Léonard, op. cit., p
56. « Great desinclination among the Scottish people, and especialy in Edinburgh, to admit of a legal claim to relief... » (Alison, op. cit., p. XIV).
et voisins s’efforcent-ils d’atténuer la misère du malheureux hors d’état de se suffire par lui-même.
Les paroisses ont donc une charge restreinte et les taxes légales demeurent l’exception ; les propriétaires fonciers savent d’ailleurs les fixer dans des limites raisonnables 57.
Les collectes hebdomadaires faites dans les temples constituent, en général, une ressource suffisante pour les besoins des malheureux.
Lorsque ces subsides sont insuffisants et qu’il faut faire appel aux contribuables, une distinction très nette est établie entre « les pauvres inscrits sur les registres de la paroisse, et les pauvres industrieux qui reçoivent seulement des secours accidentels, ce qui est d'une importance égale pour les mœurs des pauvres et pour les intérêts du pays. »
Pour ces derniers, en effet, si la cause motivant leur demande vient à cesser, on leur retire les allocations « et ils retournent à leurs travaux avec la conviction, qu’ils n’abandonnent jamais, que leur subsistance et leur soulagement dépendent de leur industrie personnelle » ( Rapp . cité , p. 146) 58.
D’après Morton-Eden, cité par De Gérando (op. cit ., IV, p. 153), le relevé du nombre des indigents comparé à celui des
57. « Les taxes sont imposées par égales portions, sur le propriétaire et sur le fermier ou locataire: le propriétaire paie une moitié de la taxe, et le fermier ou locataire paie l’autre moitié: si le propriétaire occupe lui-même sa propriété, il paie la totalité ; sous cette exception cependant qu’on accorde au propriétaire de maisons la remise d’un quart ou de la moitié de la taxe, pour les réparations. Les propriétaires sont dans l’usage de se rendre à l’assemblée qui se tient annuellement pour la fixation des taxes, et ils ont toujours le pouvoir d’en déterminer les décisions; de sorte qu’il dépend presqu’entièrement d’eux d’empêcher que la taxe ne dépasse les limites qu’exigent les véritables besoins de la paroisse. » (Rapp. du comité de V Assemblée générale de l'Église d'Écosse. Rapports , 1817-1818, op. cit., p. 150).
58. Après la réforme anglaise de 1834 un Act spécial modifie la législation des Pauvres en Écosse : 8 and 9 Vie. cap. 83, année 1845. Quant aux collectes hebdomadaires, voici comment l’on procède au xvme siècle : « La quête se fait à la porte de l’Église en y plaçant un bassin, auprès duquel se tient un ancien ( elder ) ; après l’ofiice celui-ci remet l’argent reçu au comité, qui, après en avoir enregistré le montant, le jette dans un tronc placé dans l’Église, et où chacun aussi peut à sa volonté placer son aumône.
« Le Comité appelé hirh-session ou comité de l’Église, est composé généralement du minisire, des elders, du secrétaire du comité et du trésorier de l’Eglise... »> ( Etab . d'humanité , op. cit., n° 24 (IX), p. 207).
habitants dans 508 paroisses de l’Ecosse fournit les résultats ciaprès : « 1.026.245 habitants; 18.069 indigents inscrits au rôle des secours publics ; soit environ 18 sur 1.000, terme moyen, ce qui est le 1/5 ou le 1/6 de la proportion constatée en Angleterre. »
Quant à l’Irlande, il n’existe dans cet infortuné pays aucun service régulier d’assistance. Les malheureux, et ils sont légion, restent abandonnés au bon vouloir individuel de compatriotes privés eux-mêmes de ressources. On connaît du reste la situation faite durant des siècles à ce peuple martyr de sa foi. Est-il nécessaire de rappeler les stations successives de ce calvaire : Expropriation en masse ; habitants refoulés, entassés dans des districts déterminés. Les envahisseurs du sol national, maîtres du pouvoir, de la richesse, de la justice ; paroisses catholiques livrées à l’arbitraire de vestries , composées de protestants. Guerre, massacres, famine 59, vexations de toutes natures, aboutissant à la mort, à l’émigration de la population indigène, fidèle à ses croyances religieuses.
Il n’existe alors que des riches protestants anglais en face de pauvres catholiques , la source de la charité est étouffée par la haine que les premiers portent aux seconds. « La misère, dit de Beaumont (I, p. 206), descend en Irlande à des degrés ailleurs inconnus. La condition qui dans ce pays est supérieure à la pauvreté serait chez d’autres peuples une affreuse détresse ; et ces misères ne sont pas de rares accidents ; presque toutes sont permanentes ; celles qui ne durent point toujours demeurent périodiques. Tous les ans, à peu près à la même époque, on annonce en Irlande le commencement de la famine, ses progrès, ses ravages, son déclin. »
Il faut encore ici les craintes inspirées à l’Angleterre par la guerre de la sécession des Etats-Unis d’Amérique, puis la lutte
59. Depuis mon arrivée en 1725 (écrit le Primat Boulter, agent principal du gouvernement anglais) la famine n’a presque pas cessé parmi les pauvres. La cherté des grains était telle l’année dernière que des milliers de familles ont été obligées de quitter leurs demeures, pour aller chercher leur vie ailleurs. Il en a péri par centaines « many hundred perished » (cité par de Beaumont, op. cit ., I, p. 207).
avec la France, pour amener progressissement la protestante Albion à abroger, ou au moins à atténuer, les lois odieuses qui tiennent alors l’infortunée Irlande sous un joug écrasant60.
60. C’est seulement en 1838 qu’un Act (1 and 2 Vie. cap. 36) étend à l'Irlande la loi des Pauvres avec des modifications profondes qui la différencient de l’Act de 1834. Le régime obligatoire du Workhouse est maintenu dans toute son étendue les secours à domicile n’existent point en pratique ; l’élément protestant domine partout. Aussi Gustave de Beaumont et H. Perraud ne ménagent-ils pas leurs critiques à cette législation nouvelle.