CHAPITRE II
§2. — De la situation des faibles et des travailleurs dans l'antique Egypte.
LA FEMME ET l’eNFANT
La famille égyptienne est constituée sur les bases les plus généreuses ; la femme, loin d’être une esclave, est la compagne de l’homme ; juridiquement son égale, possédant les mêmes droits, traitée de la même manière ; elle joue le rôle de véritable maîtresse de maison; c’est la « neb-t-pa », selon l’expression des textes 13.
Cette situation, qui remonte aux plus anciennes dynasties, excite l’étonnement des étrangers14 et se trouve confirmée par les scènes de la vie journalière peintes sur les parois des tombeaux.
Les inscriptions se font aussi l’écho de l’affection habituelle des époux l’un pour l’autre. D’une façon générale, la femme est l’objet constant d’égards; elle jouit de certains privilèges; ainsi, en cas de crime, c’est seulement à partir du règne de Ramsès IX qu’on l’applique à la torture préalable 15. L’adultère reste puni de mort, du moins en principe 16.
Le mari et la femme rivalisent d’affection envers leurs des-
13. Pour les détails, voir : Paturet, La condition jur. de la femme dansl'anc. Égypte , in-8, 1886 ; A. Franck, Études orient ., in-8, 1861, p. 79; Legrand, La Terre des Pharaons, in-8, 1888, ch. IV.
14. Hérodote II, XXXV; Sophocle ( Œdipe h Colonne) ; Diodore de Sicile. Il existe souvent, il est vrai, à côté de la maîtresse de maison, des femmes de second rang, des concubines esclaves, mais c’est un usage commun à toute l’antiquité. Paturet, op. cit., p. vin, lettre de M. E. Revillout ; Amelineau, op. cit., ch. Ier, p. 77.
16. E. Revillout, Les actions puhl. et prie . en droit égypt., Cours de 1896-1897. in-4, 1897, 5e leçon, p. 73.
16. Amelineau, op. cit., ch. II, p. 68 : « Les devoirs conjugaux n’étaient pas moins fixés, tout au moins par la tradition dès l’ancien empire. Le mari avait droit de compter sur la fidélité de sa femme, sur son travail, sur les soins qu’elle donnait à la maison et à ses enfants. » Sur le même sujet, voir aussi Amelineau, op. cit., ch. IX, pp. 314 à 317.
LES PEUPLES DE L’ANTIQUE ORIENT
cendants ; mais '< un sentiment particulier de gratitude et d’amour rattache les enfants à leur mère... ; aucune nation de l’antiquité ne l’emporte sous ce rapport sur les anciens Egyptiens ».
Le scribe Ani, après avoir rappelé à son fils les peines que nécessite l’éducation du petit être venu au monde, ajoute : « Ne perds jamais de vue l’enfantement douloureux que tu as coûté à ta mère, ni les soins salutaires qu’elle a pris de toi ; ne fais pas qu’elle ait à se plaindre de toi, de crainte qu’elle n’élève les mains vers Dieu et qu’il n’écoute sa plainte 17. »
Dans l’esprit des Egyptiens, la prospérité de l’Etat est en proportion de l’accroissement de la population. La privation de postérité est considérée comme une suprême infortune 18.
Habituellement, l’enfant est allaité trois ans, les frais de nourriture et d’entretien sont peu élevés ensuite ; l’infanticide et l’abandon se présentent à titre de faits exceptionnels 19 .
l’esclave
Dès les temps les plus reculés, l’esclavage existe en Egypte ; des esclaves font partie des présents offerts par le Pharaon à Abraham ( Gen ., XII, 16). Plus tard, Joseph est vendu par des Ismaélites à un dignitaire de la cour ( Gen ., XXXIX). Les peintures nous montrent d’ailleurs des hommes de races différentes remplissant les fonctions serviles auprès de leurs maîtres 20 .
Les Egyptiens peuvent-ils être esclaves de leurs concitoyens ? En général, non. Toutefois, la loi attribuée par les uns à Bocchoris, par d’autres à Darius, qui décide que les biens, et non la personne du débiteur, répondront de sa dette, suppose un état antérieur où ce débiteur, livré à son créancier, est réduit en esclavage faute de paiement 21.
17. Chabas, L’Égyptologie, t. II, fasc. juillet-août, 1876, p. 52.
18. Paul Pierret, Dict. d’Archéol égypt., au mot enfants , pp. 206-207.
19. Voir notre Hist. des Enf. aband., in-8, 1885, pp. 3 à 11.