‹ Histoire de la charité (volume 3)Chapitre 97 sur 149 · LES MÉDECINS · texte numérisé non relu

LES MÉDECINS

§ Ier. — Mires ; charlatans ; empiriques ; rebouteurs ; etc.

Ainsi que nous pouvons le constater à chaque page de ce livre le développement progressif de la médecine et de la chirurgie est lent. Faute de praticiens, les populations des campagnes restent longtemps livrées aux charlatans, empiriques, rebouteurs, etc.

Le nombre de ces individus est considérable. On en trouve dans les grandes villes : il suffit de rappeler pour Paris les noms de : Christoforo Contugi, Barry, Mondor, Tabarin. Sur le Pont- Neuf fourmillent les marchands d’orviétan et autres drogues guérissant tous les maux L

Alors même que les populations trouvent des hommes sérieux, remplissant leurs devoirs de citoyens, de pères de famille, de médecins consciencieux , on les voit préférer les devins, les prétendus guérisseurs, souvent simples bergers sans instruction -.

« Beaucoup de ces gens sont des spécialistes ; celui-ci sait couper la fièvre, ou faire passer les coliques et celui-là traite, avec succès, prétend-il, les échau [faisons, les pleurésies, les pulmonies.

« Certains sont experts aux plaies et blessures ou estropiaisons, d’aucuns s’occupent des maux d’veux ou d’oreilles... Enfin les

1. A. Franklin, Les médecins. In-12, Paris, 1892, 2e partie, II, p. 116 et suiv.

2. Un médecin du vieux temps. Claude-Antoine ^Bougauld (de Dole), d’après son livre de raison, 1650-1724 . In-8, 20 p., Besançon, 1892, p. 11.

ossiers ou rebouteurs dont la race existe encore de nos jours, remettent les membres cassés ou démis 3. »

Ces Esculapes rustiques emploient des remèdes traditionels ; ils les accompagnent souvent de mots mystérieux, de gestes bizarres, de formules qu’ils veulent faire passer pour magiques. Des familles prétendent posséder des secrets qu’elles se transmettent de génération en génération. Parfois c’est la fonction qui confère le pouvoir de combattre certains maux. Ne voit-on pas aux yeux des foules crédules, le bourreau , au retour d’une exécution, jouir du pouvoir d’exercer une action bienfaisante par son seul contact !

Cette tourbe de devins, d’exploiteurs, se rencontre dans toute l’Europe. « Marchands ambulants, qui, la hotte sur le dos, parcourent l’Allemagne, vendent des remèdes, des vermifuges et ne sont pour la plupart que des bandits, des fripons dupant le monde sans aucun scrupule alors qu’ils prônent effrontément leurs onguents et leurs drogues 4 5. »

Ces individus néfastes pullulent en France.

Les lieutenants du premier chirurgien du roi le constatent en 1790 5.

Le Quesnoy (1er décembre 1790). « Il n’y a qu’un ou deux charlatans dans cet arrondissement qui viennent de tems en tems ici les jours de foire ou de marché... »

3. Conférer: Jules Lecœur. Esquisses du Bocage Normand. In-8, 1887, t. II, chap. iv, p. 98. Abbé Noguès. Les mœurs d’autrefois en Saintonge et en Aunis. In-12, Saintes, 1893, p. 49. Un médecin empirique au XVIIe siècle. Christophe Ozanne, Laboureur à Chaudray près Mantes ( Gazette hebd. de médecine et de chirurgie , feuilleton, 2e série, t. XIII). Veuclin, Sorciers et empiriques a Bernay. In-8, 9 p., Bernay, 1889. Emile Gilbert, La pharmacie a travers les siècles. In-8, Toulouse, 1892, p. 232 et suivantes ; détails sur les amulettes, etc. Franklin, Variétés chirurgicales. In-12, 1894, p. 205. Dr Edmond Minvielle, La médecine au temps de Henri IV. In-12, Paris, 1904, p. 87 et suiv.

4. J. Janssen, L’Allemagne et la réforme , t. VI, chap. vr, p. 408 à 417. Les autorités et les collèges de médecins des divers pays luttent sans succès contre ces empiriques. « Mardi 9 janvier 1714. Poursuivra-t-on devant le Parlement un certain Durand, vulgairement appelé médecin aux urines (uroscopum)? Néel père et Reu sont chargés de poursuivre activement ce misérable » (A. Avenel, Le collège des médecins de Rouen. In-8, 1847, p. 181). Consulter : A. Babeau, La vie rurale dans l’ancienne France. In-8, 1883, p. 286. En 1728 (25 octobre) un arrêt du conseil « défend à toutes sortes de personnes de distribuer des remèdes spécifiques sans permission » ( Code de Louis XV, t. II, p. 476-478).

5. Extraits de réponses des lieutenants du premier chirurgien du roi au comité desalubrité, Arch. Nat., F15, 2281, 2J82. Ce Comité avait pour président Guillotin et pour secrétaire le docteur Gallot.

l’assistance médicale a DOMICILE. — LES MÉDECINS 369

Mortagne (2 décembre 1790). « Les charlatans empiriques et à secret fréquentent toujours ce pays pour le malheur de l’humanité. »

Bray-sur-Seine (2 décembre 1790). « Empiriques ; on doit comprendre dans cette classe les épiciers qui nous vendent des remèdes souvent sans connoître leur effet et sans ordonnance de gens de l’art, sous le seul apas du gain et qui deviennent très dangereux. »

Meaux (3 décembre 1790). « Dans l’arrondissement de cette communauté sont très grand nombre de charlatans, empyriques gens à secret et autres que l’ancienne police a constamment autorisés et que la nouvelle favorise encore davantage. »

Pour retracer un tableau vivant de la manière dont opèrent ces personnages il suffît d’analyser le dossier concernant des opérateurs arrêtés à Laval en 1786 6.

Leur malle est ouverte en présence de : « Jean Deschamps et François Hubert, médecins et chirurgiens roïaux aiant prêté serment à justice », et des propriétaires de la dite malle « renfermant leurs prétendus remèdes ».

On trouve en premier lieu une certaine quantité d’affîches imprimées destinées à être apposées dans les localités où la troupe passe 7 .

6. Archives de la Mayenne , série B., n° 1139, année 1786. Conférer une instruction de l'Intendant de Touraine (d’Aine) 13 février 1785. « ...Il est certain que le gouvernement tolère moins que jamais l’abus du charlatanisme et que les lettres patentes rendues, il y a quelques années, à la sollicitation delà Faculté de médecine de Paris, ont beaucoup diminué le nombre de ceux qui l’exerçoient dans le royaume. . . » ( Archives de la Mayenne, série C., n° 9).

7. Texte de l’affiche. « Par permission, avis aux amateurs de leur santé. Le Sr Espagnol, botaniste et herboriste depuis 400 ans, de père en fils, s’étant fait une étude particulière de la connoissance des plantes tant de mer que de terre, pour en distinguer les propriétés et les employer salutairement ; habile dans la distillation des huiles et essences, dans les gommes, dans la composition de diverses pommades de graisse humaine et d’animaux sauvages, guérit toutes sortes de fièvres en deux heures de temps, quelque opiniâtres qu’elles soient, ne faisant rienprendre pour l’intérieur du corps, n'employant qu’un topique, c’est-à-dire un linge mouillé sur le creux de l’estomac, il lui suffît de voir l’urine de la personne malade. Il traite avec succès le mal vénérien le plus invétéré ; la teigne, migraine et autres maux de tête, bourdonnement, rougeurs des yeux ; dartres ; maux d’estomac, de foye, rate ou poulmons ; commencement de mal caduc ; état des personnes trop ou trop peu sanguines ; jaunisses, douleurs quelconques ; formation de cancer, rhumatisme, vapeurs ; enflure, galle, brulûre, coupure, blessure et autres infirmités dont le nombre seroit trop long à détailler. La seule inspection

Secondement quelques traités de médecine, notamment « une brochure intitulée la médecine familière et sincère ».

Troisièmement des paquets de plantes desséchées sçavoir : « 3 paquets d’hipecum (plante vulnéraire) ; un paquet de saulge (vulnéraire aromatique) : un paquet d’absinthe (vermifuge) ; un paquet de molène (émolliant) ; de plantain un paquet (astringente) ; un paquet d’armoise (emmenagogue) ; un paquet de thim (aromatique) : trois paquets de tytimale ? purgatif violent; plusieurs rouelles de navet sauvage desséchées et enfilées (extérieurement résolutif fort actif) ; un morceau de racines de rhubarbes du poids à peu peu près de trois gros (purgatif connu) ; deux gros environ de racine de sassafras (bon sudorifique et odorant) ; enfin un sachet rempli de roses rouges et un autre sachet de farine sans être passée.

« De plus une trousse remplie d’instruments chirurgicaux particulièrement destinés à arracher les dens. Un paquet contenant du vitriol environ deux gros, de l’alun en pierre, de l’alun calciné, environ trois gros du tout ; un sachet rempli de racine d’orcanette ; toutes drogues propres à la teinture comme à la chirurgie. Plusieurs pots remplis d’un onguent dans lequel nous jugeons à l’odeur que la thérébentine domine. Deux boîtes remplies de plusieurs petits paquets enveloppés de papier et contenant une carte roulée dans laquelle sont renfermées quatre pilules du poids d’environ six grains et roulées dans de la farine ; il ne nous est pas possible d’en deviner l’usage ni la composition et le dit sieur Bachelet nous déclare en ignorer également la composition et que l’usage auquel il les destine se réduit à tuer les rats.

« Cette malle contient enfin un papier renfermant six gros de verre d’antimoine, remède inusité, purgatif et vomitif très acre et qui peut produire les effets les plus dangereux. »

de l’urine des malades fait connoitre leur tempérament au dit sieur Espagnol, on peut venir le consulter ; il n’entreprend rien au dessus de ses lumières et de son expérience. 11 a des purgations pour les vers des enfans, et des médecines pour les grandes personnes, chaque maladie a son remède particulier, parce qn’il n’est pas possible qu'un seul remède puisse servir efficacement à toutes. Ses traitemens sont proportionnés àlaforceouà la délicatesse du tempérament. Il est visible à toute heure, attendant la confiance du Public qu’il espère mériter. Il est logé (espace laissé en blanc) . »

Le procureur fiscal prend connaissance du procès-verbal, interroge les détenus : Bachelet, Copet et leurs femmes, puis usant •d’indulgence conclut à la confiscation et destruction des drogues, la liberté étant rendue aux inculpés à condition de ne plus vendre et débiter des substances dites médicinales. Le juge adopte ces ■conclusions.

On voit par ce qui précède que ces opérateurs , à côté de plantes inoffensives destinées à tromper les naïfs, ne craignent point de se servir de médicaments ne pouvant être employés sans discernement.

Le mal qui résulte de ces exploiteurs de la crédulité publique «est donc réel et c’est avec raison que les pouvoirs publics s’attachent à l’extirper 8.

§ 2. — Les médecins et chirurgiens des villes chargés du traitement à domicile des nécessiteux.

Au fur et à mesure que le nombre des praticiens expérimentés s’accroît, les autorités municipales des centres importants se préocupent d’avoir des médecins salariés, chargés de donner à domicile leurs soins aux pauvres qui ne peuvent être hospitalisés. Ce fait se produit partout.

Il existe au sein de toutes les localités populeuses de Hollande des hommes de l’Art qualifiés de médecins de la ville , ils sont obligés, moyennant un salaire annuel, de soigner les indigents. « Soumis à une sorte de police, ils ne forment point cependant un collège au sens propre du mot9. »

« Bruges qui brille alors au premier rang des communes de Flandre a, vers l’an 1400, deux médecins recevant l’un 240 livres et l’autre 100 ; et trois chirurgiens aux appointements respectifs de 100, de 50 et de 25 livres : chacun a droit, en outre, à deux habits, l’un d’été, le second d’hiver. »

8. Les cahiers des États généraux réclament cet assainissement : Bailliage ■d’Alençon, I, 722 ; bailliage de Verneuil, I, 730; Tiers État de Melun, III, 748 : clergé d’Evreux, III, 295, etc.

9. État de la médecine , chirurgie et pharmacie en Europe , principalement en France . pour l'année 1777. In-8, Paris, 1777, p. 596.

Cet usage se généralise. Dunkerque, Douai ont leurs praticienspensionnaires.

Les riches cités choisissent même des spécialistes et font venir des chirurgiens herniaires, lithotomistes, dentistes ; oui chargent un médecin de soigner un genre donné de maladie 10.

A Roubaix les médecins, chirurgiens et sages-femmes salariés,, prêtent serment de remplir loyalement et fidèlement les obligations et devoirs de leur profession, tels qu’ils sont déterminés dan& les conventions passées entre eux et la communauté des habitants 11 .

Les comptes de la ville d’Haubourdin nous livrent les nomsdes chirurgiens chargés de soigner les pauvres du lieu12.

A Dole un traité est passé (1587) entre la ville et un médecin Italien ; « il doit visiter chacune année les boutiques et droguesdes apothicaires quatre fois l’an, en présence du sieur Maïeur, ou d’eschevins, ou d’aultres qui sont commis 13 .

« Pour les visites qu’il fait des malades, assavoir des riches, il a un teston ancien de huict gros ; pour les moyens, quatre gros ; les pauvres il les visite gratis.

« S’il est appellé extraordinairement, il a : des riches, quatregros ; des moyens deux gros ; des pauvres nihil , ains gratis.

10. Alex Faidherbe, Les médecins des pauvres et la santé publique en Flandre , ln-8, Roubaix, 1888, p. 189-191. « De même qu’on ignore la date d’apparition des Tables des Pauvres, on neconnait pas l’origine du service médical des indigents,, et il est difficile de dire quand et comment les principales villes du pays commencèrent à nommer des médecins spécialement payés pour donner leurs soins aux malades indigents de la localité. Cependant il nous semble raisonnable do fixer l’époque probable de cette création au moment où les villes de Flandre conquirent leur indépendance et obtinrent le droit de commune » (A. Faidherbe, Les médecins et les chirurgiens de Flandre avant 1789 (Thèse). In-4°, Lille, 1892,.

11. Abbé Leuridan, La table des pauvres de Roubaix. In-8. Roubaix, 1884,. p. 34.

12. Finot, Inv. arch. ville d'Haubourdin. In-4°, Lille, 1906, GG-16, 1695-1788,. p. 46 — 1725-1727. « A. Nicolas Dhalluin, chirurgien pour avoir pensé, soigné, etc., les pauvres du dit lieu ... luy at esté payez la somme de dix neuf florins treize patars » GG. 17, 1692-1792. « Vous payeré à Maistre Jean de Halluin, chirurgien en cette Vicomté d’Haubourdin, la somme de trente six livres parisis pour le parfait paiement des prétentions qu’il peut avoir à la charge de cette pauvretée pour avoir pensez et médicamenté les pauvres de cette paroisse. » (1698), p. 47.

13. Julien Feuvrier, L'ass. pub. a Dole au XVIe et au XVIIe siècle. In-8, 25 p. Dole, 1897, p. 13. Des conditions spéciales sont stipulées pour les temps de peste.

« Si à heure intempestive et de nuyct, il est appellé «pour visiter malades, les riches payent un écu ; les moyens dix-huict gros ; les pauvres gratis. «

La ville de Tulle organise l’assistance médicale dès le commencement du xvne siècle. « Les premiers lundis des mois de janvier, avril, juillet et octobre, tous les membres de l’agrégation des médecins s’assemblent pour délibérer sur les maladies du temps et les remèdes les plus convenables et pour consulter pro Deo sur les grands maux des pauvres. Chaque médecin ag'régé doit, en outre, pendant un mois tous les ans, aller visiter , pro Deo , tous les pauvres malades, excepté ceux de l’Hostel- Dieu qui a son médecin ordinaire 14. »

Le 17 août 1767 nomination du médecin de l’hôpital général de Saint-Louis de la Rochelle, tenu de visiter, comme antérieurement « tous les autres malades de la ville, reconnues hors d’état de faire les frais de la visite d’un praticien, pour les soulager dans leurs maladies. Son traitement est de 400 livres par an, payées par le receveur sur les derniers communaux et d’octroict15. »

Nantes a même un maître r habilleur, sorte de rebouteur chargé de remettre les jambes cassées des hommes et des animaux^.

Les médecins des villes ont parfois un bien maigre casuel et il est difficile de les recruter. Villefranche-en-Beaujolais éprouve mille peines à ce sujet. Le 16 avril 1603, Jean Desmures, l’unique médecin de la localité, se retire à Lyon à la recherche d’une meilleure clientèle. Le Conseil de ville s’assemble en toute hâte et prend des mesures pour le faire revenir 17.

14. René Fage, La vie à Tulle aux XVIIe et XVIIIe siècles. In-8, Paris, Picard,

15. De Richemond, Inv. arch. dép. de la Charente-Inférieure. In-4°, 1882, supp. A la série H. n° 149, p. 93.

16. « Mathurin Pagiot, maître abilleur des rompures de membres et os de personnes et chevallines et bestes animalles, pour lui aider à paier le louaige de la maison en laquelle il se tient en cette vilie de Nantes, à la charge de résider et demourer en la dicte ville pour ceulx qui auront besoin et mestier de son aide au dict estât de rhabilleur, 10 escus » (Ch. Laronze, Essai sur le régime municipal 'en Bretagne. In-8, 1890, ch. V, p. 121).

17. « Attendu que ceste ville est dépourvue d'ung médecin, et qu’il est extrêmement nécessaire d’y en avoir ung, et que le dict sieur Desmures a pris femme

Le 5 février 1615 la municipalité continue à payer des gages; de cent vingt livres au remplaçant de Jean Desmures; en 1631 la place est encore vacante ; des négociations s’ouvrent avec maistre- Daniel Audibert, médecin, demeurant à Belleville.

Si l’on éprouve de telles difficultés alors qu’il s’agit de centres, d’une moyenne importance, quelle est donc la situation des localités rurales ? Elle est d’autant plus déplorable que les praticiens, n’aiment pas à quitter leur clientèle bourgeoise pour se rendreà la campagne 18.

Aussi les Intendants autorisent-ils parfois les communautés, d’habitants à prendre des délibérations « pour obtenir l’imposition de la somme qu’il convient de donner à un chirurgien 19. »

Et que sont ces hommes de l’Art, dit La Rochefoucauld (4e rapport, p. 15): « des brevetés par privilège, souvent sans aucuneinstruction, sans étude, la plupart ignorans, parce qu’aucuneépreuve n’est nécessaire pour leur donner le droit d’exercer ; ils. n’offrent que des secours dangereux. »

« Des cinquante paroisses du pays Toulousain dont la situation nous est connue, écrit Théron de Montaugé20, les trois quarts, environ ne trouvent pas sur leur propre territoire les secours, d’un praticien quelconque. La condition des malades indigents dans la majeure partie des communautés rurales est alors.

en ceste ville, allie et honorable bourgeois de la dicte ville, en laquelle il liai aussy maison, et que, de plus, il cognait le naturel des habitans de la dicte ville,, ce que ne pourroit faire si promptement un aultre médecin que serait estranger,. que les gaiges de la somme de six vingt livres par an, accoustumés estre payés au* dict sieur Desmures, luy seront continués tant et si longtemps qu’il fera service à la ville, à la charge et condition , que pour raison des paouvres hahitans delà dicte ville, il ne soûlera prendre aulcune chose. . . » Dr Léon Missol, L'ancien Hôtel-Dieu de Ville franche en Beaujolais. In-8, Lyon, 1882, p. 17-18).

18. L’Intendant de Guyenne au Contrôleur général. Il propose l’établissement d’un médecin de la paroisse par analogie avec les fonctions que le Sr Desperriersremplissait dans la généralité de Paris. (Diaprés cette lettre on donnait 1.000livres à ce praticien.) L’Intendant ajoute : « Cet établissement m’a paru d’autant plus utile qu’il n’est pas aisé de déplacer les médecins des villes qui ont leurs malades, à visiter chaque jour, dans le tems que leur présence serait souvent nécessairedans les campagnes et particulièrement dans les environs de Bordeaux, où il n’y a aucun médecin » (1766, Arch. de la Gironde , série C., n° 3029).

19. Lettre de l’Intendant à un subdélégué au sujet de Sr Dumora, chirurgien à Teste. 16 septembre 1776, Arch. de la Gironde , série C., n° 293.

20. Théron de Montaugé, L'agriculture et les classes rurales dans lepays Toulousain. In-8, 682 p., 1869, p. 91.

l’assistance médicale a domicile. LES MÉDECINS 375

peu propre à faire tomber en désuétude le vieil adage du paysan gascon : « Patienço, médécino dés paourés21. »

Les Cahiers des Etats généraux ne s’expriment point différemment. « On ne peut penser sans horreur, écrit le clergé du gouvernement de Péronne (V, p. 350), à la multitude des victimes que l’ignorance des chirurgiens de campagnes précipite journellement dans le tombeau, c’est une épidémie universelle et continue, dont on ne peut ni calculer, ni tolérer plus longtemps les ravages »... « Ils enlèvent annuellement à l’Etat, ajoute la noblesse de Montreuil-sur-Mer (IV, p. 66), plus de citoyens que dix batailles ne pourraient lui en faire perdre. » Aux environs de Paris certains Cahiers traitent les chirurgiens « d’assassins qui, après avoir été peu de temps perruquiers dans la Capitale et fréquenté Saint-Cosme, prennent le titre de chirurgiens pour aller dépeupler impunément les campagnes 22. »

La noblesse du Boulonnais (II, p. 429) dit : « Un fléau des campagnes est l’incapacité et l’impéritie des chirurgiens ; leur ignorance est destructive des tempéraments et de la population. » Plus de cent Cahiers s’occupent de la réorganisation des écoles de médecine et de chirurgie, des garanties à exiger des praticiens, etc.

Tout en faisant la part de l’exagération, la science des médecins et chirurgiens de nos provinces laisse fort à désirer, néanmoins les confréries et Bureaux de charité cherchent à tireT tout le parti possible des éléments qu’ils ont sous la main.

§ 3. — Les services médicaux que lès confréries et bureaux de charité essayent d'organiser.

Des efforts sont tentés de divers côtés pour assurer aux malades assistés à domicile les soins médicaux dont ils ont besoin. Ainsi.

21. Conférer : Babeau, La vie rurale. In-8, op. cit., p. 150. La Rochefoucauld- Liancourt, 3e rapport, op. cit., p. 27. Léon Lallemand, L'assistance médicale au XVIIIe siècle. Ext. du bulletin du Comité des Travaux historiques. Congrès des Sociétés savantes de 1895. In-8, 22 p. Imp. nationale, Paris, 1895, p. 10 et 11.

22. Paroisse de Bondy (IV, p. 361). Paroisse d’Attainville (IV, p. 321) ; Tiersétat de Paris (V, p. 296) : « Réduire le nombre incroyable des petits assassins qui, à Laide d’une perruque etd’un privilège, et n’ayant souvent manié que le rasoir, s’ingénient de traiter les maladies les plus compliquées et à qui l’on semble avoir abandonné le sang du peuple. » Conférer : Clergé de Dax (III, 89) ; clergé de Montreuil-sur-Mer (IV, p.60); d’Arras (II, 88).

en Suisse, la Société dubon et de Vutile institue, en 1785, à Bâle, une commission chargée de procurer l’assistance de praticiens aux malades, blessés et vieillards. Cette commission fournit en outre bains, médicaments, chauffages, aliments 23.

A Crémone, il se fonde, au milieu du xvie siècle, une Compagnie de charité dite de Saint-Vincent; elle reçoit en 1591 un legs important fait par les frères Cristoforo et Giorgio Fonduli .

En dehors de dots de mariage, de secours destinés aux pauvres honteux, les testateurs affectent des sommes déterminées au payement de médecins et de chirurgiens allant visiter à domicile les indigents 24.

Les Confréries et Bureaux de charité, si nombreux en France, ne manquent pas de placer au nombre de leurs préoccupations l’organisation d’un service médical, lorsque cela est possible.

L instruction pour le soulagement des pauvres (avril 1650), donne des indications précises à ce sujet25. « Pour ce qui regarde les malades , si leurs maladies sont violentes, la charité, ès lieux où il y en a, doit les assiter en la manière qui se pratique ès paroisses de Paris. Que si les maladies sont de langueur, ou de celles que l’on appelle incurables, desquelles pour l’ordinaire lesdites confréries ne prennent soin, que le Seigneur du lieu ou ses préposés y pourvoient selon leur prudence, comme ils font pour les malades de leurs paroisses dans lesquelles lesdites confréries ne sont ou ne peuvent être établies, s’ils n’aiment mieux se servir de la méthode suivante :

« Le Seigneur du lieu s’informe de la véritable pauvreté des malades, et étant assuré qu’ils ne peuvent être assistés d’ailleurs

23. Bulletin de la Société des Étab. charitables , op. cit ., t. I, n° III, mai 1831, p. 333. Le Dr Dietrich, médecin protestant que cite J. Janssen, op. cit., t. VII, p. 420, constate par contre « que les paroisses protestantes, pendant les deux premiers siècles de la réforme, font très peu de choses pour les œuvres charitables. » C’est là un des effets naturels du principe de la charité légale, mais nous le répétons pourla centième fois, au xixe siècle la bienfaisance privée des protestants, luthériens ou calvinistes, fait surgir de terre nombre d’œuvres excellentes dont nous n’avons pas à parler ici, mais que nous ne méconnaissons nullement.

24. « Cristoforo era anche medico, e provô il bisogno di pensare più particolarmente in un’ opéra Pia ad apprestare soccorsi gratuiti ai malati a domicilio mediante persone dell’ arte salutare » (Fulvio Cazzaniga, L'elemosina , op. cit., capitolo secondo, § VII, Cremona, 1880, p. 55).

25. Document analysé par F. Laurentie, A travers l'ancien Paris. In-12, Paris, 1896, p. 68 à 73.

-donne ordre, ou ses préposés, que quelque chirurgien apothicaire ou médecin, selon la commodité du lieu, aille visiter les malades pour les panser et leur fournir les médicaments selon leur besoin... » 26.

A Brulon (Maine), en 1777, le bureau de charité fait remettre aux indigents secourus « une carte pour aller ou chez le chirurgien chercher des remèdes, ou chez la dame de charité chercher : viande, bouillon, vin, pain blanc ou argent en quantité marquée sur la carte. Le dit chirurgien et la dite dame viennent quand bon leur semble, lors de la tenue du bureau, :se faire payer de ce qu‘ils fournissent. Par ce moyen les pauvres sont assistés en santé ou en maladie et au lieu d’aller perdre le temps à mendier ils travaillent 27 . »

Nous n’avons pas à revenir sur ce que nous venons de dire dans le chapitre précédent, au sujet des soins médicaux organisés par les Confréries Charitables de Paris.

§4. — Théophraste Renaudot et ses « innocentes inventions ».

Les dispensaires en France et en Angleterre.

Les cerveaux de Théophraste Renaudot (*j* 1633) et de Pierron -de Chamousset (*J* 1773) sont toujours dans l’enfantement d’idées utiles aux petits, aux faibles, aux pauvres 28 .

On doit à ce dernier philanthrope : I, « le plan d'une maison <V association dans laquelle, au moyen d’une somme très modique, -chaque associé s’assurerait dans l’état de maladie toutes les sortes de secours qu’on pourrait désirer. II, Un mémoire développant

26. « Le service médical gratuit fonctionne sans interruption; un médecin reçoit un salaire fixe pour saigner les pauvres chez eux, et les médicaments sont dispensés aux frais de la pauvreté qui envoie même des gardes-malades à domicile -dans certains cas » (J. Chavanon, Les tables des pauvres en Artois. In-8, 8 p. Arras, 1902, p. 7).

27. Sarthe. Inv. Archives, t. I, série G. G. registre delà commune de Brulon, 1777, note du curé.

28. Eugène Hatin, Théophraste Renaudot. In-12, Paris, 1883. Gilles de là Tourette, Théop. Renaudot d'après des documents inédits. In-8, Paris, 1884. Albin Rousselet, Théop. Renaudot fondateur des policliniques. In-8, 16 p. Paris, 1892. Gilles de la Tourette, La vie et les œuvres de Théop. Renaudot fondateur des consultations charitables. In-8, 52 p. Paris, 1892. A. Bégué, Les consultations « charitables de Théophraste Renaudot (Thèse). In-8, Paris, Baillière, 1899.

378 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. LIVRE lit. CHAPITRE IX

cette idée au moyen de l’établissement de compagnies procurant l’assistance la plus efficace à tous ceux qui, en santé, paieraient une petite somme par an ou par mois29.

Idées généreuses, dont la réalisation peut sembler toutefois difficile.

Quant à Renaudot il songe à l’établissement de consultations charitables , destinées à tous ceux qui, ne pouvant payer un médecin, répugnent cependant à entrer à l’hôpital.

Grâce à la protection du cardinal de Richelieu et de Louis XIII, il triomphe, pour un temps, des résistances continuelles, des attaques passionnées, de la Faculté de Médecine de Paris et, soutenu par des docteurs de Montpellier, il fonde son œuvre 30.

« Comme il n’y a point, dit ce dévoué médecin, de conclusion plus universellement approuvée de tous les peuples et religions du monde que celle-ci, qu’il faut soulager les pauvres, ainsi, faut-il renoncer à l’humanité, pour en réprouver le dessein...

<' C’est pourquoi je tends l’une de mes mains aux malades et invite de l’autre tous ceux qui me peuvent aider en ce charitable projet. Ceux qui viennent chercher assistance céans sont de trois sortes: les uns, riches et accommodés, exercent fort volontiers la libéralité de quelque chose qu’ils destinent à faire médicamenter les pauvres, qui n’est pas la moitié de ce que leur coûteroit ailleurs une consultation. Les autres sont si peu accommodés qu’ils n’ont pas moyen de faire aucune chose : toutefois leur pauvreté ne va

29. Voir : Œuvres complètes de M. de Chamousset. 2 vol. in-8, Paris, 1787, t. I, p. xix-xxvii à xxxi, p. 21 à 92 — 93 à 134. « Conserver la santé de ses concitoyens dans quelque classe qu’ils soient, présenter à leur imagination, pendant qu’ils se portent bien, la sécurité du rétablissement de leur santé si elle se dérange, ou du moins de tous les moyens dépendans de l’humanité pour y parvenir, leur donner la certitude que, quand la maladie viendra les surprendre, on leur prodiguera tous les secours, tous les soins, toutes les attentions, toutes les commodités possibles, c’est rendre leur existence plus tranquille, plus heureuse ; c’est la prolonger ; c’est remplir le but de la nature en même tems que celui de l’État et du Prince. » (Lettre du comte Gollowkin à M. de Chamousset, t. II, p. 305-312.)

30. « Les consultations charitables furent officiellement reconnues par des Lettres Patentes du roi en faveur des pauvres, et particulièrement des malades , données à Chantilly, le 2 septembre 1640. » Ces consultations sont qualifiées « d’inventions utiles au public, et particulièrement aux dits pauvres, lesquels y reçoivent gratuitement conseil et assistance en leurs maladies et incommodités, par la charité des médecins, chirurgiens et apothicaires qui s’y assemblent à cette fin... » (Eugène Hatin, op. cit ., p. 65 à 67).

l’assistance médicale a DOMICILE. LES MÉDECINS 379

pas jusques à avoir besoin d’aumône et n’est pas telle qu’ils ne puissent avoir de quoi payer à leur apotiquaire et chirurgien les remèdes ordonnés ; et ceux-là s’en retournent avec leur ordonnance, sans faire aucune charité ni en recevoir d’autre que celle du conseil qu’on leur donne...

« Les troisièmes sont de pauvres mendiants ou qui sont retenus de mendier par la seule honte, lesquels, avec l’ordonnance, reçoivent, ou leur chirurgien ou apotiquaire pour eux, la somme à laquelle on compose pour leurs remèdes, les faisant ressouvenir qu’ils travaillent pour des pauvres ; sur lesquels se doivent simplement indemniser de leur déboursé31-34... »

Le succès de ces fondations ne désarme pas la Faculté de médecine parisienne, les attaques redoublent et après la mort de Richelieu et de Louis XIII, sous la régence d’Anne d’Autriche, l’établissement est fermé ; mais l’idée émise ne meurt pas, elle grandit au siècle suivant.

Il ne faut pas croire toutefois que la distribution de remèdes, accompagnée de conseils, n’existe pas avant Renaudot . Nombreux sont les couvents où l’on peut venir chercher des avis et des médicaments. Des religieux, des prêtres instruits dans l’art de guérir, prêtent leurs bons offices aux malheureux 35.

Mentionnons de nouveau ce que font les Pères Jésuites dans cet ordre d’idées 36.

Les Flandres voient, au xvne siècle, les médecins pensionnaires

31-34. « En quoi j'ai véritablement à me louer du zèle et affection que les maîtres chirurgiens et apotiquaires de cette ville ont jusqu’ici témoignée en toutes les occasions qui se sont présentées de servir les pauvres ; n’y ayant aucun qui ne soit volontairement offert à contribuer gratuitement sa peine et son industrie à ce bon œuvre... » (Gilles de la Tourette, op. cit ., 1884, p. 135-138). Pour le détail du fonctionnement de ces consultations, même ouvrage, p. 138-140.

35 A Berlin les Franciscains, dont le dernier ne meurt qu’en 1573, continuent à jouir comme médecins de la confiance populaire, aussi bien avant la réforme qu’après. En France « certains curés passent maîtres ès arts de médecine et de chirurgie ; témoin ce chanoine de l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, desservant la petite paroisse de Branges, au diocèse de Soissons, dont la mémoire demeura longtemps bénie dans le pays où sa mort fut un deuil public. Il était la providence des pauvres, se faisait leur chirurgien, leur médecin, leur pharmacien, ne voulait pas que la servante qui l’aidait dans ses opérations reçût un sou, déchirait jusqu’à son propre linge pour le pansement des malades. De trente lieues à la ronde, on venait en foule le consulter » (Baron de Calonnc, La vie agricole sons l'ancien régime , op. cit., 1883, p. 227-228).

Page 1