‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 80 sur 149 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les règlements des pain-dépiciers (1596) attestent l’existence d’une certaine solidarité ; si l’un des compagnons du métier est en route et n’a de quoi payer ses frais, les autres compagnons « sont tenus de lui bailler jusqu’à deux écus » (art. 14). « Si un compagnon tombe malade en quelque lieu et que les autres compagnons en soient avertis, incontinent, ils doivent se détourner de leur chemin, le visiter et conforter, et là demeurer, pour le secourir, trois jours à leurs dépens. » Les jurés remboursent ensuite sur les deniers communs les avances faites.

Les couteliers se montrent également soucieux du sort des. compagnons étrangers ; « ceux-ci sont menés chez les jurés, placés, chez leur hôte s’il en a besoin, sinon où il y a place libre » (Martin Saint-Léon, op, cit. , p. 355).

Les carriers adoptent tout fils de perréieur (ouvrier travaillant aux ardoisières) à partir du jour de son bap tême ; chaque semaine l’enfant a droit à une hottée de pierre, dont la valeur est de dix sous. A sept ans ce droit double ; à neuf ans il est triplé. A onze ans, ces quatre hottées fournissent deux livres par semaine; cette prime se maintient jusqu’à l’apprentissage. L’ouvrier blessé, le vieillard infirme reçoivent, par semaine, chacun la valeur de six hottées de pierre, du prix de trois livres tournois ; les veuves, touchent cent livres chaque année pendant six ans et cinquante livres ensuite41.

Les Pâtissiers de Toulouse secourent « non seulement les maîtres de bonne vie, tombés dans la pauvreté, mais aussi les compagnons qui, ayant servi fidèlement plusieurs maîtres, ne peuvent plus gagner leur vie 42. »

4L François Ilusson. A rtisans et compagnons. Étud. rèlrosp. sur les métiers. In-18. Paris, 1901, p. 58-59. Voir en ce qui concerne les boulangers et les corroyeurs de Rennes, Rebillon, Rech. sur les anciennes corporations de la ville de Rennes. Paris, 1902, p. 108.

42. Émile Levasseur, op. cit., t. II, Liv. V, chap. v, p. 133.

Dans cette même ville les compagnons boulangers formaient un corps indépendant « quand l’un d’eux mourait sans laisser de quoi subvenir aux frais de la sépulture, c’étaient les bayles des dits compagnons qui le faisaient ensevelir aux dépens de la confrérie; de même, en cas de maladie et d’indigence, ils le fournissaient d’aliments, de barbiers, médecin et apothicaire. Ils avaient obtenu de la ville un arrêté qui obligeait les maîtres à contribuera leurs dépenses » (Hauser, op. cit .v p. 173).

LES DISTRIBUTIONS d’aUMONES (2e PARTIE)

A Bordeaux, les anciens statuts des Selliers, Pasticiers, Chaussetiers, Savetiers, renferment des dispositions précises concernant la visite et le soin des malades, l’enterrement des défunts, le bon accueil à faire aux ouvriers de passage.

« Item, s’il advient qu’aucun maistre, compaignon ou serviteur, dudict mestier, tombe en nécessité de maladie, n’aïant de quoy se faire penser, les dicts quatre maistres sont tenuz de luy bailler, pour luy subvenir à ses nécessitez, la somme de quinze sols tournois. Et s’il advient que Dieu lui donne santé et qu’il ait de quoy, il doit rendre le dict argent aus dicts quatre maistres pour le remettre en la dicte boëtte de la dicte confrairie 43. »

Les Corps d’arts et métiers de Marseille assurent l’assistance à domicile ; chaque corporation prend également soin des membres devenus fous 44 .

Dans les Flandres, où les confréries sont si nombreuses 45, la Ghilde des Pijnders (association de portefaix), fondée au xvne siècle, à Termonde, affecte une partie des salaires au soutien des sociétaires âgés ou infirmes 46.

Il existe aussi des bourses communes fournies par la réunion de plusieurs métiers ayant des hôpitaux particuliers et secourant les pauvres 47 .

Les Compagnies de marchands reçoivent, en Angleterre, de très nombreuses donations pour des distributions en argent ou en nature (vêtements, souliers, charbon). En 1570, Robert Donkin lègue à la compagnie des tailleurs, quelques chaumières, entourées de petits jardins, qu’il possède à Bishopsgate, à la charge d’en employer le revenu de 30 schellings environ, à pourvoir tous les ans d’une robe, d’une chemise et de souliers, douze hommes et douze femmes pauvres 48.

43. Statuts des Chaussetiers. Émile Laurent, op. cit . , t. I, p. 202 à 206. Cet auteur donne le texte d’un très curieux règlement de la corporation des menuisiers de Bordeaux, remontant au règne de Louis XI, 1477.

44. Lautard, Hôpital des fous de Marseille. In-8, 1840, p. 30.

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