Petits Bollandistes,t. VIII, p
S. Jean Berkmans, novice de la Société de Jésus, né au diocèse de Malines (*j-1621), consacre à la visite des malades, l’heure de l’après-midi que l’usage de l’Italie permet de donner au repos69.
S. Pierre Fourier (*j* 1640) soutient par des aumônes les artisans tombés dans le besoin ; il fonde une bourse de saint Evre , sorte d’assurance mutuelle formée à l’aide de dons volontaires (Petits Bollandistes, tome VIII, p. 145).
S. François Régis, jésuite (*j* 1640), va à travers les rues de Montpellier, mendier des bottes de paille destinées à coucher les malheureux privés de tout; il fonde des œuvres multiples; son action bienfaisante s’étend sur le Languedoc, le Vivarais, le Velay (Petits Bollandistes, tome VIII, p. 89).
La reine Anne d’Autriche (*[* 1666) se montre toujours animée de l’esprit le plus charitable. Les Mémoires de Mmfi de Motte ville nous la représentent, durant la régence, recevant chaque jour des dames qui viennent lui parler des aumônes à faire à Paris, dans toute la France et même au dehors. Elle va quelquefois visiter les prisonniers70.
Mme la princesse de Gonti meurt en 1672, son épitaphe fait ressortir sa charité. Lors de la famine de 1662 elle vend toutes ses pierreries pour nourrir des pauvres en Berry, en Champagne, en Picardie71.
Toute jeune, Mlle de Melun, princesse d’Épinay ("j* 1679), accomplit nombre d’œuvres à Mons, à Abbeville, etc. ; elle se montre véritable hospitalière à domicile; assistant les malades, faisant leur lit ; apprêtant à l’occasion le manger des pauvres pêcheurs 72.
69. « Je ne laisserai passer aucun jour sans les visiter et les consoler, avec la permission de mes supérieurs, écrit-il dans ses résolutions. » ( Petits Bollandistes , t. IX, p. 523.)
70. Collection Petitot, 2e sér., t. 37, seconde partie, p. 70.
71 Elle fut inhumée dans l’église Saint-André-des-Arcs. Lettres de Mme de Sévignè, édition del818, t. III, lettre n° 223, 5 février 1672, note de la page 113.
72. « On lui donna avis qu’il y avoit aux environs d’Abeville plusieurs pauvres familles dont la misère était très grande ; elle y courut, et on ne peut exprimer avec combien de charité et de tendresse elle leur procura tout le secours dont elles avoient besoin pour le corps et pour l’âme. Il y avoit parmi ceux qu'elle assista, cinq malades dans une chambre, dont la maladie était contagieuse ; ce fut particulièrement à ceux-là qu’elle s’apliqua davantage... Elle aprit aussi que dans le voisinage du même lieu il y avoit grand nombre de pauvres pêcheurs ou mari-
LES DISTRIBUTIONS D’AUMONES (2e PARTIE)
A Dijon messire Bénigne Joly (f 1694), dont le nom revient si •souvent sous notre plume, se signale par son zèle charitable. Il est difficile, dit son biographe, de pousser plus loin que lui le dévouement. On le voit étant malade se priver de la nourriture préparée à son intention afin de secourir des indigents qui se présentent.
« Un jour la terre couverte de neiges, il rencontre un misérable marchand nuds-pieds avec bien de la peine. Il se déchausse sur le champ et lui ayant donné ses souliers, il s’en revient nudspieds chez soy. »
Il n’hésite pas à entrer dans la demeure de pauvres que l’horreur qu’inspirent leurs infirmités réduit à un cruel abandon; fait leur lit, les change de linge ; « se jette au coû de vieillards dont les corps à demi-pouris d’ulcères, exhalent une puanteur insupportable, leur présente à boire et à manger, leur rend les services les plus abjets, leur fait cent caresses pour les rendre par là plus susceptibles des exhortations pathétiques qu'il leur •adresse, ...ce qu’il accompagne toujours d’une bonne aumône proportionnée autant qu’il le peut, aux besoins les plus pressants de chacun d’eux 73.«. »
A la fin du xvne siècle meurt à Paris (1696) une dame de la haute bourgeoisie, dont la vie est consacrée au soulagement de la misère. C’est Mme de Miramion, veuve d’un Conseiller au Parlement 74.
niers qui étant demeurez malades manquoient de toutes choses : elle aloit de tems en tems les consoler et les encourager à la patience ; mais afin de rendre ses exhortations plus agréables et plus utiles, elle y joignoit l’aumône... Elle voulut •encore servir de cuisinière pour leur aprêter à manger... » Joseph Grandet, Vie •de Mlle de Melun , in-8, 1687, chap. xii, p. 103-104.)
73. Père Beaugendre, La vie de messire Bénigne Joly , op. cit., in-8, 1700, chap. iv et v, p. 121,123, 131, 132. « Il a plusieurs fois donné ses propres couvertures et son lit, aux pauvres qu'il sçavoit en manquer ; mais il l’a fait particulièrement bien volontiers et plusieurs fois, à de pauvres gens qui n’avoient qu’un lit, où les pères et les mères estoient contraints de faire coucher leurs enfans avec •eux. Par cette charité il remédioit aux incovénients qu’il est aisé de s’imaginer qui pouvoient arriver de ces fascheuses nécessitez... » (Loc. cit., p. 125).
74. Consulter : Abbé de Choisy, La vie deMme de Miramion. In-12, Paris, 1706. — Alfred Bonneau, Mme de Beauharnais de Miramion, sa vie el ses œuvres. In-8, Paris, 1868. « C’était, dit Saint-Simon, une femme d’un grand bon sens, et d’une grande douceur qui de sa tête et de sa bourse eut part à plusieurs établissements très utiles dans Paris » ( Mémoires , édition Hachette, in-12, t. I, chap. ix, p. 198- 199).
Elle forme une communauté dite de sainte Geneviève, chargée d’enseigner gratuitement les enfants des Campagnes ; d’assister spirituellement et corporellement les malades et les blessés... (Choisy, op. cit ., p. 85). Après la mort de Mlle de Lamoignon, Louis XIV confie à Mme de Miramion la distribution de ses aumônes particulières (p. H 3).
Lors d’une disette, à l’époque si triste de la Fronde, elle ouvre ce que l’on peut appeler des fourneaux économiques et consacre tous ses revenus et ses épargnes à cette œuvre de salut public75.
Mme de Miramion n’est pas seule; Mme de Pontchartrain nous apparaît comme une véritable mère des pauvres ; ses aumônes habituelles, sont abondantes, «les extraordinaires les surpassent », écrit Saint-Simon (op. cit ., tome VII, chap. v, p. 45).
Elle fonde un refuge de jeunes filles à Versailles ; un hôpital dans ses propriétés. Durant le rude hiver de 1709, ses libéralités redoublent ; des fours permettent de distribuer du potage, de la viande cuite à des milliers d’affamés.
Le chancelier, ajoute Saint-Simon, ravi de ces bonnes œuvres, laisse une entière liberté à sa femme76.
Vers la même époque, le bienheureux Joseph-Marie Tommasi, cardinal, né en Sicile (-j* 1713), ne réserve qu’une faible somme sur ses revenus et distribue le reste aux malheureux. D’après le témoignage de son médecin, il prend à peine une nourriture suffisante afin dégrossir la part de ses protégés (Petits Bollandistesy tome I, p. 51).
75. Nous voyons en Angleterre vers 1797 des gens riches et bienfaisants ouvrir des boutiques à soupes d'hiver pour les pauvres (orge, pois, sel et poivre). Cet aliment réconfortant est vendu au-dessous de ce qu’il coûte. « Un des avantages résultans de l’institution de ces boutiques à soupe, lit-on dans un rapport de 1798, sera l’introduction d’un meilleur système de nourriture parmi les indigens. Rien n’est moins substantiel et moins économique que l'habitude où l’on est d’envoyer un enfant au travail avec un gros morceau de pain sous son bras : partie de ce pain ne lui fournit qu’un fort mauvais repas et le reste est jeté çà et là ! » (Étal), d'humanité , op. cit., n° 31 (IV), p. 120 et suivantes).
76. « Personne ne s’en alloit sans emporter du pain de quoi nourrir deux ois trois personnes plusieurs jours, et du potage pour une journée. Ce concours (à Pontchartrain) a eu bien des journées de trois mille personnes, et avec tant d’ordre que nul ne se pressoit, ne passoit son tour d’arrivée et avec tant de paix qu’on n’eût pas dit qu'il y eût plus de cinquante personnes... » (Saint-Simon. loc. cit.).
LES DISTRIBUTIONS D’AUMONES (2e PARTIE)
Qui ne connaît les libéralités sans nombre de Fénelon (-[*1715), son zèle pour l’assistance de toutes les misères. Sans ostentation, sans bruit, il accomplit un bien immense, ne négligeant aucun des devoirs de sa charge épiscopale 77 .
Au moment le plus critique des guerres, son nom inspire un tel respect, qu’à travers les lignes ennemies « seul et sans protection il peut parcourir son diocèse. On voit la plus décriée de nos troupes, les hussards impériaux, l’accompagner et s’improviser son escorte dans une de ses courses pastorales. Les terres qui lui appartiennent, respectées par les troupes étrangères, deviennent un refuge pour les paysans du voisinage 78. »
Le traité de Vienne (1738) donne à Stanislas, roi de Pologne, la souveraineté de la Lorraine et du duché de Bar. 11 y règne 28 ans (1738-1766). On est étonné des œuvres qu’il multiplie avec une liste civile ne dépassant pas 2.000.000 de livres.
Ses bienfaits sont répandus partout, rien n’échappe à sa sollicitude. Il embellit Nancy et ne veut employer que des ouvriers lorrains, en choisissant les plus malheureux. « C’est une bonne action, dit-il, de donner du pain au pauvre qui en manque ; mais c’en est une meilleure encore de ne lui donner qu’à la fin de la journée; on le soustrait ainsi par là à deux grands maux : l’oisiveté et la misère. »
Une bourse de secours est fondée par ses soins pour les négociants que des pertes réparables laissent momentanément sans ressources et qu’un prêt, à intérêts modiques, peut tirer de cette fâcheuse situation.
Une somme de 100.000 écus se trouve destinée à dédommager les cultivateurs des pertes qu’occasionnent la grêle, les incendies, les épizooties.
Des greniers d’abondance établis à Bar et à Nancy préservent la population des horreurs de la famine lors des années de disette.
77. « Visites d’hôpitaux, dispensation large mais judicieuse d'aumônes , clergé, communautés, rien ne lui échappoit. Il disoit tous les jours la messe dans sa chapelle, officioit souvent, suffisoit à toutes ses fonctions épiscopales sans jamais se faire suppléer » ( Mém . de Saint-Simon , op. cit., t. VI, chap. v, p. 86 (année 1711).
78. Lamartine, Cours familier de littérature , t. XXVIII, entretien CLXVIII et dernier (Décembre 1869), n° XXXV, p. 386-387.
Des fondations spéciales permettent d’assister les pauvres qui se cachent 79.
A côté de Stanislas le bienfaisant , il est un Roi qui mérite d’être inscrit au Livre d’or des amis des pauvres ; c’est Louis XVI, victime des haines sectaires qu’il ne sait point déjouer par une sage prévoyance alliée à une nécessaire fermeté.
Le matin du jour où va mourir Louis XV il écrit à l’abbé Terray : « M. le contrôleur général, je vous prie de faire distribuer deux cent mille livres aux pauvres des paroisses de Paris, pour prier pour le Roi. Si vous trouvez que ce soit trop cher, vu les besoins de l’Etat, vous les retiendrez sur ma pension et sur celle de Mme la Dauphine. »
Quelques semaines après le jeune Souverain fait remise au peuple de l’onéreux tribut appelé le don de joyeux avènement80.
Au cours des hivers de 1776 et de 1788 il s’élève dans les rues de la capitale des obélisques de neige portant des inscriptions destinées à témoigner de la reconnaissance populaire pour les bienfaits sans nombre du Roi et de la Reine.
« Louis, les indigens que ta bonté protège « Ne peuvent t’élever qu’un monument de neige,
« Mais il plaît davantage à ton cœur généreux « Que le marbre payé du pain des malheureux . »
(1776, Proyart, Louis XVI , t. 1, p. 235.)
A Marie- Antoinette :
« Reine, dont la bonté surpasse les appas,
« Près d’un roi bienfaisant occupe ici ta place,
79. Conférer : Villeneuve-Bargemont, op.cit., t. II, annexe J., p. 640-645. Fréron, Année littéraire , 1754, t. IV, lettre XII, p. 265 ; 1759, t. I, lettre VIII, p. 169; 1765, t. IV, lettre XII, p. 265. Le recueil des fondations de Stanislas remplit un volume in-fol. de 400 pages.
80. « La Reine se distingua par un acte semblable de générosité. Il existait un usage antique et galant dont les reines de France avaient désiré la conservation. A la mort du roi, les Français payaient à la nouvelle reine un droit connu sous le nom de ceinture de la reine. Marie-Antoinette apprend que ce droit pèse sur les classes les plus infortunées; que les privilégiés ont trouvé moyen de ne pas y contribuer ; elle supplie le roi de s’opposer à sa perception. Cet acte généreux plait à Louis XVI et l’universalité de la Nation applaudit au désintéressement, à la bienfaisance de la reine » ( Mémoires de Weber , 2 vol. in-8, collection Baudouin, t. Ier, note de la page 42).
LES DISTRIBUTIONS D’AUMONES (2e PARTIE)
u Si ce monument frêle est de neige et de glace,
« Nos cœurs pour toi ne le sont pas 81 . »
Quelques années à peine se passent, pour prix de tous ces bienfaits l’histoire enregistre les sinistres journées des 21 janvier et 16 octobre 1793 !
Des personnes appartenant à tous les rangs de la société montrent donc, durant de longs siècles, une pieuse émulation pour l’accomplissement des préceptes charitables. Nous allons les voir ne plus agir isolément, mais rester groupées au sein des œuvres multiples qu’elles suscitent et qu’elles font vivre afin d’assurer le soulagement continu des pauvres.
81. Mémoires de Mme Campan , collection Baudouin, t. III, p. 93-95.