‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 86 sur 149 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

de nombreux privilèges ; grâce à leurs soins, l’assistance se trouve assurée aux malades, quelle que soit l’affection dont ils souffrent, toujours sans distinction de nationalité 8.

« La sainte et royale Gonfrairie de Notre-Dame du Refuge et de la Piété de Madrid » prend naissance en 1615. Elle compte au nombre de ses fondateurs : Bernardin de Antequera (Jésuite); Don Pedre Lâso de la Véga; Don Jean-Jérôme Serra. Son but est de procurer des secours spirituels et temporels aux nécessiteux ; de subvenir avec discrétion aux besoins des pauvres déchus d’une position aisée ; de recueillir et d’assister les indigents privés de ressources.

Un document relatif à l’année 1798 et publié dans le Recueil des Etablissements d' humanité , nous fait connaître tous les détails de cette action charitable, ces renseignements sont précieux et doivent trouver leur place ici 9.

« Trois membres de la confrairie, l’un prêtre et les deux autres séculiers, font toutes les semaines de l’année, les visites de jour, pour distribuer les aumônes aux pauvres malades, selon les statuts; distribution en 1798 : 10.878 réaux, 30 maravédis.

« Trois autres membres désignés pour secourir les pauvres malades en danger et les nouvelles accouchées, répartissent cette même année 71.643 réaux, 16 maravédis 10.

« Les secours donnés secrettement à des personnes de distinction s’élèvent à 7.134 réaux.

« Les personnes secourues dans toutes les classes, sont au nombre de 5.194, dont 1.905 parla visite ordinaire, 3.134 dan-

8. Annalide statisticà 1875. Roma-Firenze. Statislica internazionale délia Beneficenza. Parte II. Portogallo, p. 29-30. Rivista délia Beneficenza, ann. 1879, p. 407.

9. Étab. d'humanité n° 14 (XIV), p. 113-127. Conférer : Howard, op. cit., t. II, p. 16, et pour Barcelone. Étab. d'humanité n° 16 (XIV), p. 34 à 104. Une note de cet ouvrage, n° 14, p. 119, se rapporte à la valeur comparative des monnaies : « Le real dont il s’agit ici vaut 34 maravédis ; 20 de ces réaux sont égaux à la piastre forte, qui, au pair, est égale en ce moment à 110 sous tournois, environ 5 francs 43 centimes. C’est donc moins d’un centime pour le maravédis, 5 sous 6 deniers tournois, environ 25 centimes pour le réal. »

10. « Cette année (1798) on a recueilli 3.940 pauvres, dont les soupers et les déjeuners, la nourriture pour plusieurs, qu’on a gardés quelque temps, le transport de six aux hôpitaux, parce qu’ils étaient malades, le soin d’en ramener trois dans leurs demeures et autres frais, ont monté à 8.544 réaux 24 maravédis. Dépense de 1618 à 1798, 327.427 réaux pour 240.548 pauvres recueillis et 19.162 conduits chez eux ou à l’hospice. » (p. 122).

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gereusement malades ou nouvelles accouchées, 155 personnes de distinction.

« Durant le même temps, 977 personnes sont conduites pour changer d’air sur les propriétés de la Gonfrairie, aux bains et aux eaux minérales. »

Ajoutons 34 aliénés internés aux frais de la Confrérie et de nombreux orphelins assistés.

« Toutes les nuits la ronde est faite par trois confrères (un prêtre et deux séculiers) selon la distribution des quartiers ; ils recueillent et font transporter à l’infirmerie les pauvres qu’ils trouvent exposés aux inclémences de l’air, administrent le sacrement de Pénitence à ceux auxquels il est nécessaire. Le lendemain on les mène aux hôpitaux ou chez leurs parents.

« On nomme, chaque jour, pour conduire les pauvres malades aux hôpitaux, deux des membres de la société qui, d’après les indications qu’ils reçoivent, passent dans les lieux où ces pauvres demeurent et les chargent sur les brancards et les chaises à porteur que la société entretient à cet effet ; en vérifiant toutefois préalablement si la maladie dont ils sont attaqués permet leur transport; et dans le cas contraire, on leur rappelle l’obligation de recevoir les sacrements11. »

Des confréries similaires se forment à Saragosse, Tolède, Grenade, etc. ; elles se recrutent parmi le clergé, la noblesse, les riches bourgeois.

Sous le règne de Charles III, il se crée à Madrid une junte générale de charité (1778) ayant pour mission de diriger et de réformer au besoin les juntes paroissiales ; on obtient ainsi d’excellents résultats 12 .

Les populations espagnoles sont d’ailleurs pleines de commisération pour les pauvres. En Biscaye, (il y a « même dans la manière de distribuer l’aumône une tendresse et une délicatesse singulières. La mère de famille baise cette aumône avant de la

11. Ce service a occasionné, de 1618 à 1798, 1.243.271 réaux pour 267.651 malades transportés {op. cil., p. 123).

12. Conférer pour ces mesures qui se lient intimement à la question de la mendicité : Herrera, op. cit ., 1598, p. 33. F. H. Iglesias, op. cit ., t. II, p. 814-815, Nov. Recop ., op. cit., Liv. VII, Tit. XXXIX.

donner à l’indigent, et, à l’occasion, elle la lui fait passer par la> main d’un enfant, afin que celui-ci, dit-elle, apprenne à la distribuer, et afin que, d’après une autre expression aussi touchante que poétique « donnée par une main innocente, elle paraisse plus belle aux yeux de Dieu 13 » .

Nombre de confréries autrichiennes viennent également, depuis le xiue siècle, en aide aux classes nécessiteuses. Joseph II, avec ses idées centralisatrices, réunit ces associations viennoises en une société unique portant le nom : « de Société de l’amour du prochain » qui doit être organisée sur le modèle de l’Institut des pauvres existant depuis 1779, dans les domaines du comte Bouquoy (mai 1783).

Le but de cet Institut est de secourir les indigents et d’inciter les riches à faire l’aumône. Pour réaliser cet objet, le Comte partage chacun de ses domaines en autant de circonscriptions* qu’il existe de Paroisses, et confie la direction de ces petites œuvres au curé, à un « père des pauvres » (Armenwâter) nommé par les- habitants, et à un secrétaire ou teneur de livres.

« Le père des pauvres » reçoit les offrandes et les répartit selon les besoins. Le propriétaire des Domaines se réserve un droit général d’inspection et de surveillance.

Un décret du même empereur (2 novembre 1782) étend cette organisation en Bohême, puis, de 1783 à 1787, à tous les Etats Allemands et Slaves faisant partie de la monarchie.

Des mesures, fort sages du reste, sont prises pour assurer la bonne distribution des subsides 14.

En Pologne, nous trouvons la Confrérie de Saint-Lazare (1418) et autres associations composées de laïques, mais rattachées aux Eglises paroissiales (Confrérie de Sainte- Anne, 1529).

Au début du xvie siècle (1505) Jean Laski organise « la confrérie des pauvres » chargée de subvenir aux besoins de ses membrestombés dans la misère et des autres nécessiteux de la localité.

13. Société lntern , des études pratiques d' Économie sociale. Bulletin, t. II‘ Session de 1867-1868. In-8, 1868. Société d’Économie sociale. Séance du 9 février 1868. Institutions de la Biscaye. Lettre de M. de Trueba, p. 436.

14. Notes manuscrites de M. l’Abbé Jecker, curé-doyen de Gourrendlin (Suisse), Conférer : Rivista délia heneficenza , op. cit., ann. 1877, p. 603.

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Plus tard, l’abbé Powenzki, célèbre par ses prédications, revenant de Rome, institue à Cracovie, auprès de l’église de Sainte-Barbe, la confrérie dite de la charité . Les statuts de cette association reçoivent l’approbation du Souverain Pontife ; les confrères, hommes et femmes, appartenant aux plus hautes olasses de la société peuvent gagner de précieuses indulgences. Les revenus de l’œuvre, les collectes réunies chaque semaine, sont distribués mensuellement aux malheureux, aux malades et aux prisonniers 15 .

Dans la Suisse du moyen âge, l’assistance des pauvres relève directement de l’Eglise. Presque tous les testaments renferment des legs en faveur des malheureux. Il existe aussi des coutumes locales, sources d’abondantes aumônes. Ainsi des familles nobles font parfois porter par des nécessiteux les armes et les insignes du défunt à la suite de son cercueil ; la cérémonie terminée on donne à ces porteurs un repas et une quantité suffisante de drap pour se faire un habit. Bien souvent, les messes anniversaires, les journées des quatre-temps, sont l’occasion de distributions de vivres, de lait, de beurre aux indigents des paroisses. A partir de la Réforme, on ne peut trop le répéter, les secours relèvent presque exclusivement de l’autorité communale. Les bourgeois jouissent, sous ce rapport, de privilèges particuliers s’ils deviennent misérables. Les étrangers pauvres, les passants forment la catégorie des mendiants, des vagabonds au sujet desquels des mesures d’assistance répressive sont adoptées.

Aux xvie et xviie siècles, le nombre des institutions charitables anciennes est fort restreint. Des fondations nouvelles apparaissent au xvme siècle et se multiplient au xixe. A Zurich, une société de secours se crée en pleine tourmente révolutionnaire (1798-1799) 16.

15. Le nombre des membres est de 200 en 1588. Plus tard, on trouve inscrits sur les Registres : le roi SigismondlII et sa seconde femme Constance ; le roi Michel Wisnioviecki et la reine Éléonore ; le Cardinal Prince Radziwille : le Palatin de Cracovie, etc. (Renseignements fournis par M. de Moldenhawer de Varsovie).

16. « Dans les cantons catholiques qui font preuve relativement d’une grande activité, la plupart des sociétés ont un caractère religieux et sont considérées comme des institutions religieuses. Dans le canton de Lucerne, elles ont été fondées dans de mauvaises années, grâce à l'initiative des autorités ou même de

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Un philanthrope cle Bâle, Iselin (1728-1782), fonde la société du bon et de Vutile. Gesellschaft zu Befôrderung des guten und gemeinnützigen, in Basel (1776). Cette œuvre sociale se développe rapidement. D’après l’article 1er de ses statuts « elle a pour objet de procurer, d’encourager, de répandre tout ce qui est bon, louable, généralement utile ; tout ce qui peut relever et accroître la dignité et le bien-être de l’existence commune, le bonheur du citoyen, et de l’homme en général. »

« Une commission des malades (1785) procure à domicile l’assistance des médecins, aux malades, aux blessés, aux vieillards ; leur fournit les bains, les médicamens, le chauffage, les aliments 17. »

Dans la ville libre de Hambourg, au début du xvie siècle, l’assistance est volontaire ; les avis du Conseil, publiés en 1529, disent : « les distributeurs doivent visiter les maisons de leur district au moins une fois par mois, afin d’apprendre à connaître la situation des pauvres, de procurer du travail à ceux qui sont en état de veiller, de prêter de l’argent sans intérêts à ceux qui sont honnêtes et susceptibles d’être rendus indépendants, enfin, d’assurer une assistance permanente aux malades et aux infirmes18. »

L’Allemagne, comme la Suisse, compte de très nombreuses

simples particuliers, et elles sont en partie organisées par district. Uri et Obwald se distinguent par des fondations considérables, remontant même au xve siècle, dont les revenus sont employés en vue de l’éducation des enfants ou dans certains buts d’assistance générale. Ainsi Uri occupe le second rang au point de vue des biens des pauvres, et Obwald est celui des cantons qui a proportionnellement le plus de sociétés et de fonds pour l’assistance. — 1 sur 1.111 hab. » (Niéderer, Le Paupérisme en Suisse. Zurich, 1878. G. Conclusions, p. 384.)

17. Bulletin de la Société des Établissements charitables , t. Ier, n° 3, p. 330 et suiv. Paris, Treuttel et Vürtz, mai 1831. Cet article, non signé, donne les renseignements les plus intéressants sur le développement de cette œuvre au xix® siècle.

18. « C’est le système de Hambourg qui a servi de modèle à l’organisation de l’assistance à Leipzig dès 1802, à Elberfeld en 1853, à Créfeld en 1862. Mais il a subi des modifications ; il a notamment été complété par l’usage d’investigations minutieuses vraiment inquisitoriales et de mesures infamantes de nature à peser constamment sur le mendiant de profession... Mais ce n’est plus l’initiative piûvée qui est ici en œuvre ; c’est une institution d’état avec ses corps constitués, ses règlements fixes, sa rigidité. . . » ( Rapp . Teissier de Cros, Congrès intern. de 1889 , t. I, p . 46).

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fondations des pauvres, qui font place à une assistance communale partout où s’établit le luthérianisme 19.

Passons-nous en Hollande, voici à Amsterdam une société Israélite de bienfaisance se proposant comme but de distribuer à ses coreligionnaires portugais des paletots. Chaque annéelesort désigne ceux de ses membres auxquels il est permis de proposer un de ces pauvres. Ce don ne peut être accordé deux années de suite au même individu. L’institution est fondée au xvme siècle (Falkenburg, op. cit ., fasc. III, p. 304).

A Utrecht une partie des offrandes faites par les fidèles à leur église paroissiale est, avant la réforme, réservée aux malheureux. Cette coutume persiste alors que le soin des indigents passe à l’autorité laïque. Certains temples protestants continuent à faire distribuer ces vivres, dans l’édifice religieux, sur des tables disposées à cet effet (Smissaert, op. cit., fasc. I, p. 137-138)20.

Dans les Flandres, ainsi que le constate Emile Levasseur, il existe des essais fort anciens de mutualités ; l’organisation de ces sociétés est rudimentaire, « les membres se partageant, ou buvant, à la fin de chaque année, le reliquat de la caisse21, a De Morogues remarque avec raison, qu’étant donnée la dureté de l’assistance légale en Angleterre, ce pays possède des œuvres multiples offrant des secours aux malheureux. « Une sorte de vanité nationale, dit-il 22, contribue au soutien de ces institutions. C’est une honte, en quelque sorte, dans les classes élevées et bourgeoises, souvent même dans les classes inférieures, que de ne pas faire partie d’une institution biblique ou charitable et c’est

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