‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 8 sur 149 · Nicholls., op. cit ., II, p · texte numérisé non relu

Nicholls., op. cit ., II, p

Il existe peu de prisons, dit Esquiros, où l’on ne rencontre des aliénés furieux ; ces infortunés sont enchaînés 38.

Les règlements de Bedlam s’efforcent d’atténuer l’horreur de la situation. Art.X: « Les pieds des fous enchaînés, ou qui sont sur la paille, doivent être soigneusement examinés, bien frottés et couverts de flanelle tous les soirs et tous les matins, pendant les mois d’hiver ; et le chirurgien immédiatement averti, s’ils ont des maux qui- exigent sa présence39. »

Tout le monde connaît la généreuse initiative de Pinel, médecin à Bicêtre ; après avoir étudié attentivement les malheureux confiés à ses soins, fort de l’expérience acquise par Pussin, son dévoué surveillant, il se décide à enlever les chaînes des fous maintenus dans leur cachot depuis dix, vingt, trente années !

Un récit touchant nous montre cet éminent praticien accomplissant cet acte d’humanité à la fin de 1793 40. Deux ans après il procède de même à la Salpêtrière. Grâce à lui une camisole de force , gilet de toile immobilisant les bras de l’aliéné dont il faut calmer les accès, remplace les chaînes qui ne disparaissent complètement à Paris qu’en 1798.

Pinel consacre ensuite sa plume à la défense des insensés et publie — 1798 et 1801 — des traités importants sur l’aliénation mentale41.

38. Mém., d’Esquiros 1818. Arch. Nat., F15 150. « On ajoutait des rigueurs inutiles aux inévitables rigueurs de la nature et du destin. Spectacle affreux! Tortures affligeantes ! On voyait là des créatures humaines, captives, comme des animaux féroces, dans des loges humides et sombres ; on les voyait chargées de fers douloureux, couchées sur une paille infecte et forcées au silence par des coups redoublés lorsque le cri du délire fatiguait l’oreille de leurs gardiens » ( Documents cités par Fabre, h >p. de Marseille , t. II, p. 53).

39. Art. XI. « Tous les fous seront lavés les lundis, mercredis et les vendredis ; et seront rasés tous les lundis » ( Étab . d'humanité , op . cit., n° 14 (XIV), p. 78).

40. On peut s’étonner, avec Richard (op. cit., p. 114) que Pinel eût à délivrer un si grand nombre d’aliénés maintenus dans les fers (environ une cinquantaine) alors que La Rochefoucauld, en L 791 , ne signale que dix fous enchaînés. Un fait, véritable en lui-même, peut être facilement dramatisé. Voici le texte exact : « Ils ont toute la journée la liberté des cours, quand ils ne sont furieux. Le nombre de ceux-ci est peu considérable, il varie selon les saisons ; dix seulement étaient enchaînés, parmi les deux cent soixante-dix individus enfermés le jour de notre visite. Il est vrai que dans ce nombre cinquante-deux ne sont pas fous » ( Rapp . cité , 1790, p. 46).

41. Les auteurs les plus récents, recopiant certains points du récit légendaire, s’autorisent des notes de Pinel. Le fait se rattache d’ailleurs à 1793 et non à 1792 comme on l’imprime quelquefois, puisque c’est en octobre 1793 que ce médecin

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