‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 130 sur 142 · LA GAULE ET LA GERMANIE AYANT LA CONQUÊTE ROMAINE · texte numérisé non relu

LA GAULE ET LA GERMANIE AYANT LA CONQUÊTE ROMAINE

Au moment où César commence la guerre des Gaules (59 av. J.-C.), ces vastes contrées sont occupées par des races belliqueuses auxquelles on attribue généralement une origine Aryenne L Les Belges entre la Seine, la Marne et le Rhin; les Celtes ou Gaulois de la Seine à la Garonne ; les Aquitains au sudouest. Les Bretons habitent les Iles du nord ; quant aux Germains, qui commencent à déborder au delà de leurs frontières, ils possèdent, à l’est, des régions immenses, sauvages, presque inconnues des Romains 1 2.

La renommée des Gaulois remplit le monde ancien ; leurs guerriers pénètrent en Grèce, en Asie, ils viennent assiéger le Capitole, et le souvenir de ce désastre demeure si vivant chez les Quirites, qu’à Rome les prêtres et les vieillards, exemptés habituellement du service militaire, doivent prendre les armes en cas d’invasion gauloise 3 4.

C’est contre ces peuples divisés en un nombre considérable de nations 4 indépendantes, déchirées par des rivalités séculaires, que

1. Cæsar, de hello gallico , 1, i; Histoire de Jules César (par Napoléon III), édition in-8, t. II, p. 19 à 29; E. Glasson, Hist. du droit et des inst. de la France, in-8, 1887, t. Ier, p. 30.

2. Strabon, liv. VII (Cougny, Extraits des auteurs grecs concernant la géog. et l'hist., des Gaules, t. Ier, p. 209).

3. Plutarque, Camille, XLI ; Appien, Hist. rom:, II, cl (Cougny, op. cit., t. III, p. 98, 99; t. IV, p. 107).

4. « Ces trois grandes régions se subdivisaient en beaucoup d’états appelés civitates, expression qui, dans les Commentaires, est synonyme de nation, c’est-àdire que chacun de ces états avait son organisation et son propre gouvernement »

César conduit ses légions; la lutte dure dix années, et ce grand homme de guerre n’est vainqueur qu'en attisant, pour les exploiter, les divisions intestines des tribus 5.

D'un autre côté, c’est moins une guerre qu'un massacre après la victoire. Plutarque (J. César, XV) évalue à un million le nombre des Gaulois tués, et à un chiffre égal celui des captifs. <c Qu’on se représente, dit Paul Orose, un malade pâle, décharné, défiguré par une longue fièvre brûlante, qui a tari son sang et abattu ses forces, pour ne lui laisser qu'une soif importune, sans le pouvoir de la satisfaire ; voilà l’image de la Gaule épuisée et domptée 6 ».

Le continuateur des commentaires ose parler de « la clémence si connue de César 7 ». Il s’agit ici de cette clémence romaine subordonnée en tout à la politique, et par conséquent fort aléatoire. N’est-ce pas Jules César qui fait égorger les premiers d’entre les Vénètes et vendre les autres prisonniers à l’encan? « Itaque omni senatu necato reliquos sub coronâ vendidit » (Comm., III, xvi).

N’est-ce pas Jules César qui, après la prise d’Uxellodunum, voulant terroriser les populations, fait trancher les mains aux Gaulois coupables de prendre la défense de leur pays, et leur laisse la vie, afin de mieux attester le châtiment réservé aux pervers ? « Itaque omnibus qui arma tulerant, manus præcedit, vitam concessit qui testatior esset pœna improborum » (Comm., VIII, XLIV).

N’est-ce pas Jules César qui met les Eburons « hors la loi de

(La Cité gauloise , par Bulliot et Roidot, in-8, ch. III, p. 49). — « Le mot latin de pagus traduirait non pas un canton territorial, mais un groupe d’hommes; il équivaut à peu près à notre mot de tribu. Le pagus serait donc, à l’origine, un ensemble de familles lices par des liens de sang, de tradition ou de voisinage. Cette tribu, rattachée à d’autres, constitue une « cité » ou un « peuple », mais elle n’en jouit pas moins d’une réelle indépendance, d’une vie autonome » (C. Jullian, Revue des études anciennes , t. III, n° 1; JSotes gallo-romaines , n° IX, p. 78).

5. Plus tard, Tacite écrira : « Il suffit de favoriser ehez les Germains la passion des liqueurs fortes pour les réduire par la débauche, plus facilement que par les armes ». « Adversus sitim non eadem temperantia. Si indulseris ebrietati suggerendo quantum concupiscunt, haud minus facile vitiis quam armis vincentur (Germ., XXIII) ».

6. Amédée Thierry, Histoire des Gaulois , in-8, t. II, p. 344-345.

7. « Cæsar, quum suam lenitatem cognitam omnibus sciret » ( Comm ., VIII, xliv, œuvre d’Hirtius).

GAULE ET GERMANIE

l’humanité 8 », en invitant les peuplades étrangères à achever une extermination qu’il trouve trop longue à son gré? ( Comm . , III, xxxiv-xxxv).

Enfin, pour venir à bout de ces héroïques combattants, César n’est-il pas obligé de soudoyer des cavaliers germains dont le concours empêche, avant Alésia, les légions romaines de subir d’irrémédiables défaites y?

Le vainqueur a raison de dire d’une manière générale (Comm., I, i) que ces nations de la Gaule diffèrent par la langue, les mœurs et les lois. Cependant on trouve entre elles de remarquables analogies. Les historiens de l’antiquité signalent aussi les points de ressemblance existant entre les Celtes et les Bretons 10. Pour les Germains, Strabon observe qu’ils se rapprochent de leurs voisins d’outre-Rhin par la figure, la manière de vivre. C’est même à cause de cela, écrit-il, que les Romains les nomment Germains , voulant exprimer que les Galates sont leurs frères, car, dans la langue latine, germani a le sens du grec (frères de père

et de mère H.)

Nous allons donc placer dans un seul tableau d’ensemble le résumé de l’organisation sociale de ces divers peuples.

§ Ier. — La famille.

Les femmes gauloises et germaines unissent le plus souvent à une rare beauté, un courage remarquable et une grande force

8. « César imagina un moyen dont l’idée seule eût révolté le conquérant le plus sauvage. Il inities Éburons hors la loi de l’humanité; il fit proclamer qu’il les livrait corps et biens au premier occupant. Il convia à cette proie les peuples voisins, déclarant que quiconque l’aiderait à exterminer cette race scélérate serait compté au nombre des amis du peuple romain » (Am. Thierry, op. cit ., t. II, p. 227-228).

9. Camille Jullian, Vercingétorix , in-12, 1901, ch. XVI. Savant ouvrage, palpitant d’intérêt et dont nous ne saurions trop recommander la lecture.

10. « Strabon, après avoir constaté, comme César, la similitude qui existe entre les usages des Gaulois et ceux des Bretons, ajoute que les mœurs de ces derniers étaient plus sauvages, leur intelligence moins développée » (De Courson, Hist. des origines et des inst. des peuples de la Gaule armoricaine, in-8, 1843, p. 267- 268).

11. Strabon , liv. IV, n ; liv. VII, n ; Morceaux choisis, liv. VII (Cougny, op. cit., t. Ier, p. 133, 209, 402 à 405).

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