La Cité gauloise, op. cit., p
31. Aucun peuple, dit Tacite, parlant des Germains (German., XXI), ne donne avec plus d’effusion des festins et l’hospitalité, « convictibus et hospitiis non alia gens effusius indulget ». Repousser du foyer un homme quel qu’il soit est regardé comme un crime ; chacun offre des repas selon sa fortune, et quand les provisions sont épuisées il conduit son hôte chez un voisin et s’y installe avec lui.
GAULE ET GERMANIE
aux temps homériques ; c’est seulement après que cet hôte s’est reposé et rassasié que le maître du logis s’informe de son nom et du but de son voyage 32.
Les Celtes frappent d’une peine plus rigoureuse le meurtre d’un étranger, qui a obtenu l’hospitalité, que celui d’un citoyen : dans le premier cas, c’est la mort ; dans le second, c’est l’exil 33. Les populations de certaines parties de la Bretagne se signalent par leur accueil hospitalier, et les chants populaires se font l’écho de ces mœurs.
Si 2. — La clientèle des grands.
La population gauloise vivant de lait et de la chair des animaux sauvages ou domestiques, principalement de celle du porc, fraîche ou salée, n’est pas agglomérée en cités importantes. On compte dans les Gaules un petit nombre de centres peuplés de quelques milliers d’ouvriers habitant des quartiers distincts, selon leur état : forgerons, fondeurs, émailleurs, foulons 3i. De plus, certaines localités présentant de fortes défenses naturelles, sont choisies comme lieux de refuge 35.
Ces peuplades mènent un genre de vie modeste, sans luxe 36, et les plus faibles deviennent les clientes de groupes plus puissants qui se chargent de les défendre.
Le même besoin de protection pousse les individus à se recom-
32. Cæsar, Comm ., XXIII; Diodore de Sicile, V, xxvm; V, xxxiv (Cougny, op. cit., t. II, p. 383 et 401); Am. Thierry, op. cit ., t. Ier, p. 469; Roger de Belloguet, op. cit., sect. I, a-xii, p. 27 et suiv. ; II, a-viii, p. 70-71.
33. Nicolas de Damas, Recueil des coutumes extraordinaires (Cougny, op. cit., t. II, p. 499) ; Diodore de Sicile, V, xxii (Cougny, même volume, p. 365).
34. Vercingétorix , op. cit., p. 99 et 100 : « Dans quelques contrées, ils fabriquaient des soies renommées et des étoffes de drap ou de feutre; dans d’autres, ils exploitaient les mines avec habileté et s’adonnaient à la fabrication des métaux. Les Bituriges travaillaient le fer et connaissaient l’art de l’étamage. Les ouvriers d’Alésia plaquaient le cuivre avec des feuilles d’argent pour en orner les mors et les harnais des chevaux » ( Hist . Jules César, op. cit., t. II, p. 30-31). Conférer Bulliot, Fouilles du Mont Beuvray (ancienne Bibracte), in-8, 1899; tome second, L'Art de l’émaillerie chez les Éduens , p. 1 à 44.
35. Roger de Belloguet, op. cit., 3e pai'tie, sect. II, a-iii, p. 62.
36. Passage de Diodore de Sicile (V, xxi), applicable à la Bretagne, mais qui peut être généralisé (Cougny, op. cit., t. II, p. 367).
mander à des nobles, à des hommes riches capables de sauvegarder leur vie et leurs biens 37 ; on doit entendre en ce sens le passage de Jules César si souvent cité : « Dans toute la Gaule il n’y a que deux classes d'hommes qui soient comptées pour quelque chose et considérées : les druides et les nobles (équités), car pour le bas peuple (plebs), il n’a guère que le rang d’esclave , n’ayant rien par lui-même, et n’étant admis à aucun conseil. La plupart, accablés de dettes, écrasés d'impôts ou en butte aux violences des grands, se mettent au service des nobles, qui exercent sur eux les mêmes droits que les maîtres sur leurs esclaves ».
Ces expressions ne doivent pas être prises à la lettre 38 ; elles se trouvent en opposition formelle avec d’autres chapitres des commentaires 39. Les mots : « pene servorum habetur loco », indiquent que la dépendance des classes inférieures ne peut être confondue avec l’esclavage romain 40. Ces hommes qui ont recours à la protection d'un chef restent libres ; ils accompagnent leur patron à la guerre 41 , combattent avec lui, l'entourent, même en temps de paix, s'il est provoqué. On est fondé à appeler « clan » faute d'un mot meilleur, l’ensemble des choses et des personnes qui dépendent d’un chef gaulois 42.
Ce chef fournit aux besoins de ses clients dont le nombre est
37. Pour les compagnons des chefs germains, voir Fustel de Coulanges, Les origines du droit féodal, in-8, 1890, ch. II, p. 12 à 29; pour les clients gaulois, même ouvrage, ch. VIII, p. 194-199.
38. Moreau de Jonnès se demande si ce passage n'a pas été interpolé (La France avant ses premiers habitants , p. 220-221 .
39. Voir notamment le chap. VI, xi : « Dans la Gaule, chaque cité, chaque tribu, chaque canton et presque chaque famille se partage en fédérations; à la tête de ces fédérations sont les citoyens qui jouissent du plus grand crédit... Aucun ne souffre que l’on opprime ou que l’on tourmente ses clients; s’il agissait autrement, son crédit serait perdu ».
40. De Courson, op. cit ., p. 73 et suiv. « Dans les Gaules (J. Lefort, op. cit., p. 18), il existait bien des individus d'une condition inférieure semblable en bien des points au servage de la glèbe, mais on ne rencontrait pas de servi, à proprement parler. Les fonctions pouvaient être serviles, la dépendance fort étroite, mais la dignité propre et la condition humaine n’étaient ni diminuées ni atteintes ».
41. « L'ambactus était un guerrier... de plus, il avait probablement comme le doêr-céle d'Irlande, le droit de quitter un maître avare et dur pour un maître plus libéral et plus doux qui le mettait à même de rembourser sa dette envers le premier... » (D’Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. VII, p. 129- 130).