CHAPITRE VI II
peut-être sous l’amas des préjugés, des coutumes, des passions, se font néanmoins jour de temps à autre 21 .
Laissant de côté les subsides, tirant leurs origine des susperstitions populaires et que recueillent les prêtres éhontés de la déesse syrienne, stigmatisés dans Apulée ( Métam ., VIII), on donne l’aumône manuelle en Italie, à Rome, puisqu’il s’y trouve des individus habitués à solliciter la générosité publique, et qu’un métier improductif lasserait rapidement.
Voyons défiler à travers les villes et les campagnes ces gens portant sur leurs épaules le tableau d’un naufrage (vrai ou supposé) : la peinture grossière représente un navire brisé ; un malheureux s’échappant à la nage. Ils chantent et demandent leur nourriture :
Ceteri tabulam suam Portant, rogantes victum 22
D’autres sont assis aux portes, toussant, râlant, épuisés de vieillesse, comme le dit Lucilius; ils vont ensuite mendier de rue en rue, couverts d’un vieux manteau, « solentin viis erogare 23 ». Du vivant de Plaute, leur rendez-vous ordinaire est près de la porte Trégémine 24. Plus tard, Sénèque les rencontre sur le pont de bois placé entre le quartier du Janicule et la Cité. Ils y tendent la main aux passants, « qui manum ad stipitem porrigant 25 ». Ceux-ci cèdent à l’importunité et jettent avec dédain une légère aumône aux malheureux dont ils redoutent le contact, « Abjicit et fastidit quos adjuvat, contingi que ab hos timet 26 ».
Juvénal nous dépeint à son tour ces misérables retirés la nuit
21. Un tombeau de l'époque de César (?) porte cette inscription : «... continentur. ossa. hominis. boni, misericordis. amantis pauperis... » Il s’agit d’un joaillier (margaritarius) Orelli, Inscrip ., n° 7244.
22. Phæd., IV ; /ab., XXI, v. 24-25; Persic. Flac., Sat., 1, v. 88-90; Sat., VI, v. 45-53; Horat., de art. pœt., v. 20-21 ; Mart., Epig ., XII, lvii.
23. Apul., Métam.. I. Les rhéteurs, nous l’avons dit plus haut, s’exercent souvent sur ce sujet qui peut être l’image trop fidèle de certains actes odieux : un misérable ramasse des enfants abandonnés et les mutile pour en faire des mendiants. Senec. Rhet.. (lib. V, controv. XXXIII). Martial représente le jeune juif instruit par sa mère à demander l’aumône (Mart., Epier., XII, lvii, v. 13).