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LES CHARITÉS DES ÉGLISES

§ 1er. — Les Évêques , le Clergé catholique et les Ordres religieux.

A toutes les époques de l’histoire, nous voyons les évêques h la tête du mouvement charitable. Ils ne se contentent pas, en effet, de s’occuper de la fondation et de l’organisation d'hôpitaux, d’asiles, de refuges, d’orphelinats, leur pensée constante se porte vers le soulagement des pauvres, au moyen : d’aumônes, d’assistances variées, appropriées aux temps et aux circonstances.

Tous les Synodes tenus durant la période qui nous occupe, insistent sur ce devoir étroit de la charge épiscopale.

L’évêque, disent les Constitutions de Bénévent (1603) doit être prudent, savant, d’une conduite irréprochable, hospitalier . Qu’autour de sa table, à l’imitation de saint Grégoire le Grand, il réunisse parfois des pauvres, principalement aux jours des fêtes solennelles L

1. Gonst. Syn. prov., Beneventanae. a. 1693. Titulus XVII. de vita et honestate Clericorum. Cap. i et cap. v. « Recordentur Episcopi, ut, cum Patres pauperum sint, eosdem aliquando, et præcipue in festis solennioribus, ad suam ipsorum mensam admittant » ( Collée . Lacensis, T. I, p. 40-41).

La défense, la tutelle des veuves, des orphelins, rentrent dans ses attributions les plus sacrées. Que, grâce à sa vigilance, le malheureux trouve des avocats, des appuis contre les riches et les puissants de ce monde ~.

A Rome, l’Aumônerie Apostolique remonte au vne siècle et se perpétue à travers les âges, modifiée légèrement par Grégoire X (1271) et Innocent XII (1691). Laissant de côté, écrit Fanucci2 3, les aumônes que les Papes donnent avant de monter à cheval, de sortir en public, ou dans d'autres circonstances, largesses dont l’importance est considérable, Sa Sainteté a l’habitude de distribuer, chaque mois, quatre cents écus d’or, affectés à des œuvres charitables ou hospitalières.

« Ces secours sont inscrits sur un livre, et au commencement du mois, un secrétaire prend note des sommes allouées, de manière à ce que l’on puisse toujours se rendre un compte exact de la dépense. Lorsqu’il arrive que des pauvres immatriculés sont décédés, ou se trouvent dans une meilleure situation, on donne leur part à d’autres nécessiteux. Occorrendo che alcuno di questi provisti manchi da questa présente vita, o venga a miglior fortuna, si da il luogo suo ad altri 3. »

En Pologne, l’évêque de Cracovie convoque ses prêtres, l’an 1601, et leur recommande de venir en aide aux indigents, par tous les moyens dont ils disposent. Le Synode du diocèse de Chelm (1745) fait les mêmes injonctions aux membres du clergé ; ils doivent avoir des soins tout paternels pour les pauvres de leurs paroisses.

Saint Charles Borromée ne manque pas d’insister sur ces obligations impérieuses ; il exige que chaque curé dresse une liste des infortunés qui l’entourent, notant leurs besoins, réunissant des aumônes, donnant ainsi aux fidèles l’exemple de la charité la plus active.

L’évêque est tenu de se rendre compte des sommes recueillies

2. Gonst. Syn Prov., Neapolitanae a. 1699. Tit. VI. Gap. I, § 9 ( Collée . Lacensis , I, p. 207). Décréta édita in nat., Syn., Albana a. 1703 ( op . cit ., I, p. 312). Décréta Conc. Romani a. 1725. Tit. VIII, cap. m (op. cit., I, p. 358).

3. Opéré pie..., op. cit., 1602. Libro primo. Délia Limosina del Papa. Cap. i, p. 12-13.

LES DISTRIBUTIONS d’aUMONES (lre PARTIE)

et dépensées. Le saint prélat est le premier à mettre en pratique les instructions qu’il donne 4.

A Passau, l’évêque Urban, affecte, en 1570, sur ses revenus personnels, une somme annuelle de 800 florins, destinée à être partagée entre les pauvres honteux, les veuves, les orphelins, véritablement dignes de pitié (Ratzinger, op. cit ., p. 476).

« Le revenu de l’Archevêque de Paris, constate Sénac de Meilhan, dépasse 600.000 livres, mais on doit à la vérité de dire que, depuis près d’un siècle, les Archevêques de cette ville affectent aux pauvres les trois quarts de ce revenu5 6. »

Partout, les Ordres religieux continuent leurs largesses séculaires. Nous voyons, en Allemagne, en France, en Pologne, les Bénédictins ne jamais oublier le grand devoir de la charité (Ratzinger, op. cit., p. 474).

Pascal Baylon, frère lai espagnol, mort l’an 1592, distribue, en sa qualité de portier, les restes des repas ; pour que cette aumône devienne profitable à l’âme des pauvres, il adopte Fusage de prier avec eux. L’amour des malheureux le fait pousser l’économie à l’excès, étant le premier à retrancher sur sa nourriture. On le voit dire aux Frères de ne point répandre inutilement même une goutte d’huile, afin de ne pas diminuer d’autant leurs œuvres **-.

Les monastères, abbayes, ont coutume généralement de faire, à certaines époques déterminées, des distributions plus ou moins abondantes à ceux qui se présentent. Voici quelques exemples de ce mode d’assistance 7 .

4. G. Ratzinger, Geschichte der Kirchlichen ArmenpfLege , op. cit , 1884, p. 465-466. L’auteur cite les Canons des divers Conciles tenus à Milan, par les soins de saint Charles Borromée.

5. « Le Gouvernement, les mœurs et les conditions en France avant la Révolution. In-12. Poulet-Malassis, p. 102. Cet auteur ajoute : « Le clergé de France était peut-être celui de l’Europe qui avait les mœurs les plus décentes ; un assez grand nombre, parmi les prélats, faisait d'abondantes aumônes et se distinguait par sa piété et la pureté de ses mœurs . »

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