ier, p. 391).

Les imprimés dont nous venons de parler, destinés à la propagande, fournissent des chiffres intéressants ; les esclaves délivrés et rendus en France coûtent en moyenne :

année 1736 — 6000 livres

11 reste à examiner maintenant si ces deux Ordres de la Très- Sainte-Trinité et de Notre-Dame de la Merci sont seuls à s’occuper des malheureux prisonniers sur les côtes d’Afrique.

§ 5. — Congrégations et Confréries diverses s'occupant du rachat des Captifs 41.

Les vicissitudes des temps amènent des réformes parmi les Trinitaires, nous voyons ces modifications à la règle primitive approuvées par les Souverains Pontifes 42.

contribuer à la rançon d’un chevalier de Malte, esclave à Tunis ; que, pour cet effet, Sa Majesté avoit donné 500 1. et l’on fit une contribution dans l’Assemblée qui acheva cette bonne œuvre. » Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, op. cit., 2e partie, chap. i, p. 179.

40. Pour çette année 1785 on lit dans Fréron ( Année Litter ., MDCG LXXXV, t. VI, p. 341) : « Les Mathurins viennent de racheter 313 esclaves p,our le prix de 700,000 1., rançon et ses suites. » Une note manuscrite, de l’époque, ajoutée à notre exemplaire de l’ordre et de la marche.. , 1785, porte ce qui suit : « Si le rachap est de 800,000 1., comme on l’assure, chaque esclave coûte 2,556 1., l’un dans l’autre. »

41. Rapp. sur l'origine de la Confrérie des Pénitents blancs de la Très-Sainte- Trinité et de Notre-Dame d'Aide pour la rédemption des captifs , in-8, 32 p. Marseille, 1853. Raymond Bordçaux. Miscellanées d'archéologie Normande. Les confréries des captifs dans le dép. de l’Eure. In-8, 173 p. Paris, 1880, p. 21, 24. Veuclin, Les auxiliaires des Trinitaires en Normandie. La confrérie de charité et de la Rédemption des captifs de Saint-Aubin-Le-Guichard. In-8, 38 p. Bernay, 1886. Veuclin, Les auxiliaires de la Rédemption des captifs aux XVIIe et XVIIIe siècles. In-8, 14 p. Bernay, 1890.

42. Moroni, Dizionario , op. cit., t. LXXX, p. 307 et suivantes, donne des détails complets sur ces branches de l’Ordre. Il y a même en Espagne un couvent de femmes relevant des Trinitaires.

LE RACHAT DES CAPTIFS

Les Trinitaires créent aussi des Confréries de laïques s'occupant de réunir les fonds destinés au rachat de Captifs appartenant aux localités où ces Confréries existent.

L’on rencontre des associations de cette nature jusqu’en Normandie. Les Mathurins de Lisieux érigent dans leur église une confrérie de fidèles des deux sexes appelée à secourir par leurs suffrages et leurs aumônes , les chrétiens prisonniers des infidèles (Bordeaux, op. cit., p. 22-23).

Confréries analogues dans les diocèses : de Fréjus, d’Aix, d’Evreux. L’approbation de la charité de saint Aubin-le-Guiscard, par l’autorité ecclésiastique, remonte à l’an 1552 ; treize des Confrères portent, lors des cérémonies, des casaques blanches marquées de croix rouges et bleues.

La plus ancienne de ces œuvres se développe à Marseille peut-être dès le commencement du xive siècle, ses membres sont nombreux, actifs. « Ces pénitents, disent les P. P. Trinitaires (Mémoire imprimé en 1688), abandonnent leurs propres affaires pour s’attacher entièrement à celles de la Rédemption, faisant agréablement une quête pénible et laborieuse une fois la semaine, par toute la ville, et pour faire leur éloge en un mot, il suffît de remarquer que leur conduite et leur administration sont si admirables que des seules aumônes qu’ils reçoivent en ville, les PP. de la Trinité ont racheté, en fort peu de temps, plus de 600 captifs originaires et habitants de Marseille » (. Rapport cité , p. 20). Le rôle de ces Confréries, au point de vue de la réunion de ressources, est donc important.

A côté des Sociétés relevant des Trinitaires 43, nous trouvons une Confrérie italienne distincte, dite du Gonfalon , et remontant à la fin du xme siècle (1264). Ces Pénitents dont les règles sont dues à Saint-Bonaventure, desservent deux hôpitaux à Rome. Grégoire XIII les charge de recueillir des offrandes en vue du rachat des Captifs (1581), Sixte-Quint leur donne plus tard le monopole de ces quêtes.

43. « Le Procureur général des Captifs est en correspondance régulière avec les directeurs de ces Confréries, auxquels il envoie les livrets d’indulgences et les scapulaires, taxés au profit des Captifs. » (Deslandres, brochure citée,, p. 19).

L’Archi-Confrérie du Gonf selon rachète à cette époque plus de deux cents esclaves et le Pape ordonne aux Évêques, même en dehors des États Pontificaux, de lui laisser placer des troncs dans les églises 44.

Saint Vincent de Paul ayant été prisonnier à Tunis, s’intéresse vivement à tout ce qui concerne ses compagnons de captivité ; la maison de la Mission fondée à Marseille (1643) est le centre de ce mouvement charitable 45 .

Les Lazaristes se dévouent à Tunis et à Alger pour procurer des consolations spirituelles aux esclaves; faire des Missions46; distribuer des secours. Leur rôle ne se borne pas là ; des familles qui ont des parents, des amis en captivité, leur remettent des sommes d’argent destinées à adoucir le sort de ces infortunés et à les racheter.

Les missionnaires réussissent souvent dans cette entreprise. Philippe Le Vacher délivre un jeune Marseillais, enlevé par les corsaires à l’âge de huit ans, et sur le point de perdre la foi. Dans une autre circonstance il s'agit : de trois jeunes sœurs provençales ; d’une famille corse dont une fille est prête à épouser un Turc et par conséquent à apostasier 47 .

Saint Vincent de Paul écrit à Jean Le Vacher (1653) : « Je

44. « C'était, dit Deslandres, l’ériger en troisième ordre rédempteur. Après cette suite de privilèges, la Confrérie rentre dans l’ombre, mais elle dut continuer encore longtemps sa pieuse mission, car, vers 1702, un Trinitaire Déchaussé Jean de Saint-Paul, écrivit un livre à Rome pour défendre contre la Confrérie du Gonfalon les droits de son Ordre » ( Brochure citée , p. 16).

45. « Les prêtres de la Mission, lors et quand ils le jugeront à propos, enverront des Missionnaires en Barbarie pour consoler les pauvres chrétiens captifs et les instruire en la foi, amour et crainte de Dieu » (Abbé Simard, op. cit., lre part., chap. x, p. 133) .

46. « M. Du Coudray, prêche la Mission, en 1642, aux dix mille esclaves d’Alger » (Abbé Simard, op. cit., p. 136).

47. Abelly, Vie de Saint-Vincent-de-Paul , t. Ier, liv. second, section VII, § 12, mentionne de nombreux exemples de l’heureuse intervention des Lazaristes arrachant ainsi des chrétiens aux périls qui menacent leur âme. « Honorés de la confiance de nos Rois, acceptés par les puissances barbaresques, les supérieurs et procureurs de la Maison de Marseille font très souvent l’échange des prisonniers au nom du gouvernement français. »

a En 1666, M. Dupuich, Supérieur de la Mission de France, parvint à racheter à Marseille un serviteur du Bey de Tunis, pris par un corsaire et arrêté sur les galères. Il le conduisit lui-même à Tunis et ne le rendit au Bey que contre la mise en liberté d’une dizaine de gentilshommes français qu’il ramena avec lui... »> (Abbé Simard, op. cit., IIe partie, chap. iv, p. 217).

LE RACHAT DES CAPTIFS

rends grâce à Notre-Seigneur de ce que par votre entremise, plusieurs François pris sur mer, et menés à Tunis, ne sont pas devenus esclaves ; et que d’autres qui l’étoient sont libres. C’est un grand service rendu à Dieu en ces personnes, plaise à sa bonté de vous donner la grâce pour agir fortement et efficacement vers ceux qui ont puissance et autorité pour cela » (Abelly, op. cit., t. I, p. 351).

Notre Saint fait acheter les Consulats de Tunis et d’Alger, y place en premier lieu des laïques, puis des Lazaristes, possédant tous les privilèges attachés à ces fonctions et prêts à en user dans l’intérêt des esclaves 48,

Les Pères de la Mission ne retiennent ensuite que le titre de Vicaires Apostoliques, qui en fait les chefs de toute la population catholique d’Alger 49.

N’oublions pas de mentionner les sacrifices des Protestants Français en vue de racheter leurs coreligionnaires. « En général, dit Deslandres (op. cit., I, p. 388), les Trinitaires ne rachètent que leurs compatriotes catholiques. Quant il y a des captifs « de la religion » les protestants confient parfois des fonds aux Religieux, ou s’occupent eux-mêmes du rachat. » De 1657 à 1681 une somme de 3177 livres est versée « au nommée Rey, qui avoit accoutumé de passer à La Rochelle allant en Barbarie 50. »

Le Parlement Anglais fait racheter, en 1646, 244 captifs de cette nationalité — hommes, femmes et enfants — au prix de trente-huit livres sterling six shellings, par tête. Une première tentative (1645) échoue par suite de l’incendie fortuit du navire envoyé à cet effet 51 .

48. « Saint Vincent se révèle dans ses lettres comme un autre saint Paul, par son esprit ferme, net et pratique. 11 engage ses Missionnaires à être raisonnables dans leur charité, à ne jamais prêter d’argent aux esclaves, à ne point se porter caution pour eux, surtout à ne pas accepter le petit pécule des esclaves pour acquitter leurs propres dettes plus vite... » (Deslandres, Brochure citée , p. 46, 47).

49. « Les Vicaires Apostoliques dans Alger sont tous choisis de la Congrégation de Saint-Lazare depuis leur établissement dans cette ville, procuré par le zèle du P. Vincent Paul qui y avoit éprouvé toutes les rigueurs de la captivité, et vû avec un extrême regret les périls où ils étoient exposez et le peu de zèle qu’on avoit en France pour procurer à ceux de la Nation les secours spirituels, dont ils ont un si grand besoin » ( Voyage de 1720 , op. cil., p. 123-124).

50. Société de l'histoire du Protestantisme français , t. XLII, 1893, p. 388, note.

51. «A Relation of the whole proceedings concerning the Rédemption of the Captives in Algier and Tunis, 1647 », cité par Kirkmann Gray, op. cit., chap. ni,

§6. — Les hôpitaux en Afrique; le courage des captifs et le dévouement des Rédempteurs ; du nombre des esclaves délivrés.

Les souffrances des prisonniers leur font constamment contracter de nombreuses maladies 52. Les Trinitaires élèvent d’abord de petites chapelles où les captifs peuvent recevoir les consolations spirituelles et quelques secours. Plus tard, au xvie siècle, des Espagnols transforment ces chapelles en un hôpital, de six lits au début. Le chiffre de ces lits varie ensuite de 16 à 20, pour atteindre 80 en 1720 53.

Cet établissement possède alors : chirurgien, apothicaire, infirmiers, etc. Le Père Philémon de la Motte écrit que l’asile est encore trop exigu pour l’affluence des malades qu’on y soigne avec un dévouement qui touche les Turcs eux-mêmes (Deslandres, op. cit ., p. 429). L’asile est ouvert aux chrétiens de toutes les religions 54.

C’est en 1720 seulement que le P. François Ximenès, Trinitaire espagnol, fonde à Tunis un hôpital dédié à saint Jean de Matha.

Les ouvrages relatifs à ces Rédempteurs sont pleins de récits faisant ressortir le courage de nombreux captifs de tout âge

§ 2, p. 68-69. Voir aussi : G. Bonet-Maury, France , christianisme et civilisation. In-8, Paris, 1907, chap. m, § 2, p. 173-174. Les synodes des Églises réformées ordonnèrent des quêtes générales pour le rachat de ces pauvres captifs... C’étaient des capitaines de la marine marchande ou des négociants qui, à certaines occasions, prenaient les fonds et se rendaient en Barbarie, « avec un ordre du Roy » pour opérer le rachat.

52. En 1692 le Consul de France, à Salé, Maroc, écrit qu’il est mort plus de 300 captifs de fièvres malines , pendant son séjour de trois mois à Miquenes (Méquinez) (Deslandres, op. cit., t. Il, preuves, n° 243, p. 348).

53. « L’hôpital principal fondé par Bernard de Monroy dans le Tabernat-el- Beylik garda le nom d'hôpital d'Espagne, parce qu’il étaif administré par des Trinitaires de la province de Castille, au nombre de trois, dont l’un portait le titre de Père administrateur... » (Deslandres, op. cit., 3e partie, chap. xii, p. 427).

54. Conférer avec prudence le voyage de 1720, op. cit. , § xxxv à xxxix, p. 75 et suivantes. Fréron, Année Litter., mdcc, lxii, t. VII, p. 166, reproduit la légende du Franciscain confesseur de don Juan d’Autriche qui, pris par les Algériens, emploie à la construction de l’hôpital l’argent versé pour sa rançon. Deslandres (brochure cité, p. 40) indique comme donnant des secours spirituels aux esclaves, à Tunis, des Franciscains; à Méquinez des Récollets ; au bagne de Constantinople des Pères Jésuites.

LE RACHAT DES CAPTIFS

sachant souffrir héroïquement pour la Foi. « Une française, M,lede Bourk, âgée de dix ans, capturée à la suite d’un naufrage, où périt samère (1719), est la première à encourager ses serviteurs; elle les exhorte à recevoir plutôt la mort que de manquer de fidélité envers Dieu » ( Voyage , op. cit., p. 45).

On voit des prisonniers suspendus en l’air, la plante des pieds déchirée par les coups et dont on arrose les plaies avec du sel dissous dans du vinaigre (Ledermann, op. cit., p. 65).

Le Père Dan raconte l’histoire de jeunes martyrs préférant le trépas à l’Islamisme. Grâce aux exhortations de Philippe Le Vacher, Lazariste, dix chrétiennes persécutées par des patrons débauchés et cruels, résistent aux plus dures épreuves ; entre le Missionnaire qui les encourage à souffrir pour le Christ et le Marabout cherchant à les entraîner dans l’erreur, elles n’hésitent point et meurent en prédestinées 55 .

Nombreuses sont aussi les preuves de dévouement que donnent les Rédempteurs. Les Pères de la Merci sont fiers de leur quatrième vœu de rester en otages pour faciliter le rachat des esclaves 56. Les Trinitaires accomplissent fréquemment cet acte sublime sans y être tenus par un vœu particulier 57 .

Plusieurs Religieux meurent de la peste ; au Maroc, le Père Louis Gallo est brûlé vif. D’autres sont martyrisés ou succombent à la suite de mauvais traitements.

On voit également des Rédempteurs espagnols perdre la vie sous l’influence d’un poison lent, absorbé durant leur séjour dans cet enfer Marocain 58.

55. AbbéMaynard, Vie de saint Vincent de Paul, op. cit., t. Ier, liv. II, chap. iii, art. II, n° 3, p. 298 .

56. Voir la vie de Raymond Nonat, envoyé deux fois en Afrique, par Pierre de Nolasque, et mort vers 1240. Vita sanct. Bolland., Aug. tomus sextus et petits Bollandistes, t. X, p. 359.

57. En 1644 le Père Hérault, Trinitaire réformé, sollicite du Roi la permission de faire une quête pour dégager son compagnon laissé en otage à Alger... (Deslandres, t. II, Preuves, n° 190, p. 270.)

58. « C'est en Maroc que des rédempteurs espagnols burent, en 1641, un poison lent dont ils moururent en Espagne ; on avait espéré qu’ils succomberaient étant encore en Afrique et qu’ainsi les captifs par eux délivrés seraient repris sans bourse déliée » (Deslandres, op. cit., t. I, 3e partie, chap. x, p. 409).

« Les peuples d’Alger, de Tunis, de Tripoli (écrit Germain, op. cit., p. 19), étaient d’une assez bonne foy dans l’exécution des traités ; les documents représentent au contraire, Mouley, roi de Marroc, comme le plus infidèle prince, le plus artificieux, le plus intéressé et de la plus mauvaise foi. »

Un fils de saint Vincent de Paul, le Lazariste Jean Le Vacher, Consul et Vicaire Apostolique, est mis à la bouche d’un canon lors du second bombardement d’Alger par Duquesne (1683).

Quelques années plus tard, d’Estrées bombardant de nouveau cette ville, M. de Montmasson, également Vicaire Apostolique, subit le même sort 59.

Après avoir admiré ces dévouements, il est naturel de se demander quels sont, en définitive, les résultats obtenus.

Les Rédemptions effectuées dans les royaumes musulmans d’Espagne, avant la prise de Grenade, ont une réelle importance. En ce qui concerne l’Afrique il n’y a aucune règle adoptée pour ces voyages ; ils dépendent des ressources obtenues. Au xvme siècle, Trinitaires et Mercédaires unissent leurs efforts et des missions peuvent partir tous les trois ou quatre ans 60.

D’après les calculs de Gonzalès d’Avila les Trinitaires, seuls, rachètent ou échangent dans le cours de 363 Rédemptions, antérieures à l’année 1635, trente mille sept cent vingt captifs appartenant aux diverses nations chrétiennes (Germain, op. cit ., p. 10).

Certains auteurs attribuent à ces Trinitaires neuf cent mille rachats (P. Calixte, Vie de Jean-de-Matha, in-12, 1874, p. 68). Ce chiffre semble exagéré. Les Mercédaires , d'après Ledermann (op. cit., p. 101) n’ont à leur actif qu’une centaine de mille d’esclaves délivrés et peut-être même soixante et un mille seulement 61 .

59. Abbé Maynard, op. cit., t. I, liv. II, chap. m, artiele III, § 2, p. 329-331. Abbé Simard, op. cit., 2e partie, chap. vi, p. 249-271.

60. « Nous devons rendre à Dieu de grandes Actions de Grâces de la Bénédiction qu’il a répanduë cette Année (1720) sur notre Ordre pour la Rédemption des Captifs. Chacune des Nations dans lesquelles il est répandu a senti redoubler son ardeur et son zèle pour une œuvre si sainte et si utile, à laquelle il est tout destiné. L’Allemagne, la France, l’Espagne et le Portugal ont fait de nombreuses Rédemptions, où l’on peut compter plus de mille Captifs délivrez des fers, et tirez de la servitude où ils étoient réduits, aussi bien que des périls ausquels ils étoient exposez, les uns à Constantinople et dans le reste de l’Empire Ottoman, les autres dans les Royaumes d’Alger, Tunis, Tripoly et de Maroc » ( Voyage de 1720, op. cit., p. 1 et 2).

61. Les Pères de la Merci fixent à 2120 1e nombre des esclaves rachetés en treize ans au commencement du xin® siècle à Valence et à Majorque. Le Père Auvry dans son miroir de la charité chrétienne, écrivait, en 1662, que sa rédemption était la 73e faite par les Mercédaires à Alger et que l’on avait ainsi tiré 12.500 personnes de la servitude (Ledermann, op. cit., p. 82 et 102).

LE RACHAT DES CAPTIFS

La vérité est fort difficile à connaître; le peu que l’on sait suffit d’ailleurs pour témoigner de l’activité des Rédempteurs et dé leurs émules 62.

Cette œuvre du rachat des Captifs, est, comme il est facile de le voir, excellente entre toutes. La rivalité des Ordres religieux, bien que fort regrettable, présente toutefois un caractère d’utilité, ainsi que le remarque A. Germain (p. 10) : « Elle sert d’aiguillon pour empêcher le zèle de se ralentir. On s’endort aisément quand on est seul ; on veille davantage lorsqu’étant deux on s’excite mutuellement. »

« Les Rédempteurs, dit un mémoire de mai 1719 (Deslandres, Preuves, n° 268, p. 383), outre la liberté qu’ils procurent aux pauvres chrétiens, exercent encore les fonctions de Missionnaires, administrent les Sacrements, exhortent, consolent, fortifient dans la foy et l’espérance ceux qu’ils ne peuvent pas racheter, leur font des aumônes quand la misère les fait chanceler dans la Religion... »

« Le Père de la Rédemption s’embarque à Marseille, écrit Chateaubriand 63. Où va-t-il seul ainsi avec son bréviaire et son bâton? Ce conquérant marche à la délivrance de l’humanité et les armées qui l’accompagnent sont invisibles. La bourse de la charité à la main, il court affronter la peste, le martyre et l’esclavage. Il aborde le Dey d’Alger, il lui parle au nom de ce Roi céleste dont il est l’ambassadeur. Le Barbare s’étonne à la vue de cet Européen, qui ose seul, à travers les mers et les orages, venir lui redemander des captifs ; dompté par une force inconnue, il accepte l’or qu’on lui présente ; et l'héroïque libérateur, satisfait d’avoir rendu des malheureux à leur patrie, obscur et ignoré, reprend humblement à pied le chemin de son monastère. »

Il convient de ne rien ajouter à cette belle page du grand écrivain.

62. « Disons que l’humble prêtre (saint Vincent de Paul) arracha plus de 1200 esclaves à la cupidité musulmane et dépensa pour cette œuvre, et pour le soulagement des malheureux captifs qu’il ne put racheter, près de quinze cent mille livres, ce qui représente à peu près quatre millions de noire monnaie » (Abbé Simard, op. cit., p. 145).

63. Œuvres complètes, édit, de 1827, t. XIII, Génie du christianisme , liv. III, chap. vi, p. 275. Le 9 avril 1816 le même Chateaubriand prononce à la chambre des Pairs un discours contre l’esclavage dans le nord de l’Afrique.

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