Amelineau, op. cit., ch. IV, pp
9. Rapport sur le prix du budget : Des Idées morales dans l'antique Égypte; Séances et travaux de l' Académie des sciences morales et politiques, 53e année, (novembre 1893), p. 580.
10. E. Revillout, Rev. Égypt., t. VIII, 1898, n° 11, p. 70 : « Le rituel de Pamonth écrit sous le règne de Néron, serait-il un reflet des principes de charité hautement
proclamés par les chrétiens? Eh bien ! non cette morale si pure, cette charité
d’une délicatesse infinie, cette notion du devoir portée à un degré si étonnant, c’est ce que professent les Égyptiens de tous les temps depuis les plus anciennes dynasties. » Dans le même sens : G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient: Egypte et Chaldée, 1895, p. 191.
11. Lé Livre des morts des anciens Égyptiens, par Paul Pierret, in-18, 1882, ch. GXXV, pp. 369 et suiv.
LES PEUPLES DE L ANTIQUE ORIENT
maître... Je n’ai point fait avoir faim, je n’ai point fait pleurer... Je n’ai pas éloigné le lait de la bouche du nourrisson... Je n’ai point repoussé l’eau à l’époque de sa crue... Je n’ai pas détourné le cours d’un canal. »
Le défunt s’adresse ensuite en particulier à chacun des quarante-deux juges assesseurs et se défend d’avoir commis l’acte, le crime, à la répression duquel il est préposé. Le cœur est pesé dans la balance, il fait équilibre à la plume d’autruche, symbole de la justice. Le défunt devient alors semblable à Osiris et sa résurrection est annoncée en ces termes : « L’ Osiris (N), vient à vous, il n’y a ni mal, ni péché, ni souillures, ni impureté en lui; il n’y a ni accusation, ni opposition contre lui. Il vit de la vérité, se nourrit de la vérité. Le cœur est charmé de ce qu’il a fait; ce qu’il a fait, les hommes le proclament, les Dieux s’en réjouissent. Il s’est concilié Dieu par son amour. Il a donné du pain à celui qui avait faim, de l’eau à celui qui avait soif, des vêtements à celui qui était nu ; il a donné une barque à celui qui en manquait12. »
Cette profession de foi résume donc les devoirs assignés, dans la vallée du Nil, à l’homme vis-à-vis de ses semblables ; s’ensuitil que ces devoirs sont toujours mis en pratique ? Evidemment, non. L’Egyptien croit en Dieu, en la persistance de l’âme, en des châtiments futurs ; le but auquel il doit tendre, est d’imiter « l’Osiris du Ciel», «l’Etre bon », de devenir lui-même un Osiris. Ces idées si élevées ne se renferment point dans le domaine exclusif de la théorie, elles communiquent à l’ensemble de la nation un caractère de justice, de douceur et d’urbanité. Néanmoins, tous les citoyens ne restent pas fidèles à ces doctrines tutélaires ; il y a des maîtres durs, impitoyables, des conquérants barbares, des scribes concussionnaires. Aussi, pour juger de la condition des faibles et des petits, serait-il imprudent de s’en rapporter exclusivement aux certificats gravés sur les stèles et aux déclarations d’innocence consignées chapitre CXXV du livre des morts.
12. Ces barques, données dans un pays où elles sont si nécessaires aux pauvres pour les aider à gagner leur vie, fournissent un exemple de l’assistance consistant en allocations d’instruments de travail.