‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 58 sur 149 · LES SECOURS HOSPITALIERS COMPARÉS AUX SECOURS A DOMICILE · texte numérisé non relu

LES SECOURS HOSPITALIERS COMPARÉS AUX SECOURS A DOMICILE

Au xyme siècle, en France notamment, il est assez habituel de voir préconiser la supériorité du système des secours à domicile et demander la suppression des hôpitaux 1 .

Montesquieu n’hésite pas à partager cette opinion. Il dit, en effet : « Quand la nation est pauvre, la pauvreté particulière dérive de la misère générale, et elle est, pour ainsi dire, la misère générale. Tous les hôpitaux du monde ne sauroient guérir cette pauvreté particulière : au contraire, V esprit de paresse quils inspirent, augmente la pauvreté générale, et par conséquent la particulière... »

« A Rome, les hôpitaux font que tout le monde est à son aise, excepté ceux qui travaillent, excepté ceux qui ont de l’industrie, excepté ceux qui cultivent les arts, excepté ceux qui ont des terres, excepté ceux qui font le commerce. Les nations riches ont besoin d’hôpitaux parce que la fortune y est sujette à mille accidens ; mais on sent que des secours passagers vaudroient bien mieux que des établissements perpétuels . Le mal est momentané,

1. Consulter pour cette controverse : Montesquieu. De l'esprit des Lois , Liv. XXIII, chap. xxix. Marquis de Mirabeau. L'ami des hommes , Édit, in-4, Avignon, 1756. M*. Régime des sociétés par l'hospitalité publique , in-8, 1778. Idée des secours à donner aux pauvres malades dans une grande ville , in-8, 1786. Larochefoucault-Liancourt. Rapp. au Comité de mendicité, 1790-1791. Baron Dupin. Hist. de l'adm. des secours publics , in-8, 1821, p. 5 et suivantes. Dr Félix Roubaud. Des hôp., au point de vue de leur origine et de leur utilité, in-12, 1853. Dr Jacquemet. Des hôp. et des hospices , in-8, 1866. Dr H. Iglesias, op. cit., t. Ier, p. 309. Perez, Del pauperismo, in-8, 1859, p. 256 et sqq.

il faut donc des secours de même nature, et qui soient applicables à l’accident particulier ‘ 2 . »

Le marquis de Mirabeau est encore plus affirmatif : « En général, écrit-il, les hôpitaux augmentent la pauvreté au lieu de l’éteindre, et tourmentent l'humanité au lieu de la secourir... L’homme obligé de vivre de son travail, qui n’attend ni gouvernement, ni charges, ni intérêt dans les affaires, ni héritage, se repose sur l’idée de la charité publique, et l’axiome, V hôpital ri est pas pour les chiens , a pris la place de la vigilance de la fourmi 3. »

Pour l’auteur du régime des sociétés par V hospitalité (1778) p. 75 : « il n’y a que deux cas qui exigent des hôpitaux, savoir l pour les foux ét les incurables, malades ordinairement perdus pour la société, et qu’on ne sauroit trop tôt en soustraire. Quant à toutes les autres maladies, quels que soient les citoyens qui en sont attaqués, il est inhumain de les traiter ailleurs que dans leur domicile. »

Un membre du Conseil des Cinq-Cents — Baraillon — s'écrie : « La pieuse ignorance a établi les hôpitaux ; ce sont des repaires d’oisiveté, des gouffres qui engloutissent des générations entières... Sur le nombre de malades qui y périssent, un tiers eussent échappé s’ils fussent restés au sein de leurs familles... Diminuons-en le nombre, nous aurons diminué une cause certaine de destruction4... »

Tout le monde, du reste, ne partage pas cet engouement pour les subsides à domicile. Les cahiers des Etats Généraux sont loin de se montrer aussi exclusifs.

« On pense, dit la Noblesse de Touraine, que la meilleure forme à donner aux hôpitaux, serait de les multiplier en petits

2. Œuvres , édition de 1781, t. III, p. 120-122. Cet auteur reconnaît d’ailleurs (même chapitre) que « quelques aumônes que l’on fait à un homme nud dans les rues, ne remplissent point les obligations de l’état, qui doit à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit pas contraire à la santé. » Il ajoute ( loco citato ) : « Henri VIII voulant réformer l’Église d’Angleterre, détruisit les moines... Il ôta encore les hôpitaux où le pauvre trouvoit sa subsistance. Depuis ce changement, l’esprit de commerce et d’industrie s’établit en Angleterre. »

3. Op. cit., Traité de la population. Seconde partie, p. 170-171.

4. Séance du 14 fructidor an 4. Recueil des lois , décrets et circulaires... Les établissements de bienfaisance. In-8, t. III, p. 9. Bruxelles, 1881.

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