CHAPITRE IX
de très bonne heure, ce qui explique la longueur du noviciat chez les druides. Il n’existe pas entre les deux classes aristocratiques, la chevalerie et le sacerdoce, d’opposition d'origine, de race ou de sang. Ce sont deux aspects divers de la même noblesse 46 ».
En dehors de ces données générales, on ne saurait connaître, faute de documents précis, les attributions propres à chacun de ces trois degrés de la hiérarchie druidique ; il existe également des druidesses ou prophétesses, vouées à la virginité, prédisant l’avenir et douées du prestige d'une puissance jugée par tous de nature divine.
En Gaule, en Germanie, règne d’ailleurs la magie, « c’est-àdire l’emploi de moyens prétendus surnaturels ou exerçant, en dehors des croyances et des prescriptions religieuses, une action secrète sûr la vie, la santé ou l’accomplissement des désirs 47 ». On interroge les entrailles des victimes, le vol des oiseaux, on interprète les songes 48.
La religion des druides exige des sacrifices humains, car elle professe que la vie d’un homme peut être rachetée par la vie d’un autre homme, et c’est par superstition religieuse que se dressent ces immenses mannequins d’osier, remplis de victimes humaines qui disparaissent bientôt au milieu de tourbillons de fumée et de flammes 49.
Ces coutumes résistent aux efforts de César, d'Auguste, de Tibère et de Claude 50 ; ils réussissent seulement à les refouler
46. Revue des études anciennes , t. III, n° 3, juillet-septemb. 1901, p. 206 (C. Jullian, Notes gallo-romaines , XI). « Un autre fait de grande importance, attesté par Jules César, est la date, relativement récente, de l'introduction des druides en Gaule » (A. Bertrand, Les druides et le druidisme , 1896, p. 1).
47. Roger de Belloguet, op. cit., 3e partie, section IV, a-xiv, p. 327-328. « La religion des Gaulois (A. Bertrand, op. cit., p. 1) était un mélange confus d’ancien chamanisme, de traditions et de pratiques magiques, de cérémonies particulières, les unes aux tribus pastorales d’origine danubienne, quelques autres aux tribus guerrières du groupe Kimro-belge ».
48. Strabon, IV Cougny, op. cit., t. Ier, p. 441). « Un homme avait-il été voué aux dieux, on le frappait par derrière avec une épée de combat, et l’on devinait l'avenir d’après les convulsions du mourant... » (A. Thierry, op. cit., t. Ier, p. 196).
49. Roger de Belloguet, op. cit., 3e partie, section III, d-xlii, et F-lxxx, p. 190 et suiv. ; 278 et suiv.
50. « Tibère défend la magie, Claude les sacrifices humains » (Fustel de Coulanges, La Gaule romaine, op. cit., ch. X, § 3, p. 113).
GAULE ET GERMANIE
en Bretagne, « jusqu’où cesse la nature », selon l’expression de Pline (Nat. hist ., XXX, iy).
Les druides sont médecins, parce qu’étant prêtres et devins on leur attribue le pouvoir de guérir au moyen d’incantations ; ils pratiquent ainsi une médecine à laquelle le culte des dieux et la magie sont clairement associés 51 .
Dans les plus anciens cycles héroïques de l’Irlande, les druides de cette île ont la même réputation médicale que ceux du continent; lorsque les rois, les guerriers sont blessés ou victimes d' enchantements , c’est aux druides que l’on s’adresse 52.
Le gui joue un rôle important dans ce culte ; aux yeux des Gaulois, rien n’est plus sacré que cette plante, et l’arbre qui le porte, surtout si c’est un chêne, « Nihil habent Druides — ita suos appellant magos — visco et arbore in quo gignatur, si modo sit robur, sacra tius 53 ».
Le gui sur le rouvre , continue Pline, est extrêmement rare, et quand on en trouve on le cueille avec un très grand appareil religieux. Avant tout il faut que ce soit le sixième jour de la lune. Ils lui donnent un nom qui signifie remède universel, « omnia sanantem appelantes sub vocabulo », et, après avoir préparé sous l’arbre, selon les rites, des sacrifices et un repas, un prêtre vêtu de blanc le coupe avec une faucille d’or ; ce gui est reçu sur une saie blanche 54 , « sacerdos candida veste cul tus arborem scandit, falce aurea demetit, candido id excepitur sago ».
Le gui pris en boisson passe pour rendre la fécondité à tout animal stérile ; on le considère comme un remède souverain contre tous les poisons. De plus, selon la croyance druidique, il
51. D’Arbois de Jubainville, Introduc. à la littérature celtique , op. cit ., p. 149. César, qui assimile aux dieux de Rome les divinités gauloises, prétend (VI, xvii) qu’ils invoquent Apollon médecin : « Habent opinionem Apollinem morbos depellere. » En Irlande, le dieu de la médecine s’appelle Dian-Cecht, ou le dieu au rapide pouvoir (D’Arbois de Jubainville, Cours de droit celtique , Le Cycle myth. irlandais , in-8,1884, ch. XIII, § 8, p. 307).
52. D’Arbois de Jubainville, Introd . à la littér. celtique , op. cit ., p, 140 et 142.
53. Roger de Relloguet, op. cit ., 3e partie, section III, d-xlvi, p. 201 à 203.
54. A rapprocher la cueillette du selago et du samolus (C. Plinii secund., Nat. hist., XXIV, lxii-lxiii). Les druides prétendent qu’il faut toujours avoir sur soi le selago contre les accidents, et que la fumée en est utile pour toutes les maladies des yeux.